Les Iraniens exilés aux États-Unis, profondément choqués par la violence extrême exercée par le régime de Téhéran contre les manifestants dans leur pays d’origine, ont exprimé leur douleur et leur colère lors de rassemblements massifs ce dimanche.
Des milliers de personnes ont bravé le froid pour descendre dans les rues, brandissant des pancartes qui parlent de génocide en cours, de terreur imposée par le pouvoir et même d’un nouvel holocauste. Ces manifestations, particulièrement impressionnantes à Los Angeles – où réside la plus grande communauté iranienne hors d’Iran – et à New York, témoignent d’une diaspora unie dans l’horreur face aux événements qui secouent l’Iran depuis fin décembre.
La diaspora iranienne aux États-Unis se mobilise face à la répression
Le mouvement a débuté modestement fin décembre, initié par des commerçants excédés par l’inflation qui ravage l’économie iranienne. Très vite, les revendications ont dépassé le cadre économique pour devenir un cri général contre le régime des mollahs. La réponse des autorités a été immédiate et brutale : coupure quasi totale d’Internet, déploiement massif de forces de sécurité, et une répression qui a fait des milliers de victimes.
Les autorités iraniennes elles-mêmes ont admis que des milliers de personnes ont perdu la vie, tandis que des organisations d’opposition et des ONG évoquent des bilans allant de plusieurs milliers à des dizaines de milliers de morts. Cette violence inouïe a brisé le cœur de nombreux Iraniens exilés, qui suivent l’actualité au jour le jour, souvent sans pouvoir contacter leurs proches restés sur place.
Des témoignages poignants de douleur personnelle
Parmi la foule à Los Angeles, une femme de 62 ans, gestionnaire de paie ayant fui l’Iran en 2006, ne peut retenir ses larmes. Elle vient d’apprendre la mort tragique d’un de ses petits-cousins, âgé de moins de 10 ans, tué lors des récents rassemblements. « Mon cœur est lourd, mon âme est brisée, les mots me manquent pour exprimer ma colère », confie-t-elle, la voix tremblante.
Ces histoires personnelles se multiplient dans la diaspora. Chaque famille touchée par la répression porte le deuil d’un proche, d’un ami ou d’un enfant innocent. La coupure d’Internet rend les nouvelles encore plus difficiles à obtenir, augmentant l’angoisse et le sentiment d’impuissance.
Ce massacre massif de la population est absolument bouleversant.
Un manifestant iranien-américain
Cette citation résume l’état d’esprit général : une indignation profonde mêlée à un désespoir croissant face à l’ampleur de la violence.
Appels à une intervention américaine et à Donald Trump
Dans les cortèges, de nombreuses pancartes appellent explicitement le président américain Donald Trump à agir. Certains manifestants arborent des slogans comme « Make Iran Great Again », espérant une intervention décisive contre les centres des Gardiens de la révolution, dont les localisations seraient bien connues.
Un avocat iranien-américain de 65 ans, qui a quitté son pays après la révolution de 1979, explique : « Trump pourrait frapper ces sites à six heures du matin et se débarrasser d’eux ». D’autres vont plus loin, exprimant ouvertement le souhait d’un assassinat ciblé du guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis plus de 25 ans.
Les signaux envoyés par l’administration américaine ont été contradictoires. Après des frappes sur des sites nucléaires en juin, Trump a d’abord menacé d’intervenir si des manifestants étaient tués, avant d’exprimer sa satisfaction face à des assurances de Téhéran sur l’absence d’exécutions pour les protestataires jugés. Beaucoup dans la diaspora espèrent que ces paroles se traduiront par des actes concrets.
« J’espère vraiment que Trump fera plus qu’exprimer son soutien », reprend l’avocat, tandis que la foule scande des slogans en sa faveur et en soutien à Reza Pahlavi, fils de l’ex-chah.
Nostalgie de l’ère Pahlavi et divisions au sein de l’opposition
Reza Pahlavi, exilé près de Washington, s’est déclaré prêt à retourner en Iran pour superviser une transition démocratique. Beaucoup dans la diaspora voient en lui une figure capable de restaurer une monarchie constitutionnelle, comparable au modèle britannique, où un roi superviserait une république laïque.
