Imaginez une place immense au cœur de Téhéran, la place Azadi, où des milliers de personnes agitent des drapeaux verts, blancs et rouges sous un ciel chargé de symboles révolutionnaires. Au même moment, dans certains quartiers de la capitale, des voix anonymes s’élèvent depuis les fenêtres pour crier leur opposition au régime. C’est dans ce contraste saisissant que l’Iran commémore, le 11 février 2026, les 47 ans de la Révolution islamique de 1979. Un événement censé unir la nation autour de ses idéaux fondateurs, mais qui révèle aujourd’hui des fractures profondes.
L’Iran face à un double défi : interne et externe
Le pouvoir iranien se trouve aujourd’hui sous une pression considérable. D’un côté, les États-Unis maintiennent une ligne dure sur le programme nucléaire, avec des menaces explicites d’intervention militaire. De l’autre, les récentes manifestations ont ébranlé les fondations du régime, laissant derrière elles un bilan humain lourd et une société divisée.
Le président iranien a choisi ce jour symbolique pour réaffirmer la position inflexible de son pays. Devant une foule rassemblée sur la place emblématique de Téhéran, il a déclaré que l’Iran ne se plierait pas aux exigences jugées excessives en provenance de Washington. Cette déclaration intervient alors que des pourparlers indirects ont repris récemment, mais restent limités au seul dossier nucléaire selon Téhéran.
Un discours ferme contre les pressions américaines
Dans son intervention publique, le chef de l’État a insisté sur la souveraineté iranienne. Il a répété que son pays n’accepterait aucune agression et ne céderait pas face aux demandes américaines. Il a également réaffirmé que le programme nucléaire est strictement civil et ouvert à toute vérification pour prouver son caractère pacifique.
Cette posture s’inscrit dans un contexte où les États-Unis, sous la présidence actuelle, multiplient les avertissements. La rencontre entre le dirigeant américain et le Premier ministre israélien, qui s’est tenue à Washington le même jour, a mis l’accent sur des exigences supplémentaires : limitation des missiles balistiques iraniens et cessation du soutien aux groupes armés régionaux considérés comme hostiles à Israël.
Pour les autorités iraniennes, ces conditions vont bien au-delà du nucléaire et visent à affaiblir durablement la République islamique. Le ministre des Affaires étrangères a d’ailleurs affirmé publiquement que personne ne pourrait toucher aux capacités de défense du pays, en particulier ses missiles.
Cela fait 40 ans que nous dormons et nous réveillons avec la possibilité d’une guerre et d’une attaque. Vous pensez vraiment nous faire peur ?
Un participant au rassemblement pro-gouvernemental
Cette citation, recueillie auprès d’un médecin présent dans la foule, illustre l’état d’esprit d’une partie de la population qui soutient le régime et voit dans les menaces extérieures une raison supplémentaire de serrer les rangs.
Les célébrations sous haute sécurité
Les manifestations officielles ont mobilisé un dispositif de sécurité particulièrement important cette année. Des défilés ont eu lieu à Téhéran et dans de nombreuses villes du pays, avec des répliques de missiles exposées comme symboles de résistance. Des pancartes moquaient des figures d’opposition en exil et le dirigeant américain.
Les partisans du pouvoir ont scandé des slogans de résistance nationale, affirmant la détermination de la nation iranienne face à ce qu’ils qualifient d’ennemis extérieurs. Une enseignante présente sur place a accusé les États-Unis et Israël d’avoir provoqué les difficultés économiques pour plonger le pays dans le chaos, reprenant ainsi la rhétorique officielle.
Ces rassemblements contrastent fortement avec les scènes de la veille au soir, où des habitants de quartiers résidentiels ont scandé des slogans hostiles au régime depuis leurs fenêtres. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des cris de « Mort au dictateur » et « Mort à la République islamique ».
La contestation récente et sa répression brutale
La célébration de cette année intervient après une vague de protestations d’une ampleur exceptionnelle, déclenchée fin décembre 2025. Ce mouvement, né initialement de mécontentements économiques, s’est rapidement transformé en contestation politique ouverte contre le pouvoir en place.
