Que se passe-t-il réellement dans les rues d’Iran lorsque la colère populaire rencontre la réponse implacable d’un régime qui ne tolère aucune contestation ? Depuis plusieurs mois, les manifestations secouent plusieurs villes du pays, et la réponse des autorités semble franchir un nouveau palier dans la sévérité.
Le message envoyé mardi par le parquet de Téhéran est clair et terrifiant : certains des manifestants arrêtés seront jugés pour moharebeh, un crime religieux extrêmement grave en droit iranien, littéralement traduit par « guerre contre Dieu ». La sanction encourue ? La peine de mort.
Une menace judiciaire lourde de conséquences
Le communiqué officiel diffusé par la télévision d’État ne laisse planer aucun doute. Les personnes qualifiées d’« émeutiers » par les autorités seront prochainement présentées devant les juges. Le choix du chef d’accusation n’est pas anodin : le moharebeh figure parmi les crimes les plus sévèrement réprimés par le système judiciaire iranien.
Historiquement, cette accusation a été utilisée contre des opposants politiques, des membres de groupes armés, mais aussi, ces dernières années, contre de simples manifestants accusés d’avoir participé à des actes violents contre les forces de l’ordre ou les symboles de l’État.
Le moharebeh : une arme juridique controversée
Dans le code pénal iranien, le moharebeh est défini comme le fait de prendre les armes contre l’État ou de créer un climat d’insécurité généralisée. La définition reste suffisamment large pour permettre une interprétation très extensive par les tribunaux révolutionnaires.
Les peines possibles vont de l’amputation à la crucifixion en passant par l’exil et, bien évidemment, l’exécution. C’est cette dernière option qui est désormais brandie publiquement comme une menace directe envers les participants aux récentes mobilisations.
« Certains des émeutiers seront bientôt présentés à la justice et risquent la peine capitale pour moharebeh. »
Communiqué du parquet de Téhéran
Cette déclaration n’est pas une simple mise en garde. Elle s’inscrit dans un contexte où la machine judiciaire tourne à plein régime depuis le début de la vague actuelle de contestation.
Un bilan humain déjà très lourd
Les organisations de défense des droits humains dénombrent des centaines, voire des milliers de morts depuis le début du mouvement. La majorité de ces décès seraient imputables à l’action des forces de sécurité, selon ces sources indépendantes.
De leur côté, les médias officiels iraniens affirment que plusieurs dizaines de membres des forces de l’ordre ont perdu la vie dans des affrontements avec les manifestants. Deux récits qui s’opposent frontalement, rendant particulièrement difficile l’établissement d’une vérité objective sur le terrain.
L’Iran, champion mondial des exécutions
Le pays occupe depuis de nombreuses années la deuxième place mondiale en nombre d’exécutions, juste derrière la Chine. En 2025 uniquement, les organisations spécialisées ont recensé au moins 1 500 exécutions capitales sur le sol iranien.
Ce chiffre impressionnant place l’Iran très loin devant la plupart des autres pays pratiquant encore la peine de mort. À titre de comparaison, l’Arabie saoudite et l’Égypte, souvent cités pour leur usage intensif de la peine capitale, enregistrent des chiffres nettement inférieurs.
Cette politique d’exécutions massives ne date pas d’hier. Elle s’est même accentuée ces dernières années, notamment après les grandes manifestations de 2022-2023 au cours desquelles douze personnes avaient déjà été exécutées à la suite de leur participation aux protestations.
Les précédents récents et leurs leçons
Les douze exécutions liées aux manifestations de 2022-2023 constituent un précédent particulièrement inquiétant. Ces condamnations à mort ont souvent été prononcées à l’issue de procès qualifiés de sommaires par les observateurs internationaux.
Les accusés n’auraient pas bénéficié d’une réelle possibilité de se défendre, leurs avocats étant parfois empêchés d’accéder au dossier ou de rencontrer leurs clients. Les aveux auraient fréquemment été obtenus sous la contrainte, voire sous la torture, selon plusieurs témoignages recueillis par des ONG.
Un cas emblématique qui cristallise les craintes
Parmi les nombreuses personnes arrêtées ces dernières semaines, le cas d’Erfan Soltani, jeune homme de 26 ans originaire de Karaj, concentre aujourd’hui toutes les inquiétudes.
