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Hérat : L’Hôpital du Dernier Espoir pour Enfants Malnutris

À Hérat, Najiba veille jour et nuit sur son bébé Artiya, gravement malnutri. Dans cet hôpital, dernier recours pour des milliers de mères, la malnutrition explose. Près de 4 millions d'enfants risquent leur vie en 2026, mais les fonds manquent cruellement...

Imaginez une jeune mère de 24 ans, les yeux rivés sur son nourrisson frêle, dans une salle où les dessins colorés de ballons et de fleurs tentent vainement d’égayer l’atmosphère lourde. C’est la réalité quotidienne à Hérat, où des familles afghanes viennent chercher un ultime espoir pour leurs enfants menacés par la malnutrition. Cette situation, loin d’être isolée, reflète une crise humanitaire d’ampleur nationale qui s’aggrave d’année en année.

Une crise nutritionnelle sans précédent en Afghanistan

Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, l’Afghanistan traverse une période de bouleversements profonds. La réduction drastique de l’aide internationale, combinée à des épisodes de sécheresse récurrents et au rapatriement massif de réfugiés depuis les pays voisins, a plongé des millions de familles dans une précarité extrême. Les conséquences sur la santé des plus vulnérables, les enfants en bas âge, sont dramatiques.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Près de quatre millions d’enfants risquent de mourir de malnutrition cette année. Ces petits êtres, souvent âgés de moins de cinq ans, nécessitent un traitement urgent pour survivre. Sans intervention rapide, leur état se détériore irrémédiablement, menant à des complications graves voire fatales.

Le directeur du Programme alimentaire mondial dans le pays décrit cette hausse comme vertigineuse. Après une augmentation record observée l’année précédente, la tendance se confirme et s’intensifie. Ces enfants, s’ils ne reçoivent pas les soins appropriés, n’ont que peu de chances de s’en sortir.

Le témoignage poignant d’une mère à Hérat

Najiba, une jeune femme de 24 ans aux grands yeux noirs, incarne à elle seule le désespoir et l’espoir mêlés de ces familles. Arrivée il y a plusieurs semaines à l’unité pédiatrique de l’hôpital régional de Hérat, elle veille sans relâche sur son bébé Artiya. Le couple avait presque abandonné tout espoir avant d’être accueilli en urgence dans le centre nutritionnel thérapeutique soutenu par une organisation humanitaire.

Artiya, âgé de sept mois, avait pourtant bien commencé sa vie. Jusqu’à trois mois, il prenait du poids normalement et dormait paisiblement. Mais une pneumonie a tout changé. Son état s’est dégradé rapidement, révélant une malformation cardiaque sous-jacente. Les parents, modestes commerçants d’une échoppe de matériel électrique, ont multiplié les visites dans différents établissements de soins, épuisant leurs maigres ressources.

Pour Najiba, le sacrifice a été immense. Privée de repos et d’une alimentation adéquate, elle a vu sa production de lait maternel diminuer drastiquement. « Je n’ai pas pu me reposer ni bien manger et je n’ai plus eu assez de lait maternel pour nourrir mon enfant », confie-t-elle avec une voix empreinte de fatigue et de culpabilité.

« Personne ne peut imaginer ce que je traverse. »

Cette phrase résume à elle seule l’indicible souffrance de ces mères confrontées à l’impuissance face à la maladie de leur enfant.

Un hôpital au bord de la saturation

L’hôpital régional de Hérat est devenu un véritable refuge pour ces familles désespérées. Soutenu par des équipes médicales internationales, le centre nutritionnel thérapeutique accueille en moyenne entre 315 et 320 enfants malnutris chaque mois. Cette affluence ne cesse d’augmenter depuis cinq ans, signe d’une dégradation continue de la situation nutritionnelle dans la région et au-delà.

Les soignants reçoivent souvent des patients dans des états désespérés. Certains viennent de provinces éloignées, après des voyages épuisants de plusieurs centaines de kilomètres. Trop souvent, ils arrivent trop tard, quand les complications ont déjà pris le dessus.

Malgré ces défis, l’équipe reste déterminée. Une infirmière coordinatrice de 25 ans exprime sa fierté : ils parviennent à sauver de nombreuses vies. Les enfants reçoivent une nourriture thérapeutique riche en calories, essentielle à leur rétablissement. Les mères bénéficient également d’un accompagnement psychologique pour faire face à cette épreuve.

Les causes profondes de cette tragédie

La malnutrition infantile n’est pas un phénomène isolé. Elle résulte d’une combinaison de facteurs aggravants. La chute de l’aide internationale après 2021 a privé de nombreuses familles de ressources vitales. Les sécheresses répétées ont détruit les récoltes et les moyens de subsistance.

Le retour forcé de millions d’Afghans depuis l’Iran et le Pakistan a ajouté une pression supplémentaire sur des communautés déjà fragiles. Dans ce contexte, les familles modestes se retrouvent sans filet de sécurité.

Les femmes portent un fardeau particulièrement lourd. Beaucoup se privent de nourriture pour nourrir leurs enfants, sacrifiant leur propre santé. Ce geste, bien que dicté par l’amour maternel, aggrave souvent la situation en réduisant leur capacité à allaiter correctement.

