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Iran : Coupure Internet Totale, Vie Quotidienne Paralysée

En Iran, depuis deux semaines, internet est totalement coupé, laissant des millions de personnes isolées. Créateurs de contenu et chauffeurs routiers témoignent de leur quotidien bouleversé, avec une économie qui saigne chaque jour. Mais combien de temps cette situation peut-elle encore durer ?

Imaginez-vous réveillé un matin, votre smartphone incapable de charger la moindre page extérieure, vos réseaux sociaux figés, vos mails inaccessibles. C’est la réalité brutale que vivent des dizaines de millions d’Iraniens depuis le 8 janvier 2026. Une coupure internet quasi-totale, imposée par les autorités, transforme le quotidien en un long attente anxieuse.

Derrière cet écran noir se cachent des histoires humaines poignantes. Des créateurs de contenu qui voient leur activité s’effondrer, des chauffeurs bloqués aux frontières, des familles coupées du monde. Cette mesure extrême, présentée comme une réponse sécuritaire, révèle les fragilités d’une société hyper-connectée soudain privée de son lien vital avec l’extérieur.

Une nation plongée dans le silence numérique

Depuis plus de deux semaines, l’Iran fait face à l’une des plus longues et plus sévères coupures internet de son histoire récente. Tout a commencé le 8 janvier, au cœur d’une vague de contestations qui a secoué le pays. Les autorités ont alors décidé de couper l’accès au réseau mondial, ne laissant subsister qu’un intranet local strictement contrôlé.

Ce blackout n’est pas une simple gêne passagère. Il isole complètement la population des informations internationales, des communications avec l’étranger et de nombreux services essentiels au fonctionnement moderne de l’économie. Pour beaucoup, c’est comme si le monde extérieur avait subitement disparu.

Les témoignages poignants des créateurs de contenu

Amir, 32 ans, incarne parfaitement cette nouvelle réalité. Créateur de critiques de jeux vidéo et de films, il vivait exclusivement de ses activités sur les plateformes internationales. Aujourd’hui, il passe ses journées à scruter les rares sites d’information accessibles via l’intranet, espérant un signe annonciateur du retour à la normale.

« Tout mon travail repose sur internet, je ne me vois pas survivre sans », confie-t-il avec une inquiétude palpable. Ses comptes sur les réseaux sociaux, patiemment construits au fil des années, sont devenus inaccessibles. Plus de publications, plus d’interactions, plus de revenus. L’angoisse monte jour après jour.

Amin, 29 ans, évolue dans le domaine de la tech. Lui aussi se retrouve en chômage technique forcé. Il garde toutefois une lueur d’optimisme : « Ma seule raison de rester optimiste est que je ne les vois pas maintenir une coupure totale d’internet pendant longtemps. Sinon, cela va se retourner contre eux ». Cette phrase résume bien l’espoir ténu qui subsiste chez certains.

L’intranet local : une bouée de sauvetage sous contrôle

Face à cette coupure, les Iraniens se rabattent sur l’intranet national. Ce réseau fermé permet d’accéder à certains services essentiels : applications de transport, services bancaires, paiements en ligne, sites d’information locaux et contenus vidéo soigneusement sélectionnés.

Plusieurs applications de messagerie locales ont repris du service récemment : Bale, Eitaa et Rubika fonctionnent à nouveau selon les informations relayées. Pourtant, beaucoup comme Amir refusent de les utiliser pour des raisons de confidentialité. « Je ne les avais jamais utilisées avant. Et je ne vais pas commencer maintenant », explique-t-il fermement.

Cet intranet offre une illusion de continuité, mais il enferme les utilisateurs dans un écosystème fermé, sans accès au reste de la planète. C’est une forme de contrôle renforcé sur l’information et les échanges.

Un impact économique dévastateur

La coupure ne touche pas seulement les créateurs individuels. Toute l’économie iranienne souffre de cette situation. Selon des estimations officielles, le préjudice quotidien atteindrait entre 4 000 et 6 000 milliards de rials, soit environ 2,5 à 3,3 millions d’euros.

D’autres sources, plus indépendantes, avancent des chiffres bien plus alarmants : plus de 31 millions d’euros par jour. Ces écarts montrent à quel point il est difficile d’évaluer précisément les dommages dans un contexte où l’information circule si peu.

Les secteurs les plus touchés sont ceux dépendant du numérique : e-commerce, freelances internationaux, services en ligne. Mais même les activités traditionnelles subissent les conséquences. Les réservations de vols internationaux deviennent instables, les procédures administratives aux frontières s’éternisent.

« On demande aux chauffeurs d’attendre des heures », souffle Iraj, 51 ans, conducteur de camion dans l’ouest du pays.

Cette lenteur administrative paralyse le commerce transfrontalier. Les agents de voyage constatent une chute drastique des demandes pour les vols internationaux. Seuls les vols internes résistent relativement mieux à la situation.

Contexte des manifestations et justifications officielles

Cette coupure intervient dans un climat de fortes tensions. Les manifestations ont débuté autour de revendications économiques avant de prendre une ampleur politique. Les autorités parlent de 3 117 morts, tout en accusant des forces étrangères d’orchestrer les troubles.

