InternationalSociété

Iran : Persécutions Accrues Contre la Minorité Bahaïe

En Iran, les bahaïs subissent une vague d’arrestations et une campagne médiatique d’une rare violence. Accusés d’espionnage et de troubles, ils deviennent le bouc émissaire d’un pouvoir en crise. Mais que cache vraiment cette escalade ?

Imaginez une communauté qui, depuis plus d’un siècle, aspire uniquement à pratiquer sa foi en paix. Imaginez ensuite que cette même communauté devienne, du jour au lendemain, la cible préférée d’un appareil étatique tout entier. C’est exactement ce qui se déroule actuellement en Iran, où les bahaïs font face à une recrudescence brutale de la répression.

Depuis quelques semaines, les témoignages concordants se multiplient : arrestations nocturnes, interrogatoires interminables, diffusion télévisée d’« aveux » aux allures de mises en scène. Derrière ces actes se dessine une stratégie bien rodée, dans un pays où la crise économique et sociale atteint des niveaux insoutenables.

Une escalade sans précédent contre une minorité pacifique

La communauté internationale bahaïe, qui relaie régulièrement la situation auprès des instances onusiennes, parle aujourd’hui d’une « escalade majeure ». Les arrestations se multiplient dans plusieurs villes du pays, souvent sans mandat ni motif clair.

Les personnes interpellées sont accusées d’avoir participé à des troubles, d’avoir fomenté des troubles ou encore d’entretenir des liens avec des puissances étrangères. Des accusations qui reviennent systématiquement depuis 1979, mais qui prennent aujourd’hui une ampleur nouvelle.

Un climat de propagande d’État très agressif

Depuis plusieurs jours, la télévision publique diffuse en boucle des reportages accusant les bahaïs d’être à l’origine de divers maux qui frappent le pays. Deux membres de la communauté ont été montrés en train de « confesser » des actes qu’ils n’ont vraisemblablement jamais commis.

Ces images, filmées dans des conditions que les observateurs qualifient de coercitives, visent à légitimer les arrestations et à retourner une partie de la population contre cette minorité. La méthode n’est pas nouvelle, mais son intensité actuelle inquiète fortement.

« Les bahaïs sont utilisés comme bouc émissaire en cette période de crise nationale. »

Cette phrase résume parfaitement la perception des représentants de la communauté. À chaque fois que le pouvoir traverse une zone de turbulence, la minorité bahaïe devient une cible commode.

Un statut juridique inexistant

Contrairement aux juifs, aux chrétiens arméniens ou aux zoroastriens, les bahaïs ne bénéficient d’aucune reconnaissance constitutionnelle en Iran. Leur foi n’est pas mentionnée dans le texte fondamental du pays et ils ne disposent d’aucun siège réservé au Parlement.

Cette absence totale de reconnaissance légale les place dans une situation extrêmement vulnérable. Toute activité religieuse peut être qualifiée d’« atteinte à la sécurité nationale » ou de « propagande contre le régime ».

Des décennies de persécutions documentées

Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, plusieurs centaines de bahaïs ont été exécutés. Des milliers d’autres ont été emprisonnés, ont vu leurs biens confisqués ou ont été exclus du système éducatif et du marché du travail.

Les rapports des organisations de défense des droits humains qualifient ces agissements de persécution systématique. Certains observateurs vont même jusqu’à parler de crime contre l’humanité en raison du caractère organisé et intentionnel de la discrimination.

Au fil des décennies, l’intensité de la répression a connu des hauts et des bas. Mais ces dernières années, plusieurs indicateurs montrent une nette aggravation.

Pourquoi les bahaïs ?

La foi bahaïe est née en Iran au XIXe siècle. Son fondateur, Baha’u’llah, est considéré par ses fidèles comme le messager divin attendu par plusieurs traditions religieuses.

Les autorités iraniennes considèrent cette religion comme une hérésie et accusent régulièrement ses adeptes d’être des espions à la solde d’Israël, en raison de la présence du centre mondial de la foi à Haïfa.

Ces accusations, maintes fois démenties et jamais étayées par des preuves, servent de prétexte à une discrimination institutionnalisée qui perdure depuis plus de quarante ans.

Une communauté qui résiste pacifiquement

Malgré les pressions extrêmes, les bahaïs d’Iran continuent de respecter le principe de non-violence qui est au cœur de leur enseignement. Ils refusent de participer à toute forme de rébellion armée ou de confrontation directe avec le pouvoir.