Selon les informations transmises par sa famille, il aurait déjà été condamné à mort après son interpellation survenue la semaine dernière. Pire encore : son exécution pourrait intervenir dès mercredi, soit moins de dix jours après son arrestation.
Les chefs d’accusation exacts retenus contre lui n’ont pas été rendus publics, et aucune information officielle n’a filtré dans les médias d’État. Ce silence renforce les soupçons d’une procédure particulièrement expéditive.
La communauté internationale sonne l’alarme
Face à cette escalade verbale et judiciaire, plusieurs voix internationales se sont élevées. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme n’a pas mâché ses mots.
« Il est extrêmement préoccupant de voir des déclarations publiques de certains responsables judiciaires évoquant la possibilité de recourir à la peine de mort contre des manifestants à l’issue de procédures judiciaires expéditives. »
Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme
Cette prise de position officielle reflète une inquiétude croissante au sein des instances onusiennes, qui constatent une dégradation continue de la situation des droits humains en Iran depuis plusieurs années.
Les craintes d’une vague d’exécutions rapides
Les organisations de défense des droits humains redoutent désormais une multiplication des condamnations à mort suivies d’exécutions expéditives. Le précédent de 2022-2023 sert de référence inquiétante.
La stratégie semble claire pour les autorités : frapper vite et fort afin de casser la dynamique contestataire et dissuader de nouvelles personnes de descendre dans la rue. Mais cette approche comporte aussi des risques importants pour la stabilité interne du régime.
Une société profondément fracturée
Les manifestations actuelles ne constituent pas un événement isolé. Elles s’inscrivent dans une série de cycles contestataires qui se répètent depuis la Révolution islamique de 1979, avec une intensité et une ampleur variables.
Ce qui frappe les observateurs aujourd’hui, c’est l’ampleur de la répression et la rapidité avec laquelle le système judiciaire est mobilisé pour tenter d’étouffer le mouvement. Mais cette sévérité reflète-t-elle aussi la peur des autorités face à une contestation qui refuse de s’éteindre ?
La menace de la peine de mort, loin d’être une simple posture, apparaît comme un outil parmi d’autres dans un arsenal répressif particulièrement fourni. Arrestations massives, interdiction d’accès à Internet, coupures d’électricité ciblées, déploiement de forces paramilitaires : tous les leviers semblent actionnés simultanément.
Vers une nouvelle normalisation de l’extrême violence d’État ?
La question que beaucoup se posent aujourd’hui concerne l’évolution possible de cette stratégie. L’utilisation répétée de la peine de mort contre des manifestants risque-t-elle de devenir une nouvelle norme ?
Les précédents historiques montrent que les régimes autoritaires qui institutionnalisent la terreur judiciaire finissent parfois par créer davantage de ressentiment qu’ils n’en éliminent. Le pari est donc risqué pour les autorités iraniennes.
Dans le même temps, la communauté internationale semble pour l’instant relativement démunie face à cette situation. Les condamnations verbales se multiplient, mais les leviers concrets d’action restent limités, notamment en raison des divisions persistantes au Conseil de sécurité et des intérêts économiques de certains pays.
Conclusion : un tournant potentiellement historique
L’Iran se trouve peut-être à un moment charnière de son histoire contemporaine. D’un côté, un pouvoir qui semble prêt à tout pour conserver le contrôle, y compris l’application massive de la peine capitale contre ses propres citoyens. De l’autre, une société civile qui, malgré la répression féroce, continue de réclamer dignité, liberté et justice.
Les prochains jours et les prochaines semaines seront déterminants. Le sort réservé aux centaines de personnes actuellement détenues, et notamment à des cas comme celui d’Erfan Soltani, constituera un test majeur pour le régime, pour la société iranienne, mais aussi pour la capacité de la communauté internationale à faire entendre sa voix face à de telles dérives.
Dans un pays où la peine de mort est déjà appliquée à une échelle massive, la décision de l’étendre explicitement aux manifestants pacifiques ou semi-pacifiques marque sans doute une nouvelle étape dans la confrontation entre le pouvoir et le peuple. Une étape dont les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà des frontières iraniennes.









