Imaginez un homme au cœur de la lutte pour l’égalité des genres, pilier d’une coalition gouvernementale progressiste, soudainement rattrapé par des accusations graves. C’est l’histoire d’Íñigo Errejón, figure emblématique de la gauche radicale espagnole, dont la carrière a basculé en quelques mois. Aujourd’hui, un juge a décidé qu’il devra répondre devant la justice d’une agression sexuelle présumée.
Un procès qui fragilise la gauche au pouvoir
La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre en cette fin d’année. Un magistrat madrilène a ordonné la tenue d’un procès contre Íñigo Errejón pour un délit d’agression sexuelle. Cette décision, rendue publique début janvier 2026, marque un tournant dans une affaire qui avait déjà secoué la politique espagnole en 2024.
Âgé de 42 ans, Errejón avait choisi de quitter brusquement la scène politique après la révélation de témoignages accusateurs. Son départ avait alors été perçu comme un aveu implicite de faute, même s’il n’avait reconnu que des « erreurs » personnelles. Désormais, la justice estime qu’il existe suffisamment d’éléments pour ouvrir un procès.
Les origines du scandale
Tout commence en octobre 2024. L’actrice et présentatrice Elisa Mouliaá porte plainte contre Íñigo Errejón. Elle l’accuse d’attouchements et de baisers non consentis, des faits qui remonteraient à 2021. Son témoignage, rendu public, provoque une onde de choc immédiate dans les milieux politiques et médiatiques.
Errejón, alors porte-parole de Sumar au Congrès des députés, réagit rapidement. Il reconnaît avoir commis des erreurs dans sa vie privée, mais insiste sur le caractère consensuel des relations en question. Malgré cela, la pression est trop forte. Il annonce son retrait définitif de la vie politique, laissant un vide dans les rangs de la gauche radicale.
Cette affaire n’arrive pas dans un contexte anodin. Le gouvernement de coalition, dirigé par Pedro Sánchez et soutenu par Sumar, a fait de la lutte contre les violences de genre une priorité absolue. Voir l’un de ses alliés clés impliqué dans une telle accusation constitue un revers majeur pour l’exécutif.
La décision judiciaire expliquée
Le juge Adolfo Carretero, en charge du dossier au tribunal de Madrid, avait déjà indiqué dans une ordonnance précédente l’existence d’indices sérieux à l’encontre de l’accusé. Fin décembre, il franchit une étape supplémentaire en ordonnant l’ouverture d’un procès.
Dans son ordonnance datée du 27 décembre, le magistrat impose également à Errejón le versement d’une caution de 30 000 euros. Cette somme vise à garantir une éventuelle indemnisation à la victime en cas de condamnation.
La défense de la plaignante ne mâche pas ses mots. Elle réclame trois ans de prison pour l’ancien responsable politique, ainsi qu’une indemnisation de 30 000 euros pour les dommages moraux et les préjudices subis. Des demandes qui traduisent la gravité perçue des faits.
Les faits reprochés constituent une agression sexuelle claire, causant des souffrances importantes à la victime.
Du côté d’Errejón, la ligne de défense reste inchangée : tout était consensuel. Une version qui sera désormais confrontée à celle de la plaignante devant un tribunal, dont la date d’audience reste à fixer.
Un parcours politique fulgurant stoppé net
Pour comprendre l’ampleur du choc, il faut revenir sur le parcours d’Íñigo Errejón. En 2014, il cofonde Podemos aux côtés de Pablo Iglesias. Ce parti, né du mouvement des Indignés, incarne alors l’espoir d’une gauche renouvelée, anti-austérité et progressiste.
Errejón devient rapidement l’un des stratèges les plus brillants du mouvement. Théoricien politique, il théorise le « populisme de gauche » et contribue à l’essor fulgurant de Podemos. Député, puis porte-parole, il incarne une génération prête à bousculer l’ordre établi.
Après des tensions internes, il quitte Podemos pour rejoindre Más País, puis Sumar, la plateforme conduite par Yolanda Díaz. En 2023, il devient porte-parole de ce groupe au Congrès, partenaire essentiel des socialistes au pouvoir.
Son engagement féministe était souvent mis en avant. Il défendait publiquement des lois renforçant la protection des femmes contre les violences. Cette contradiction apparente rend l’accusation d’autant plus douloureuse pour ses anciens camarades.
