Imaginez un pays où le verdict des urnes, prononcé après des semaines d’attente, est soudain remis en cause par celle qui s’apprête à quitter le pouvoir. Au Honduras, cette scène n’est pas tirée d’un roman politique, mais bel et bien de la réalité brûlante de janvier 2026. La tension est à son comble depuis que la présidente sortante a décidé de passer outre le résultat officiel de la présidentielle.
Une proclamation contestée qui embrase le pays
Fin novembre, les Honduriens se sont rendus aux urnes pour choisir leur nouveau dirigeant. Après un dépouillement chaotique, marqué par de longues interruptions et des soupçons récurrents, le Conseil national électoral (CNE) a finalement proclamé la victoire de Nasry Asfura, candidat de droite, avec une avance extrêmement courte de moins d’un point sur un autre postulant conservateur, Salvador Nasralla.
Cette victoire, officialisée avec plus de trois semaines de retard, aurait dû ouvrir la voie à une transition relativement calme. Mais rien ne s’est passé comme prévu. La présidente sortante, issue de la gauche, a pris une décision qui fait trembler les institutions du pays.
Le décret surprise qui change tout
Vendredi dernier, à l’issue d’une session parlementaire boycottée par l’opposition, un décret a été promulgué. Ce texte ordonne un recomptage intégral des suffrages exprimés lors du scrutin présidentiel. La justification avancée est lourde : le processus électoral serait entaché de nullité en raison d’une prétendue ingérence étrangère et de manipulations lors du dépouillement.
Ce décret n’est pas anodin. Il remet directement en cause l’indépendance d’une institution clé : le Conseil national électoral. La présidente du CNE n’a pas tardé à réagir avec la plus grande fermeté.
« Il s’agit de directives anticonstitutionnelles et illégales visant à usurper les attributions du Conseil national électoral. Ce n’est pas une décision contraignante. »
La présidente du CNE
Cette déclaration sans détour marque le début d’une confrontation ouverte entre le pouvoir exécutif sortant et l’organe chargé de garantir la sincérité du scrutin.
Les accusations très graves portées contre les États-Unis
Au cœur de la contestation se trouve une accusation particulièrement sensible : une ingérence directe des États-Unis dans le résultat du scrutin. Selon la présidente sortante, l’ancien président américain aurait menacé de réduire l’aide accordée au Honduras si le candidat conservateur n’était pas élu.
Elle pointe également du doigt la grâce accordée par l’administration américaine à un ancien chef de l’État hondurien condamné aux États-Unis pour trafic de drogue. Cet individu, appartenant au même parti que le vainqueur proclamé, est sorti de prison début décembre. Le parquet hondurien a immédiatement demandé son arrestation via Interpol.
Ces éléments sont utilisés pour étayer la thèse d’une élection biaisée dès l’origine, même si les preuves concrètes d’une telle manipulation restent pour l’instant au stade des allégations.
Que dit le droit hondurien ?
Les spécialistes du droit constitutionnel sont formels sur ce point. Un constitutionnaliste interrogé sur le sujet estime que le décret présidentiel est totalement illégal car il porte atteinte à l’indépendance des autorités électorales.
« Le recomptage décrété par la présidente est totalement illégal. Il viole l’indépendance des autorités électorales. »
Un constitutionnaliste hondurien
Selon ce juriste, le futur président élu ou le nouveau Parlement pourraient très bien abroger ce décret dès les premiers jours de la nouvelle mandature. Le président désigné doit en effet prendre ses fonctions le 27 janvier.
L’armée réaffirme son soutien au résultat officiel
Dans un pays où les forces armées ont joué un rôle politique majeur ces dernières décennies, leur position est scrutée avec la plus grande attention. Le chef des Forces armées honduriennes a tenu à clarifier la situation sans ambiguïté.
« L’institution militaire continue de soutenir la déclaration du CNE donnant victorieux Nasry Asfura. »
Le chef des Forces armées honduriennes
Cette prise de position rappelle le poids historique des militaires dans la vie politique du pays, notamment lors du coup d’État de 2009 contre le président de l’époque, époux de l’actuelle présidente sortante.