Les autorités ont répondu par une répression d’une intensité rare, faisant usage de forces létales. Selon des organisations de défense des droits humains basées à l’étranger, plusieurs milliers de personnes ont perdu la vie lors du pic des manifestations début janvier 2026, et des dizaines de milliers ont été arrêtées.
Ces chiffres, bien que contestés par les autorités, témoignent d’un bilan humain très lourd. Parmi les détenus figurent des figures associées au courant réformateur, qui avaient initialement soutenu le président actuel avant de s’en distancier.
La répression a inclus des coupures d’internet pour limiter la diffusion d’informations, ainsi que des interventions armées dans les rues. Des témoignages rapportent des tirs à balles réelles, y compris depuis des toits et des positions surélevées.
Les efforts diplomatiques régionaux pour apaiser les tensions
Face à cette escalade, certains pays du Golfe tentent de jouer un rôle de médiateur. L’émir du Qatar a discuté avec le dirigeant américain de la nécessité de résoudre les crises par le dialogue. Des visites de hauts responsables iraniens sont prévues dans la région, notamment au Qatar et à Oman.
Ces initiatives interviennent après une première session de pourparlers à Oman début février 2026. L’Iran maintient que les discussions doivent se limiter au nucléaire, refusant d’aborder d’autres dossiers comme les missiles ou le soutien régional.
Le pays réaffirme son droit à enrichir l’uranium à des fins civiles, tout en niant toute recherche d’arme nucléaire. Cette position est contestée par les Occidentaux et Israël, qui accusent Téhéran de viser la bombe atomique.
Un contexte régional explosif
Les tensions avec les États-Unis et Israël ne datent pas d’aujourd’hui. Des frappes militaires passées sur des installations iraniennes ont marqué les esprits. La menace d’une nouvelle intervention plane, surtout après les récentes manifestations.
Pour certains observateurs, ces célébrations servent de démonstration de force interne, permettant au régime de projeter une image d’unité nationale malgré les fissures visibles. Les répliques de missiles et les slogans anti-américains rappellent la doctrine de résistance.
Pourtant, la présence massive de forces de sécurité et les mesures renforcées traduisent une certaine nervosité. Le pouvoir semble conscient que la légitimité de la Révolution est remise en question par une partie croissante de la population.
Les voix discordantes et la résilience affichée
Parmi les soutiens du régime, beaucoup expriment une fatigue face aux menaces permanentes, mais aussi une fierté nationale. Ils estiment que les négociations actuelles prouvent que l’adversaire n’a pas réussi à vaincre l’Iran par la force.
D’autres, dans l’ombre, continuent d’exprimer leur rejet. Les feux d’artifice de la veille et les chants traditionnels coexistent avec des actes de défiance nocturnes. Cette dualité reflète une société iranienne profondément polarisée.
Le régime, tout en célébrant la victoire de 1979, doit gérer ces contradictions. La Révolution, qui a promis indépendance et justice, est aujourd’hui jugée par ses résultats sur le plan économique et social.
Perspectives diplomatiques et risques d’escalade
Les pourparlers en cours représentent une lueur d’espoir pour éviter un conflit ouvert, mais les positions restent éloignées. L’Iran insiste sur la levée des sanctions comme préalable, tandis que Washington et ses alliés demandent des concessions concrètes.
Les pays médiateurs comme Oman et le Qatar pourraient jouer un rôle clé pour maintenir le canal de dialogue. Cependant, toute escalade militaire aurait des conséquences régionales et mondiales imprévisibles.
En ce 47e anniversaire, l’Iran se trouve à un carrefour. Entre célébration officielle et contestation souterraine, entre dialogue diplomatique et menaces de guerre, le pays navigue en eaux troubles. La suite dépendra largement de la capacité des acteurs à trouver un terrain d’entente, ou au contraire, à laisser les tensions dégénérer.
Ce moment historique rappelle que les révolutions, même passées, continuent d’influencer le présent. Pour l’Iran, la Révolution de 1979 reste à la fois source de fierté pour certains et de frustration pour d’autres. L’avenir dira si ce 11 février 2026 marquera un tournant ou simplement une parenthèse dans une longue période de crises.









