Imaginez une capitale où les rues résonnent de cris de colère, où l’accès à Internet est brutalement coupé depuis plus de trois jours, et où le simple fait de descendre dans la rue peut coûter la vie. C’est la réalité que vivent des millions d’Iraniens en ce moment même, alors que le pays traverse l’une des plus graves crises internes depuis la révolution de 1979.
Partie d’une protestation spontanée contre la vie chère, la contestation a rapidement pris une ampleur nationale, défiant ouvertement le pouvoir en place. Face à cette vague populaire, les autorités ont répondu par une répression d’une violence inouïe, tandis qu’à des milliers de kilomètres de là, le président américain Donald Trump multiplie les déclarations ambivalentes entre menace et main tendue.
Une contestation qui ébranle les fondations du régime
Ce qui avait commencé comme une révolte économique s’est très vite transformé en mouvement politique profond. Les Iraniens ne demandent plus seulement des prix plus bas, ils remettent en question la légitimité même du système politique qui dirige le pays depuis près de cinquante ans.
Les slogans scandés dans les rues de Téhéran, de Machhad et de nombreuses autres villes témoignent d’une radicalisation croissante. Certains appellent même ouvertement au retour de la monarchie, une idée qui semblait totalement taboue il y a encore quelques années.
Le bilan humain s’alourdit chaque jour
Les organisations de défense des droits humains basées à l’étranger tentent de documenter la répression avec le plus de précision possible dans un contexte de censure totale. Elles ont déjà confirmé la mort d’au moins 192 manifestants, tout en avertissant que ce chiffre est probablement très largement sous-estimé.
Les hôpitaux de la capitale seraient débordés par l’afflux de blessés, les réserves de sang s’épuiseraient rapidement et de nombreuses familles chercheraient désespérément des proches disparus. Des images glaçantes montrent des dizaines de corps enveloppés dans des sacs mortuaires devant une morgue de Téhéran.
Cette violence d’État s’accompagne d’une vague d’arrestations massives. Plus de 2 600 personnes auraient déjà été interpellées depuis le début du mouvement, selon les mêmes sources indépendantes.
Coupure d’Internet : une stratégie de contrôle total
Pour empêcher la coordination des manifestations et surtout pour bloquer la diffusion des images de la répression, les autorités ont imposé une coupure quasi-totale d’Internet depuis plus de 72 heures. Seuls quelques services gouvernementaux et essentiels fonctionnent encore.
Cette mesure extrême, déjà utilisée lors des précédentes vagues de contestation, vise clairement à isoler les manifestants et à empêcher le monde extérieur de témoigner de ce qui se passe dans le pays. Seules quelques images parviennent encore à sortir, souvent via des connexions satellitaires clandestines.
La réponse américaine : entre menace et ouverture
Depuis son avion présidentiel, Donald Trump a multiplié les déclarations à propos de la situation iranienne. Il affirme que les dirigeants de Téhéran « veulent négocier » et que des contacts auraient déjà été établis pour organiser une rencontre.
« Ils ont appelé samedi pour négocier, une réunion est en cours de préparation. »
Cette déclaration intervient alors même que le président américain a clairement indiqué que Téhéran était en train de franchir la « ligne rouge » qu’il avait lui-même fixée concernant le nombre de morts parmi les manifestants. Il a également évoqué l’étude par l’armée américaine de « options très fortes », sans préciser leur nature.
Cette posture ambivalente – menace militaire d’un côté, perspective de négociations de l’autre – crée une situation d’extrême tension et d’incertitude.
La riposte promise par les autorités iraniennes
Face à ces déclarations américaines, le président du Parlement iranien n’a pas tardé à réagir. Il a affirmé que toute frappe militaire américaine entraînerait une réponse immédiate et ciblée contre des bases militaires américaines ainsi que contre le transport maritime des États-Unis dans la région.
Cette menace rappelle la doctrine de « résistance » affichée par le régime face à toute agression extérieure, même si la capacité réelle de riposte est aujourd’hui fortement questionnée après les revers subis ces derniers mois.
