Imaginez une des plus anciennes et solides institutions bancaires d’Europe qui, du jour au lendemain, décide d’allouer une somme à neuf chiffres dans un actif que beaucoup considéraient encore récemment comme spéculatif et réservé aux initiés. Ce scénario n’est plus de la science-fiction : il est bel et bien devenu réalité au quatrième trimestre 2025.
La banque italienne Intesa Sanpaolo vient de franchir un cap symbolique très fort en dévoilant, via un document officiel déposé auprès des autorités américaines, une position approchant les 100 millions de dollars dans des produits liés au Bitcoin. Ce mouvement n’est pas anodin : il illustre une accélération spectaculaire de l’intérêt des géants de la finance traditionnelle pour les crypto-actifs, surtout depuis l’arrivée des ETF spot Bitcoin aux États-Unis.
Quand une banque centenaire embrasse la révolution Bitcoin
Longtemps perçue comme un univers parallèle, la sphère crypto commence à trouver sa place dans les bilans des plus grandes banques mondiales. Intesa Sanpaolo, poids lourd du secteur bancaire italien et européen, ne fait plus figure d’exception. Sa récente déclaration montre que le Bitcoin, via des véhicules d’investissement réglementés, s’installe durablement dans les portefeuilles institutionnels.
Ce n’est pas une petite allocation expérimentale. Nous parlons ici d’une exposition conséquente, proche du seuil symbolique des 100 millions de dollars américains. Une telle somme, dans le contexte d’une banque de cette taille, traduit une conviction stratégique et non un simple pari spéculatif.
Les chiffres précis de l’exposition Bitcoin
Le document officiel révèle que la majeure partie de cette exposition se concentre sur deux ETF Bitcoin spot cotés aux États-Unis. Le produit le plus important en portefeuille est celui géré par ARK 21Shares, avec une valorisation d’environ 72,6 millions de dollars à la fin décembre 2025. Vient ensuite l’iShares Bitcoin Trust, qui représente environ 23,4 millions de dollars supplémentaires.
Ces deux véhicules à eux seuls totalisent déjà plus de 96 millions de dollars. À cela s’ajoute une petite position dans un ETF lié à Solana, valorisée à 4,3 millions de dollars, ce qui porte le total proche des 100 millions. On observe donc une stratégie qui ne se limite pas au seul Bitcoin, même si celui-ci reste très largement dominant.
Ce choix de se concentrer sur des ETF spot plutôt que sur des produits à terme ou synthétiques montre une volonté d’obtenir une exposition directe au prix du Bitcoin, sans les écarts de suivi que l’on pouvait reprocher aux anciens produits.
Une diversification intelligente au-delà du Bitcoin
Intesa Sanpaolo ne s’est pas contentée d’acheter des parts d’ETF Bitcoin. Les autorités de régulation ont également pu découvrir une position en options put sur le titre d’une société très connue dans l’écosystème crypto pour ses énormes réserves de Bitcoin.
Cette option put semble jouer un rôle de couverture : si le cours de l’action baisse fortement (par exemple parce que la prime Bitcoin diminue), la banque pourrait réaliser un gain sur cette position dérivée. Une manière astucieuse de se protéger tout en conservant une exposition nette positive au secteur.
Enfin, de petites lignes apparaissent également dans des actions de sociétés actives dans l’infrastructure crypto, notamment des plateformes d’échange et des émetteurs de stablecoins. Même si ces montants restent modestes comparés aux ETF, ils traduisent une vision d’ensemble et non un simple engouement passager pour le Bitcoin.
Pourquoi les banques européennes entrent-elles maintenant ?
Plusieurs facteurs expliquent ce mouvement. D’abord, la clarté réglementaire américaine depuis l’approbation des ETF spot Bitcoin a considérablement réduit le risque perçu. Les institutions savent désormais qu’elles peuvent accéder à cet actif via des produits encadrés par la SEC, avec une garde assurée par des acteurs reconnus.
Ensuite, la maturité du marché s’est nettement améliorée. La liquidité des ETF est excellente, les écarts bid-ask sont resserrés et les volumes quotidiens se chiffrent en milliards. Pour une banque qui gère des dizaines voire des centaines de milliards d’actifs, ces critères sont indispensables avant d’envisager une allocation significative.
Enfin, la performance du Bitcoin sur les cycles précédents, combinée à son statut d’actif de plus en plus considéré comme une réserve de valeur alternative, pousse les directions financières à réviser leurs allocations stratégiques. Ne pas avoir d’exposition quand les concurrents en prennent commence à ressembler à un risque en soi.
« Les institutions financières européennes comprennent désormais que ignorer les crypto-actifs pourrait coûter plus cher que de les intégrer prudemment dans un cadre diversifié et réglementé. »
Cette phrase, que l’on pourrait attribuer à n’importe quel analyste financier observant le secteur en 2026, résume parfaitement le changement de paradigme en cours.
