Une nouvelle fissure apparaît au cœur de l’Union européenne. Alors que le Vingt-Sept s’apprête à adopter un vingtième train de sanctions contre la Russie, deux pays membres refusent de suivre la ligne commune. La raison ? Une interruption brutale des livraisons de pétrole russe qui met en péril leur approvisionnement énergétique.
Une décision qui fait trembler Bruxelles
Dimanche, le chef de la diplomatie hongroise a lancé une bombe sur les réseaux sociaux. Il a clairement indiqué que son pays bloquerait l’adoption du nouveau paquet de sanctions prévu pour le lendemain. Cette annonce n’est pas anodine : elle intervient dans un contexte déjà tendu où l’unité européenne face à Moscou est régulièrement mise à l’épreuve.
Le message est limpide : tant que les flux de pétrole ne reprendront pas à travers le territoire ukrainien, Budapest ne donnera pas son feu vert à de nouvelles mesures punitives contre la Russie. Une position qui place l’approvisionnement énergétique national au-dessus de la solidarité affichée avec Kiev.
L’oléoduc Droujba au centre du conflit
L’oléoduc Droujba, véritable artère vitale pour plusieurs pays d’Europe centrale, transporte du brut russe depuis des décennies. Ce pipeline stratégique traverse notamment l’Ukraine avant de se diviser vers la Hongrie et la Slovaquie. Or, depuis la fin janvier, les livraisons sont interrompues suite à des dommages causés sur le tronçon ukrainien.
Selon les autorités ukrainiennes, l’infrastructure aurait été touchée lors d’une frappe militaire. Les réparations annoncées comme terminées par certains services de renseignement n’ont pourtant pas permis la reprise effective des flux. Cette situation place les pays dépendants dans une position délicate.
« Tant que les Ukrainiens ne permettront pas les livraisons de pétrole à la Hongrie, nous n’autoriserons pas l’adoption de décisions importantes pour eux. »
Cette déclaration résume parfaitement la logique adoptée par Budapest : conditionner son soutien aux mesures européennes à la résolution immédiate de la crise énergétique qui frappe directement son économie.
La Slovaquie emboîte le pas à la Hongrie
Quelques heures après l’annonce hongroise, le Premier ministre slovaque a pris la parole à son tour. Il a confirmé qu’il mettrait à exécution une menace formulée auparavant : la suspension des livraisons d’électricité d’urgence vers l’Ukraine. Cette mesure de rétorsion vise directement Kiev et marque une escalade notable dans les relations déjà tendues.
Le dirigeant slovaque a justifié sa position en rappelant que l’Ukraine demande à ses voisins d’abandonner le pétrole russe au profit d’autres sources, même si cela implique des coûts économiques très élevés. Il estime que cette exigence unilatérale légitime une réponse proportionnée de la part des pays affectés.
« Si le président ukrainien nous dit d’acheter du pétrole ailleurs qu’en Russie même si cela nous fait perdre beaucoup d’argent, nous avons le droit de répondre. »
Cette rhétorique met en lumière un sentiment croissant dans certains pays d’Europe centrale : celui d’être pris en otage entre leur dépendance énergétique historique et les impératifs géopolitiques imposés par le conflit en cours.
Un régime dérogatoire qui craque de toutes parts
Depuis le début du conflit, l’Union européenne a adopté une interdiction progressive des importations de pétrole russe par voie maritime. Cependant, une exemption importante a été accordée pour les livraisons par oléoduc, notamment vers la Hongrie et la Slovaquie. Ces deux pays, qui entretiennent des relations compliquées avec Kiev, ont toujours refusé de se plier à un embargo total.
Cette dérogation était censée permettre une transition en douceur vers d’autres fournisseurs. Mais l’interruption actuelle du transit ukrainien transforme cette exception en véritable point de vulnérabilité. Les deux capitales estiment que l’Ukraine utilise désormais le contrôle du pipeline comme levier politique.
La situation révèle les limites d’une politique énergétique européenne fragmentée. Alors que certains États membres ont diversifié leurs sources à grande vitesse, d’autres restent fortement dépendants des infrastructures héritées de l’ère soviétique.
Conséquences potentielles pour l’unité européenne
Le blocage annoncé par la Hongrie pourrait retarder ou même empêcher l’adoption du vingtième paquet de sanctions. Ce nouveau train de mesures devait renforcer la pression sur le secteur bancaire, les exportations et certaines activités énergétiques russes. Un veto hongrois obligerait les Vingt-Sept à négocier ou à contourner Budapest, ce qui affaiblirait encore davantage l’image d’unité.
La menace slovaque de couper l’aide électrique d’urgence à l’Ukraine ajoute une dimension supplémentaire. Elle risque d’être perçue comme une forme de chantage énergétique à l’encontre d’un pays en guerre, ce qui pourrait isoler davantage les deux pays au sein de l’Union.
- Retard possible dans l’adoption de nouvelles sanctions
- Accentuation des divisions entre pays de l’Est et de l’Ouest
- Risque d’escalade dans les relations bilatérales Hongrie-Ukraine et Slovaquie-Ukraine
- Questionnement sur la pérennité des dérogations énergétiques
- Possible renforcement des appels à une vraie solidarité énergétique européenne
Ces différents éléments montrent que la crise actuelle dépasse largement le simple cadre technique d’un oléoduc endommagé. Elle touche aux fondements mêmes de la cohésion européenne face à un conflit qui dure depuis maintenant quatre années.