Un contexte politique particulièrement tendu
L’annonce de ce procès intervient à un moment délicat pour le gouvernement de Pedro Sánchez. L’exécutif fait face à de multiples enquêtes pour corruption touchant l’entourage du président. Des affaires qui affaiblissent déjà sa majorité fragile.
À cela s’ajoutent d’autres polémiques liées à des comportements inappropriés au sein du Parti socialiste. Plusieurs membres ont été éclaboussés par des accusations similaires ces derniers mois. Le cumul de ces scandales met à rude épreuve l’image progressiste du gouvernement.
La lutte contre les violences machistes était pourtant l’un des étendards de cette coalition. Des lois ambitieuses ont été votées, des campagnes lancées. Voir des figures de la majorité impliquées dans de telles affaires crée un sentiment de trahison chez une partie de l’électorat.
Contexte difficile : Le gouvernement Sánchez traverse une zone de turbulences avec enquêtes corruption + scandales sexuels dans ses rangs.
Les conséquences pour Sumar et la gauche radicale
Le départ d’Errejón en 2024 avait déjà porté un coup sérieux à Sumar. Ce parti, censé unir la gauche à la gauche des socialistes, perdait l’une de ses figures les plus charismatiques et médiatiques.
Aujourd’hui, l’ouverture d’un procès ravive les blessures. Les membres de Sumar doivent naviguer entre solidarité avec la victime présumée et la présomption d’innocence. Une position délicate qui risque de diviser davantage un espace politique déjà fragmenté.
Depuis 2019, la gauche espagnole non socialiste peine à retrouver son unité et sa force d’antan. Podemos s’est effrité, Sumar peine à s’imposer. Ce nouveau scandale pourrait accélérer cette dynamique de déclin.
- Perte d’une figure médiatique majeure
- Difficulté à défendre les valeurs féministes
- Renforcement de l’image d’hypocrisie perçue
- Fragilisation de la coalition gouvernementale
La question de la présomption d’innocence
Dans cette affaire, un débat récurrent refait surface : comment concilier la parole des victimes et la présomption d’innocence ? Errejón a choisi de se retirer immédiatement, peut-être pour protéger son parti plus que par aveu de culpabilité.
Ses soutiens soulignent qu’il n’a jamais nié avoir eu une relation, mais conteste fermement le caractère non consensuel. Ils estiment qu’il a été jugé trop vite par l’opinion publique avant même un procès.
De l’autre côté, les associations féministes rappellent l’importance d’écouter les victimes et de ne pas minimiser leurs témoignages. Le mouvement #MeToo espagnol, très actif, voit dans cette affaire une nouvelle illustration des abus de pouvoir.
Vers un procès médiatisé
La date du procès n’est pas encore connue, mais il s’annonce déjà comme un événement majeur. Les médias espagnols suivront chaque développement avec attention. La présence d’une personnalité connue du grand public garantit une couverture intense.
Elisa Mouliaá, en tant que plaignante et figure médiatique elle aussi, apportera une dimension supplémentaire. Son témoignage au tribunal sera scruté, tout comme la défense d’Errejón.
Quel que soit le verdict final, cette affaire laissera des traces durables dans le paysage politique espagnol. Elle interroge sur la capacité des partis progressistes à incarner pleinement leurs valeurs dans la sphère privée de leurs dirigeants.
En attendant, Íñigo Errejón prépare sa défense. L’ancien théoricien politique, habitué aux joutes verbales au Congrès, se retrouve cette fois sur le banc des accusés. Un retournement que peu auraient imaginé il y a encore quelques années.
L’Espagne politique retient son souffle. Ce procès pourrait marquer un tournant, non seulement pour un homme, mais pour toute une génération qui avait promis de changer les règles du jeu.
À suivre : La date du procès sera déterminante pour l’avenir politique de la gauche espagnole et pour la crédibilité du gouvernement dans sa lutte contre les violences de genre.
Cette histoire rappelle que le pouvoir, même exercé au nom des plus nobles causes, n’immunise personne contre les fautes personnelles. Elle pose aussi la question de la responsabilité collective : jusqu’où un parti doit-il assumer les actes de ses membres ?
Dans un pays où les débats sur le féminisme et les droits des femmes occupent une place centrale, ce dossier continuera d’alimenter les réflexions. Il illustre les défis d’une société en mutation, où les exigences éthiques envers les représentants politiques n’ont jamais été aussi élevées.
Le chemin judiciaire ne fait que commencer. Mais déjà, les répercussions politiques se font sentir, remodelant les équilibres fragiles de la majorité gouvernementale.