Les organisations de défense des droits humains estiment que le bilan réel pourrait être bien plus lourd, mais la coupure empêche toute vérification indépendante. Elles dénoncent cette mesure comme un moyen de masquer la répression en cours.

Du côté officiel, on réfute cette accusation. Le chef de la diplomatie a déclaré récemment que le dialogue était en cours avec les manifestants, mais que l’internet n’a été coupé qu’après la constatation d’opérations terroristes coordonnées depuis l’étranger. Selon cette version, la coupure vise à protéger la sécurité nationale.

Comparaison avec les précédentes coupures

L’Iran a déjà connu plusieurs interruptions internet lors de périodes de crise. En 2009, après la contestation de la réélection présidentielle, des restrictions avaient été mises en place. En 2019, la hausse du prix du carburant avait provoqué des troubles et une coupure de plusieurs jours.

Plus récemment, en 2022, suite à la mort en détention de Mahsa Amini, une autre vague de manifestations avait entraîné des blackouts localisés ou temporaires. Même pendant le conflit de douze jours avec Israël en juin 2025, des restrictions avaient été appliquées.

Mais cette fois, l’ampleur et la durée semblent inédites. La coupure touche l’ensemble du pays et se prolonge bien au-delà des précédents épisodes. Le mouvement de contestation paraît s’essouffler, pourtant la mesure reste en vigueur.

Accès sporadique et espoirs fragiles

Ces derniers jours, certains ont rapporté des accès intermittents à leurs boîtes mail ou à des sites étrangers comme Google. Mais ces connexions restent très aléatoires, parfois après des heures d’attente.

Cette situation crée un climat d’incertitude permanente. Les Iraniens scrutent le moindre signe de rétablissement, partagés entre résignation et espoir. Beaucoup craignent que cette coupure ne devienne une nouvelle norme, renforçant l’isolement digital du pays.

Conséquences sociales et psychologiques

Au-delà des aspects économiques, cette coupure a des répercussions profondes sur le plan social et psychologique. Les familles séparées par la distance ne peuvent plus communiquer facilement. Les étudiants peinent à accéder aux ressources pédagogiques en ligne. Les liens avec la diaspora se distendent.

Le sentiment d’isolement grandit. Dans un monde où internet est devenu indispensable à la vie sociale, professionnelle et informative, en être privé provoque un stress considérable. Beaucoup décrivent une sensation d’étouffement numérique.

Les jeunes générations, particulièrement connectées, ressentent cette privation comme une amputation. Les créateurs de contenu, habitués à l’interaction permanente avec leur audience, traversent une période particulièrement difficile sur le plan moral.

Perspectives d’avenir incertaines

La question que tout le monde se pose : combien de temps cette situation va-t-elle encore durer ? Les autorités n’ont donné aucune indication claire sur un calendrier de rétablissement. Certains observateurs craignent que cette coupure marque le début d’une stratégie plus large d’isolement digital.

D’autres estiment que maintenir un tel blackout trop longtemps risquerait d’aggraver les tensions internes. L’économie déjà fragilisée ne peut supporter indéfiniment de telles pertes quotidiennes. La pression pourrait finir par forcer un assouplissement.

En attendant, les Iraniens continuent de s’adapter comme ils peuvent. Certains explorent les rares failles dans le système, d’autres se recentrent sur les interactions locales. Mais tous partagent cette attente pesante d’un retour à la normale.

Les leçons d’une dépendance révélée

Cette crise met cruellement en lumière notre dépendance collective à internet. Dans un pays comme l’Iran, où l’accès était déjà contrôlé, la coupure totale révèle à quel point le numérique est devenu indispensable. Même les services publics les plus basiques sont perturbés quand le réseau mondial disparaît.

Elle pose aussi la question du contrôle de l’information. En coupant internet, les autorités limitent drastiquement la circulation des nouvelles non officielles. Mais à l’ère des VPN et des réseaux alternatifs, ce contrôle absolu devient-il encore possible sur le long terme ?

Les Iraniens font preuve d’une résilience remarquable. Malgré les difficultés, ils cherchent des solutions, maintiennent le lien comme ils peuvent, gardent espoir. Cette capacité d’adaptation face à l’adversité force le respect.

La situation reste extrêmement fluide. Chaque jour apporte son lot de rumeurs, d’annonces contradictoires et de minuscules améliorations. Les Iraniens continuent d’attendre, téléphone à la main, le moment où leurs écrans retrouveront enfin leurs couleurs habituelles.

Cette coupure internet, au-delà de ses causes politiques immédiates, révèle des enjeux plus profonds : liberté d’expression, souveraineté numérique, résilience économique face aux chocs technologiques. L’Iran écrit aujourd’hui un chapitre important de l’histoire des relations entre pouvoir et technologies de communication.

Et pendant ce temps, Amir, Amin, Iraj et des millions d’autres continuent leur veille silencieuse, espérant que demain, enfin, la connexion reviendra.

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