Contexte énergétique et dépendances historiques
Pour bien comprendre la position hongroise et slovaque, il faut remonter aux réalités économiques et infrastructurelles de ces deux pays. La Hongrie importe environ 65 à 70 % de son pétrole via l’oléoduc Droujba. La Slovaquie dépend également très fortement de cette même infrastructure.
Malgré les investissements réalisés depuis 2022 pour diversifier les approvisionnements, les alternatives restent limitées à court terme. Les terminaux d’importation de pétrole par voie maritime sont situés loin des raffineries intérieures, ce qui engendre des coûts logistiques très élevés et des contraintes techniques importantes.
Cette dépendance structurelle explique pourquoi les deux gouvernements perçoivent l’interruption du transit comme une menace existentielle pour leur économie et leur stabilité sociale. Les hausses de prix qui en découleraient seraient difficiles à absorber dans un contexte d’inflation persistante.
Une stratégie de négociation assumée
En conditionnant leur accord aux sanctions à la reprise des livraisons, Budapest et Bratislava adoptent une stratégie de négociation dure. Ils espèrent probablement pousser les institutions européennes et ukrainiennes à trouver rapidement une solution technique et politique à l’impasse actuelle.
Cette approche n’est pas nouvelle. La Hongrie a déjà utilisé son droit de veto à plusieurs reprises ces dernières années pour défendre ses intérêts nationaux, que ce soit sur les questions migratoires, les fonds européens ou les sanctions elles-mêmes.
Le gouvernement slovaque actuel, arrivé au pouvoir avec un discours critique envers l’aide massive à l’Ukraine, semble suivre une trajectoire similaire. Les deux exécutifs partagent une vision souverainiste qui privilégie les intérêts nationaux sur la discipline collective européenne.
Réactions probables à Bruxelles et à Kiev
Du côté des institutions européennes, l’annonce risque de provoquer frustration et inquiétude. Maintenir l’unité face à la Russie reste une priorité stratégique absolue. Tout signe de fracture est perçu comme une victoire pour Moscou.
À Kiev, la réaction devrait être particulièrement vive. Les autorités ukrainiennes ont déjà accusé à plusieurs reprises certains pays voisins de manquer de solidarité. La menace slovaque de couper l’électricité d’urgence pourrait être interprétée comme une agression supplémentaire dans un contexte de guerre.
Cette séquence risque donc d’empoisonner durablement les relations entre l’Ukraine et ses deux voisins immédiats au sein de l’Union européenne. Elle complique aussi les efforts diplomatiques pour maintenir un front uni contre l’agression russe.
Vers une refonte de la politique énergétique européenne ?
Au-delà de la crise immédiate, cet épisode met en lumière la nécessité d’accélérer la diversification énergétique au sein de l’Union. Les infrastructures héritées de l’époque soviétique créent des vulnérabilités stratégiques que le conflit a rendues évidentes.
Plusieurs pays plaident depuis longtemps pour des investissements massifs dans des interconnexions pétrolières et gazières alternatives. La crise actuelle pourrait servir d’électrochoc pour débloquer des financements et accélérer ces projets structurants.
Elle pose également la question de la gouvernance énergétique européenne. Faut-il renforcer les mécanismes de solidarité en cas de crise ? Doit-on conditionner certaines aides à une diversification accélérée ? Ces débats, longtemps repoussés, reviennent aujourd’hui avec force.
Un test pour la cohésion européenne à long terme
La situation actuelle constitue un test majeur pour la capacité de l’Union européenne à maintenir son unité face à des intérêts nationaux divergents. La Russie observe attentivement ces divisions internes, espérant qu’elles affaiblissent la détermination collective.
Pour l’Ukraine, l’enjeu est également crucial. Toute fracture visible au sein de l’UE peut être interprétée comme un affaiblissement du soutien occidental. Dans un conflit qui repose largement sur l’endurance et la cohésion des alliés, ces signaux sont loin d’être anodins.
Les semaines à venir seront déterminantes. Soit une solution technique rapide est trouvée pour le transit pétrolier, soit la crise risque de s’envenimer et de laisser des traces durables dans les relations intra-européennes.
Ce qui semblait n’être au départ qu’un problème technique d’infrastructure endommagée s’est rapidement transformé en crise politique majeure. Elle révèle les failles persistantes de l’architecture énergétique européenne et les limites de la solidarité affichée face à des intérêts vitaux nationaux.
L’avenir dira si cette épreuve renforcera finalement l’Union en l’obligeant à combler ses lacunes structurelles, ou si elle accentuera les divisions entre États membres aux priorités et aux vulnérabilités différentes. Une chose est sûre : les prochains jours seront décisifs pour l’équilibre des forces au sein du continent européen.
Points clés à retenir
La Hongrie bloque le 20ᵉ paquet de sanctions contre la Russie en raison de l’arrêt des livraisons de pétrole via l’oléoduc Droujba.
La Slovaquie menace de suspendre l’aide électrique d’urgence à l’Ukraine en représailles.
Cette crise énergétique révèle les limites des dérogations accordées et les dépendances historiques de certains pays membres.
Les divisions internes pourraient retarder ou affaiblir les nouvelles mesures contre Moscou.
La suite des événements montrera si l’Union européenne parvient à surmonter cette nouvelle épreuve ou si les fractures énergétiques et politiques se creusent encore davantage dans un contexte géopolitique déjà extrêmement tendu.