L’importance cruciale de l’allaitement maternel

Dans le centre, les infirmières insistent sur l’éducation des mères pour un allaitement efficace. Certaines femmes, obligées de travailler comme femmes de ménage ou dans l’agriculture, perdent le rythme des tétées. Le manque d’hydratation et de repos impacte directement la production de lait.

Les conseils pratiques visent à rétablir cet équilibre essentiel. Une bonne hydratation, des tétées fréquentes et une alimentation adaptée à la mère permettent souvent d’améliorer la situation. Pourtant, quand des pathologies sous-jacentes comme une malformation cardiaque compliquent le tableau, les défis se multiplient.

Pour Artiya, la reprise de poids est encourageante après plusieurs semaines de soins. Mais l’opération cardiaque nécessaire représente un coût prohibitif. Le mari de Najiba multiplie les démarches pour emprunter de l’argent, frappant à toutes les portes possibles.

Un autre visage de la crise : Jamila et sa fille

Jamila, 25 ans, enveloppée dans un tchador fleuri, partage un sort similaire. Son mari travaille en Iran faute d’emploi à Hérat. Leur fillette de huit mois, atteinte du syndrome de Down, lutte contre la malnutrition. Malgré les progrès observés dans le centre, Jamila redoute l’avenir.

« Si mon mari est renvoyé d’Iran, nous mourrons de faim », confie-t-elle. Cette peur illustre la précarité extrême dans laquelle vivent ces familles, dépendantes de revenus extérieurs fragiles.

Les besoins financiers colossaux non couverts

Pour faire face à cette urgence, le Programme alimentaire mondial estime avoir besoin de 390 millions de dollars au premier semestre seulement. Cette somme permettrait de nourrir six millions de personnes vulnérables. Malheureusement, ces fonds font défaut.

Les promesses de soutien international faites après 2021 semblent s’évanouir pour de nombreuses femmes afghanes. Elles assistent, impuissantes, à la détérioration de la santé de leurs enfants, parfois jusqu’à la perte irréparable.

La crise touche particulièrement les femmes et les enfants. Cinq millions d’entre eux risquent l’insuffisance nutritionnelle aiguë dans les mois à venir. Ces chiffres, qualifiés de stupéfiants dans un pays de plus de 40 millions d’habitants, soulignent l’ampleur du désastre humanitaire.

Vers une prise de conscience collective

Face à cette situation, les organisations humanitaires continuent leurs efforts malgré les contraintes. Elles multiplient les admissions, forment les mères, distribuent des compléments nutritionnels. Mais sans un engagement financier soutenu de la communauté internationale, les capacités restent limitées.

Chaque enfant sauvé représente une victoire contre l’adversité. Pourtant, pour des milliers d’autres, le temps presse. Les hôpitaux comme celui de Hérat fonctionnent comme des remparts fragiles contre une vague qui menace d’emporter des générations entières.

Les témoignages des mères rappellent que derrière les statistiques se cachent des histoires humaines déchirantes. Najiba prie pour la guérison de son fils. Jamila s’accroche à l’espoir que son mari puisse continuer à travailler. Ces femmes, par leur résilience, incarnent la lutte quotidienne pour la survie.

La malnutrition infantile en Afghanistan n’est pas seulement un problème de santé publique. C’est une tragédie humaine qui interroge notre capacité collective à répondre aux crises oubliées. Dans les salles de soins de Hérat, chaque jour compte, chaque geste médical peut faire la différence entre la vie et la mort.

Alors que l’année avance, les projections restent alarmantes. Sans mobilisation accrue, le nombre d’enfants nécessitant un traitement continuera d’augmenter. Les familles, déjà épuisées, n’ont plus de marge de manœuvre. Il est urgent de transformer l’indignation en action concrète pour ces enfants qui n’ont pas choisi leur destin.

En attendant, à Hérat, les lits se remplissent, les mères veillent, et les soignants persistent. Cet hôpital reste, pour beaucoup, le dernier bastion d’espoir dans un pays où la faim ronge les plus fragiles.

Points clés de la crise :

  • Près de 4 millions d’enfants menacés de malnutrition en 2026
  • Augmentation constante des cas depuis cinq ans
  • 315 à 320 admissions mensuelles dans un seul centre à Hérat
  • Femmes sacrifiant leur santé pour leurs enfants
  • Besoins financiers massifs non couverts

Cette réalité dépasse les frontières et nous invite à réfléchir sur la solidarité internationale. Les enfants d’Afghanistan méritent bien plus qu’une attention passagère ; ils ont besoin d’un engagement durable pour grandir loin de la menace de la faim.

Les histoires comme celles de Najiba et Jamila ne sont pas exceptionnelles. Elles se répètent dans de nombreux foyers afghans, rappelant que la malnutrition n’est pas une fatalité, mais le résultat de facteurs humains et environnementaux sur lesquels il est encore possible d’agir.

En conclusion, l’hôpital de Hérat symbolise à la fois la résilience afghane et les limites du système actuel. Tant que les causes profondes ne seront pas adressées, les soignants continueront de lutter contre un ennemi invisible mais implacable : la faim.

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