Impact potentiel sur le marché crypto dans son ensemble
Quand une banque de la taille d’Intesa Sanpaolo franchit le pas, cela envoie un signal puissant à d’autres institutions européennes encore hésitantes. On peut raisonnablement penser que plusieurs établissements du Vieux Continent préparent déjà des allocations similaires, même s’ils attendent la fin du trimestre pour les officialiser.
Du côté des flux, chaque nouveau participant institutionnel de cette envergure augmente mécaniquement la demande adressée au Bitcoin. Même si 100 millions de dollars représentent une goutte d’eau par rapport à la capitalisation totale, l’effet d’entraînement est bien réel : une banque ouvre la voie, les autres suivent pour ne pas se retrouver à la traîne.
Par ailleurs, la présence d’une position de couverture via des options sur une société fortement corrélée au Bitcoin montre que ces acteurs ne se contentent pas d’acheter et de conserver. Ils construisent véritablement des stratégies actives, avec gestion du risque intégrée. Cela renforce encore la légitimité et la sophistication du marché.
Comparaison avec les géants américains
Si l’on regarde outre-Atlantique, plusieurs grandes banques et gestionnaires d’actifs ont déjà franchi des caps similaires, parfois avec des montants bien supérieurs. Cependant, le fait qu’une institution européenne de premier plan adopte une telle stratégie reste un événement marquant. Cela prouve que l’intérêt ne se limite plus aux États-Unis ou à l’Asie.
L’Europe, souvent perçue comme plus prudente et plus lourde réglementairement, démontre qu’elle peut elle aussi se positionner rapidement quand le cadre est clair et que les produits sont suffisamment matures.
Quelles perspectives pour 2026 et au-delà ?
Si la tendance observée au quatrième trimestre 2025 se confirme, 2026 pourrait marquer l’année de l’institutionnalisation massive des crypto-actifs en Europe. Plusieurs scénarios sont envisageables :
- Augmentation du nombre de banques européennes déclarant des positions ETF Bitcoin ou Ethereum
- Lancement progressif de produits crypto par les gestionnaires d’actifs européens sous le règlement UCITS
- Intégration des ETF crypto dans les contrats d’assurance-vie et les plans d’épargne réglementés
- Apparition de fonds mixtes « actions + crypto » proposés aux clients fortunés
- Développement de solutions de custody institutionnelle par les grandes banques européennes elles-mêmes
Chacun de ces développements renforcerait la légitimité et la stabilité du marché crypto, tout en offrant aux particuliers européens de nouveaux moyens d’accéder à cette classe d’actifs via des enveloppes familières et sécurisées.
Les risques qui restent à surveiller
Même si le mouvement semble irréversible, plusieurs points de vigilance demeurent. La volatilité extrême du Bitcoin reste un facteur important. Une correction de 40 à 60 % comme celles observées par le passé pourrait générer des tensions internes dans les comités d’investissement de ces banques.
Ensuite, l’évolution réglementaire européenne, notamment autour de MiCA et des futures règles sur les actifs numériques, pourrait encore modifier la donne. Une approche trop restrictive freinerait sans doute l’enthousiasme actuel.
Enfin, la question de la concentration des risques systémiques se pose. Si trop d’institutions financières importantes détiennent des positions corrélées sur le même actif, une chute brutale pourrait avoir des répercussions plus larges que prévu.
Un tournant historique pour la finance européenne
Quoi qu’il arrive dans les prochains trimestres, la déclaration d’Intesa Sanpaolo restera comme un marqueur fort. Elle montre que le Bitcoin et les crypto-actifs ne sont plus confinés aux marges spéculatives de la finance : ils intègrent progressivement le cœur des stratégies d’allocation des plus grandes institutions.
Pour les observateurs du secteur, c’est la confirmation que nous sommes entrés dans une nouvelle phase, celle de la maturité institutionnelle. Une phase où les allocations se chiffrent en centaines de millions, puis bientôt en milliards, et où les stratégies deviennent de plus en plus sophistiquées.
Le message est clair : le train de l’adoption institutionnelle est en marche, et les retardataires risquent de payer un prix élevé pour monter à bord plus tard. Intesa Sanpaolo, elle, a déjà pris place en première classe.
Et vous, comment analysez-vous ce mouvement ? Pensez-vous que d’autres grandes banques européennes suivront rapidement ? Les commentaires sont ouverts.
Points clés à retenir
- Position totale proche de 100 M$ dans des ETF crypto
- 72,6 M$ dans l’ETF ARK 21Shares Bitcoin
- 23,4 M$ dans l’iShares Bitcoin Trust
- Petite exposition au staking Solana (4,3 M$)
- Options put sur une société Bitcoin-heavy en couverture
- Petites lignes sur des actions d’infrastructures crypto
La finance traditionnelle et la finance décentralisée ne sont plus des mondes opposés. Elles commencent à dialoguer, à se comprendre, et parfois même à fusionner. L’année 2026 s’annonce passionnante à plus d’un titre.








