Une interdiction qui touche au cœur de la foi musulmane
Imaginez un instant : un homme dont la vie est intimement liée à un lieu de culte, qui y a consacré son existence, se voit soudain barrer l’entrée sans explication claire. C’est exactement ce que vit Cheikh Muhammad al-Abbasi. Il a confié que cette interdiction dure une semaine, avec la possibilité qu’elle soit prolongée. Aucune raison officielle n’a été fournie pour justifier cette décision.
Cette situation n’est pas anodine. Al-Aqsa représente bien plus qu’un simple édifice religieux pour des millions de fidèles. C’est un symbole profond de spiritualité, d’identité et de résistance. L’imam a exprimé avec force ce lien viscéral : notre âme est attachée à Al-Aqsa, c’est notre vie même. Ces mots résonnent particulièrement alors que le Ramadan approche, période où la prière collective y prend une dimension exceptionnelle.
Le timing de cette interdiction ajoute à la tension. Le ramadan débute cette semaine, et traditionnellement, l’esplanade des Mosquées accueille des centaines de milliers de personnes venues prier, jeûner et se recueillir. Une telle mesure sur une figure clé comme un imam principal ne peut qu’interroger sur les intentions derrière ces restrictions.
Le contexte historique et religieux d’Al-Aqsa
La mosquée Al-Aqsa, située au cœur de Jérusalem-Est, occupe une place unique dans les trois grandes religions monothéistes. Pour les musulmans, elle est le troisième lieu saint après La Mecque et Médine. C’est ici que le prophète Muhammad aurait effectué le voyage nocturne, selon la tradition islamique. Le site abrite également le Dôme du Rocher, avec sa coupole dorée iconique qui domine le paysage de la vieille ville.
Du côté juif, l’endroit est connu sous le nom de Mont du Temple. Il s’agit du lieu le plus sacré du judaïsme, où se dressaient autrefois les Temples de Salomon et d’Hérode. Malgré cette sainteté partagée, un statu quo établi en 1967 interdit aux juifs de prier sur l’esplanade, bien que des visites soient autorisées sous contrôle strict.
Administré par la Jordanie via le Waqf islamique, le site reste sous contrôle sécuritaire israélien depuis l’occupation de Jérusalem-Est en 1967, suivie de son annexion. Cette double gestion crée un équilibre fragile, souvent source de frictions. Les autorités israéliennes imposent régulièrement des limitations sur l’accès, en fonction de l’âge, de la provenance ou d’autres critères, particulièrement durant les périodes sensibles comme le ramadan.
Les restrictions d’accès pendant le ramadan
Chaque année, le ramadan transforme l’esplanade en un lieu de convergence massive. Des fidèles affluent de Jérusalem, de Cisjordanie et parfois d’autres régions. Pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée, se rendre à Jérusalem nécessite un permis spécifique, délivré par les autorités israéliennes.
Cette année, les annonces officielles font état d’une limite stricte : seulement 10 000 autorisations pour les résidents de Cisjordanie. De plus, les critères d’âge sont restrictifs : les hommes doivent avoir plus de 55 ans et les femmes plus de 50 ans pour espérer obtenir un permis. Ces conditions rappellent celles appliquées l’année précédente, limitant fortement la participation des plus jeunes.
Ces mesures visent officiellement à maintenir l’ordre public et la sécurité. Cependant, elles réduisent considérablement le nombre de fidèles potentiels, transformant ce qui devrait être un moment de grande communion spirituelle en une expérience plus contenue et contrôlée.
Cette interdiction est une affaire grave pour nous, car notre âme est liée à Al-Aqsa. Al-Aqsa, c’est notre vie.
Cheikh Muhammad al-Abbasi
Cette citation illustre parfaitement l’impact émotionnel et spirituel de telles restrictions. Pour un imam qui a récemment surmonté un grave accident de voiture après un an d’hospitalisation, revenir à Al-Aqsa représentait sans doute un retour à une forme de normalité et de devoir sacré. Se voir refuser l’accès juste avant le ramadan ajoute une couche de douleur supplémentaire.