Une réaction internationale très majoritairement critique
Dimanche, huit pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont publiquement exprimé leur rejet ferme du décret signé par la présidente sortante. Parmi eux figurent l’Argentine, la Bolivie, l’Équateur, le Paraguay, le Pérou, la République dominicaine, le Costa Rica et le Guatemala.
De son côté, Washington n’est pas resté silencieux. Le département d’État américain a averti que toute tentative de renverser illégalement le résultat des élections entraînerait de graves conséquences. Le candidat vainqueur proclamé doit d’ailleurs rencontrer ce lundi à Washington le secrétaire d’État américain.
Un calendrier politique sous haute tension
Le Honduras se trouve désormais dans une situation institutionnelle extrêmement délicate. D’un côté, un président élu officiellement proclamé par l’autorité compétente, soutenu par l’armée et une partie significative de la communauté internationale. De l’autre, une présidente sortante qui, jusqu’au 27 janvier, conserve encore une partie importante des leviers du pouvoir.
Entre ces deux dates, chaque jour peut potentiellement apporter son lot de nouvelles annonces, de manifestations, de décisions judiciaires ou de prises de position institutionnelles qui pourraient faire basculer la situation dans un sens ou dans l’autre.
Les différents scénarios possibles d’ici le 27 janvier
Plusieurs hypothèses sont aujourd’hui sur la table :
- Le décret reste lettre morte et Nasry Asfura prend tranquillement ses fonctions le 27 janvier
- De nouvelles mobilisations populaires viennent soutenir la demande de recomptage
- La justice hondurienne est saisie et rend une décision qui pourrait invalider ou confirmer le décret
- Des pressions internationales très fortes amènent à une désescalade rapide
- Dans le scénario le plus extrême, des tensions internes dégénèrent en confrontation ouverte
Aucun de ces scénarios ne peut être totalement exclu à ce stade, tant la situation reste fluide et incertaine.
Le précédent de 2009 dans toutes les têtes
Impossible d’aborder la crise actuelle sans évoquer le coup d’État de juin 2009. À l’époque, le président Manuel Zelaya avait été renversé par l’armée alors qu’il envisageait de convoquer une consultation populaire pour modifier la Constitution et permettre sa réélection. Cet événement a profondément marqué le pays et continue d’influencer les perceptions politiques actuelles.
La présidente sortante est l’épouse de cet ancien chef d’État. Beaucoup voient dans son attitude actuelle une forme de revanche symbolique, même si les contextes restent très différents.
Une démocratie hondurienne toujours fragile
Le Honduras fait partie de ces démocraties latino-américaines où les institutions restent relativement jeunes et où les crises politiques ont tendance à resurgir régulièrement. Les élections générales de novembre dernier étaient déjà perçues comme un test crucial pour la consolidation démocratique du pays.
La décision de la présidente sortante de remettre en cause le résultat officiel vient rappeler à quel point ces institutions peuvent encore être fragiles face aux logiques de pouvoir et aux intérêts partisans.
Et maintenant ?
Les prochains jours seront déterminants. Chaque déclaration, chaque décision institutionnelle, chaque mouvement de rue sera analysé avec la plus grande attention. Le Honduras se trouve à un carrefour institutionnel majeur. La manière dont cette crise sera gérée pourrait durablement marquer l’histoire politique récente du pays.
Pour l’instant, une chose est certaine : la transition pacifique du pouvoir, pourtant si précieuse dans une démocratie, est aujourd’hui sérieusement compromise. Le monde observe avec inquiétude ce petit pays d’Amérique centrale qui, une fois encore, se retrouve au cœur d’une tempête politique majeure.
À suivre de très près dans les jours qui viennent.
Points clés à retenir
Proclamation officielle : Nasry Asfura vainqueur avec moins d’un point d’avance
Décision controversée : Décret de recomptage total signé par Xiomara Castro
Réaction du CNE : Directives jugées illégales et anticonstitutionnelles
Position militaire : Soutien clair au résultat proclamé par le CNE
Réaction internationale : Rejet majoritaire du décret par plusieurs pays
Le destin politique du Honduras se joue actuellement dans un climat de très haute tension. Les prochains jours, voire les prochaines heures, pourraient apporter des éléments décisifs pour comprendre dans quelle direction le pays va s’engager.