« Si la monarchie était en place aujourd’hui, l’Iran serait dans une bien meilleure situation », affirme un manifestant, évoquant les années de modernisation sous le chah dans les décennies 1960 et 1970. Pourtant, ce soutien n’est pas unanime : le souvenir de la répression sous le régime du père de Reza Pahlavi envers les opposants de gauche reste vif pour certains.
La semaine dernière, un incident grave a marqué une manifestation à Los Angeles : un homme a foncé avec un camion sur la foule, causant des blessures légères, tout en portant une pancarte rejetant à la fois le chah et les mollahs. Cet acte illustre les divisions profondes au sein même de la diaspora.
Voix dissidentes et craintes d’ingérence occidentale
Dans le quartier de Westwood à Los Angeles, surnommé « Tehrangeles », un restaurateur insiste sur le fait que la diaspora doit soutenir les Iraniens sans imposer une solution. « Ils n’ont pas besoin d’une marionnette implantée par l’Occident », déclare-t-il, soulignant le droit des Iraniens à décider eux-mêmes de leur avenir.
En Californie du Nord, une poétesse exprime des réserves similaires envers Trump. Elle rappelle les sanctions économiques qui aggravent les souffrances du peuple iranien, le retrait des négociations sur le nucléaire, et l’interdiction quasi totale d’entrée pour les Iraniens aux États-Unis. « Trump manipule le peuple iranien », regrette-t-elle.
Elle dénonce l’hypocrisie d’un discours qui encourage les manifestations tout en fermant les portes aux réfugiés potentiels : « Nous vivons une période complètement tordue ».
Une mobilisation qui reflète l’ampleur de la crise en Iran
Ces manifestations aux États-Unis ne sont pas isolées. Elles reflètent l’onde de choc provoquée par la répression en Iran, où la coupure d’Internet vise à étouffer la contestation. Les bilans effroyables – des milliers de morts selon les sources officielles, bien plus selon les opposants – suscitent une indignation mondiale.
La diaspora iranienne, forte de plusieurs centaines de milliers de personnes aux États-Unis, joue un rôle clé en amplifiant les voix des manifestants. À Los Angeles, la mobilisation a réuni plusieurs milliers de participants, avec des drapeaux iraniens pré-révolutionnaires, des chants et des discours passionnés.
À New York, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées, prouvant que la solidarité transcende les côtes américaines. Ces rassemblements servent aussi de lieu de recueillement pour ceux qui ont perdu des êtres chers.
Les enjeux d’une transition possible et les défis à venir
Face à cette crise sans précédent, les questions se multiplient : le régime peut-il survivre à une telle vague de contestation ? Une intervention extérieure est-elle envisageable ? Et surtout, qui pourrait diriger l’Iran post-régime ?
Les divisions au sein de l’opposition – entre monarchistes, républicains laïcs, et ceux qui refusent toute ingérence – compliquent la perspective d’un front uni. Pourtant, la mobilisation de la diaspora montre une détermination farouche à ne pas abandonner les Iraniens restés sur place.
Les prochains jours seront cruciaux. Si la répression continue, les appels à une action internationale pourraient s’intensifier. Pour l’instant, les Iraniens des États-Unis continuent de manifester, de témoigner, et d’espérer que leur cri portera jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir.
La douleur est immense, la colère légitime, et l’avenir incertain. Mais une chose est claire : la diaspora ne baissera pas les bras tant que la répression sanglante se poursuivra en Iran.
Ce mouvement de solidarité rappelle que les liens avec la patrie ne se rompent jamais, même à des milliers de kilomètres. Chaque pancarte, chaque larme, chaque slogan est un message adressé aux manifestants en Iran : vous n’êtes pas seuls.
Et tandis que le monde observe, la question demeure : jusqu’où ira cette répression, et quel sera le prix à payer pour la liberté ?