Cette attitude pacifiste rend d’autant plus choquante la violence dont ils font l’objet. Leur seul « crime » apparent est de pratiquer une foi différente de celle de la majorité.

Un impact humain dramatique

Derrière les statistiques et les communiqués se cachent des histoires individuelles souvent déchirantes. Des familles séparées, des enfants interdits d’université, des malades privés de soins, des personnes âgées expulsées de leur logement.

Chaque arrestation supplémentaire vient s’ajouter à une longue liste de souffrances accumulées depuis des décennies. Chaque diffusion télévisée d’« aveux » vient renforcer la stigmatisation d’une communauté déjà très vulnérable.

Le silence relatif de la communauté internationale

Malgré les alertes répétées des organisations de défense des droits humains, la situation des bahaïs reste relativement peu médiatisée par rapport à d’autres crises.

Plusieurs raisons expliquent ce relatif silence : la concurrence des autres crises géopolitiques, la complexité du sujet religieux dans un contexte déjà très polarisé, et parfois le manque de compréhension des enjeux spécifiques à cette communauté.

Pourtant, la situation actuelle mérite une attention soutenue. L’intensification de la répression contre les bahaïs constitue souvent un indicateur précoce d’un durcissement généralisé de la politique répressive.

Que faire face à cette nouvelle vague ?

Les représentants de la communauté appellent à une vigilance accrue et à une pression diplomatique continue. Ils demandent notamment que les arrestations soient documentées, que les détenus aient accès à un avocat et que les accusations soient examinées de manière impartiale.

Ils insistent également sur l’importance de ne pas laisser la propagande d’État se diffuser sans contradiction. Chaque diffusion d’« aveux » forcés devrait être immédiatement contextualisée et déconstruite.

Un rappel nécessaire : la liberté de croyance

La situation des bahaïs en Iran pose une question fondamentale : jusqu’où un État peut-il aller dans la restriction de la liberté religieuse ? À partir de quand la discrimination confessionnelle devient-elle un crime internationalement reconnu ?

Ces questions ne concernent pas uniquement les bahaïs. Elles touchent au cœur même des droits humains universels et à la capacité de la communauté internationale à protéger les minorités vulnérables.

Dans un pays où de larges pans de la population expriment leur ras-le-bol, désigner une minorité religieuse comme responsable de tous les maux constitue une stratégie dangereuse. Elle vise à diviser pour mieux régner, mais elle risque surtout d’attiser davantage les tensions internes.

La communauté bahaïe, fidèle à ses principes, refuse de répondre à la haine par la haine. Elle continue de prôner le dialogue, la compréhension mutuelle et la recherche de la vérité.

Mais la patience a ses limites. Quand les arrestations se multiplient, quand les enfants sont exclus de l’école, quand les cimetières sont profanés, quand les maisons sont incendiées, le silence devient complicité.

Aujourd’hui plus que jamais, la communauté internationale doit faire entendre sa voix. Pas par charité, mais par devoir. Parce que la persécution d’une minorité pacifique constitue toujours un précédent dangereux pour toutes les autres.

Le sort réservé aux bahaïs d’Iran n’est pas seulement une affaire religieuse. C’est un test pour notre conception commune de la dignité humaine et de la justice.

Et ce test, nous sommes en train de le rater.

Quelques faits essentiels

  • Les bahaïs constituent la plus importante minorité religieuse non musulmane d’Iran
  • Ils ne bénéficient d’aucune reconnaissance constitutionnelle
  • Des centaines d’entre eux ont été exécutés depuis 1979
  • Les accusations récurrentes d’espionnage n’ont jamais été prouvées
  • La foi bahaïe prône l’unité de l’humanité et la non-violence
  • Le centre mondial de la foi se trouve à Haïfa, en Israël
  • La persécution s’intensifie en période de crise politique ou économique

Les semaines et les mois à venir seront déterminants. La communauté internationale saura-t-elle transformer l’inquiétude en action concrète ? Les gouvernements, les parlementaires, les organisations régionales et universelles sauront-ils enfin placer la protection des bahaïs au rang des priorités ?

Ou continueront-ils, par indifférence ou par calcul, à laisser se perpétuer une injustice qui dure depuis trop longtemps ?

L’histoire jugera.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.