Un régime affaibli sur tous les fronts
La contestation actuelle intervient dans un contexte particulièrement défavorable pour le pouvoir en place. Le pays sort d’un conflit direct avec Israël en juin dernier qui a fortement affaibli ses capacités militaires conventionnelles.
Plusieurs de ses alliés régionaux ont également subi de sérieux revers, tandis que les sanctions liées au programme nucléaire ont été rétablies par l’ONU en septembre, aggravant encore la crise économique.
Cette accumulation de crises internes et externes crée un environnement particulièrement instable, où chaque jour qui passe semble fragiliser un peu plus les fondations du régime.
La mobilisation de l’opposition en exil
Depuis les États-Unis, le fils de l’ancien chah, figure emblématique de l’opposition iranienne en exil, a lancé un appel direct aux forces armées et de sécurité. Il leur a demandé de se ranger du côté du peuple plutôt que de continuer à réprimer les manifestants.
Cet appel, largement relayé sur les réseaux sociaux malgré la censure, témoigne de la volonté de l’opposition extérieure de capitaliser sur le mouvement populaire actuel pour tenter de provoquer un changement de régime.
La réponse du pouvoir : deuil national et marche de soutien
Face à la contestation, les autorités ont adopté une double stratégie. D’un côté, elles ont décrété trois jours de deuil national en hommage aux « martyrs de la résistance », c’est-à-dire principalement aux membres des forces de sécurité tués pendant les affrontements.
De l’autre côté, le président iranien a appelé la population à participer massivement à une « marche de résistance » à travers tout le pays pour dénoncer les violences attribuées à des « criminels terroristes urbains » instrumentalisés selon lui par l’étranger.
La télévision d’État diffuse en boucle des images de bâtiments incendiés, y compris une mosquée, ainsi que des cortèges funéraires des forces de l’ordre, dans une tentative de renverser la narration et de présenter les manifestants comme les véritables agresseurs.
Un pays à l’arrêt
Sur place, la vie quotidienne est quasiment paralysée dans de nombreuses villes. Les commerces restent fermés, les transports publics tournent au ralenti et une atmosphère de tension permanente règne dans les rues.
Les autorités tentent de montrer un retour à la normale en diffusant des images de circulation fluide et en affirmant que le nombre de manifestations diminue. Mais les vidéos qui parviennent malgré tout à sortir montrent une réalité bien différente, avec de grandes foules défilant encore dans la nuit dans plusieurs grandes villes.
Solidarité internationale et manifestations à l’étranger
La répression en Iran n’est pas passée inaperçue à l’international. Des manifestations de soutien aux protestataires iraniens ont rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs capitales européennes, notamment à Paris, Londres et Vienne.
À Istanbul, la tentative de rassemblement devant le consulat iranien a été rapidement dispersée par la police turque, illustrant les limites de la solidarité possible dans certains pays voisins.
Vers un point de non-retour ?
La situation actuelle en Iran représente sans doute l’un des plus grands défis qu’ait jamais connu la République islamique. La conjugaison d’une contestation populaire massive, d’une économie exsangue, d’un isolement diplomatique croissant et d’une menace militaire extérieure crée un cocktail particulièrement explosif.
Les prochains jours seront déterminants. Le régime parviendra-t-il à reprendre le contrôle de la situation par la répression et la propagande ? Les manifestations vont-elles s’essouffler sous le poids de la répression et de l’épuisement ? Ou au contraire, l’appel à la désobéissance civile lancé par l’opposition en exil va-t-il trouver un écho au sein même des forces armées ?
Une chose est sûre : l’Iran est entré dans une phase critique de son histoire contemporaine, dont les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà de ses frontières pendant de nombreuses années.
Les regards du monde entier sont désormais tournés vers Téhéran, attendant de voir si ce mouvement populaire parviendra à transformer la colère des rues en véritable changement politique, ou si la République islamique démontrera une fois de plus sa capacité à survivre aux plus graves crises internes.
Dans cette période d’incertitude extrême, chaque heure compte, et chaque nouveau bilan humain pèse un peu plus lourd dans la balance. L’histoire est peut-être en train de s’écrire sous nos yeux, dans les rues d’un pays qui refuse désormais de se taire.
À suivre de très près…