Les implications plus larges pour la communauté palestinienne
Al-Aqsa n’est pas seulement un lieu de prière ; c’est un symbole central de l’identité palestinienne. Les restrictions d’accès touchent directement des milliers de familles qui voient dans ce site un pilier de leur héritage culturel et religieux. Lorsque des figures religieuses comme des imams sont ciblées, cela envoie un message fort à l’ensemble de la communauté.
Les autorités gérant le site sous supervision jordanienne font face à des défis croissants pour préparer le ramadan : installation de protections contre le soleil et la pluie, mise en place de cliniques temporaires, organisation logistique pour accueillir les foules. Toute entrave à ces préparatifs complique l’accueil des fidèles dans des conditions dignes.
Par ailleurs, des centaines d’interdictions d’accès individuelles ont été prononcées ces derniers mois, visant souvent des jeunes ou des militants. Cumulées, ces mesures créent un climat de pression constante autour du site saint.
Un équilibre précaire dans un contexte régional tendu
Le Mont du Temple / Esplanade des Mosquées reste l’un des points les plus sensibles du conflit israélo-palestinien. Toute mesure perçue comme altérant le statu quo peut déclencher des réactions en chaîne, des manifestations aux tensions sécuritaires plus larges.
Le ramadan, mois de jeûne, de réflexion et de solidarité, amplifie souvent ces dynamiques. Les prières collectives, en particulier celles du vendredi, attirent traditionnellement des foules importantes. Limiter l’accès peut être vu comme une tentative de contrôler le récit et la présence sur le terrain.
Du côté israélien, la priorité affichée est la prévention de troubles. Des déploiements policiers renforcés sont prévus autour du site pour assurer la sécurité durant tout le mois. Cette présence massive vise à répondre à toute éventualité, mais elle contribue aussi à une atmosphère de surveillance accrue.
Témoignages et réactions autour de l’événement
L’imam al-Abbasi n’a pas caché son désarroi. Revenu il y a un mois seulement après une longue convalescence, il espérait retrouver pleinement son rôle au sein de la mosquée. Cette interdiction soudaine le prive non seulement de son lieu de travail spirituel, mais aussi d’une partie essentielle de son identité.
De nombreux fidèles partagent ce sentiment d’injustice. Pour eux, empêcher un guide religieux d’accéder au site qu’il sert équivaut à une atteinte directe à la pratique collective de la foi. Le ramadan, censé être un temps de rapprochement avec le divin, commence ainsi sous le signe de la division et de la restriction.
Dans les cercles palestiniens, cet épisode s’inscrit dans une série plus large de mesures perçues comme visant à affaiblir la présence musulmane à Al-Aqsa. Les appels à la vigilance et à la préservation du statu quo se multiplient à l’approche de ce mois sacré.
Vers un ramadan sous haute tension ?
Alors que le mois de jeûne débute, les regards se tournent vers Jérusalem-Est. Les fidèles espèrent pouvoir accomplir leurs prières dans la sérénité, malgré les contraintes. L’histoire récente montre que les périodes de ramadan peuvent être marquées par des escalades, mais aussi par des moments de ferveur collective impressionnants.
La situation de Cheikh Muhammad al-Abbasi symbolise les défis quotidiens auxquels font face ceux qui veillent sur ce lieu saint. Son témoignage rappelle que derrière les annonces politiques et sécuritaires, il y a des vies humaines, des vocations et une foi profondément ancrée.
Le ramadan 2026 s’annonce donc particulier, teinté d’inquiétudes mais aussi d’une détermination à préserver ce qui fait l’essence d’Al-Aqsa : un espace de paix spirituelle au milieu des tempêtes du monde.
Ce cas illustre les complexités d’un site partagé par des milliards de croyants à travers le monde. Il invite à réfléchir sur la liberté religieuse, le respect des traditions et la recherche d’un équilibre dans une ville où chaque pierre porte une histoire millénaire.
En ces temps troublés, l’appel à la retenue et au dialogue reste plus que jamais nécessaire pour que le ramadan soit synonyme de recueillement et non de confrontation supplémentaire.









