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Hachette Rappelle ses Manuels : Polémique sur le 7 Octobre

Des manuels de révision du bac qualifient les victimes civiles du 7 octobre de "colons juifs". Hachette lance un rappel massif après la colère de l'Élysée. Comment une telle formulation a-t-elle pu passer tous les contrôles ?

Imaginez un instant : vous êtes lycéen en terminale, vous ouvrez votre manuel de révision pour le baccalauréat, et là, en quelques lignes anodines, l’événement le plus traumatique de l’histoire récente d’Israël se retrouve décrit d’une manière qui choque des millions de personnes. C’est précisément ce qui s’est produit en France avec trois ouvrages parascolaires destinés à préparer les élèves aux épreuves de fin d’année.

Le sujet est tellement sensible qu’il a provoqué une réaction immédiate au plus haut sommet de l’État. Le simple fait d’avoir publié une telle phrase dans un support éducatif a déclenché une vague d’indignation rarement vue dans le milieu de l’édition scolaire.

Un libellé qui a tout fait basculer

Tout commence par une alerte lancée en soirée. Une phrase précise, glissée dans un manuel d’histoire-géographie, attire l’attention des associations de lutte contre l’antisémitisme. Les mots employés pour désigner les victimes de l’attaque massive survenue en Israël sont les suivants : « colons juifs ».

Le texte complet explique que « plus de 1 200 colons juifs » sont morts « lors d’une série d’attaques du Hamas », avant que l’État hébreu ne décide ensuite de renforcer son blocus et d’envahir une grande partie de la bande de Gaza. La formulation, volontairement ou non, inverse la perception habituelle des faits pour beaucoup d’observateurs.

« Le révisionnisme n’a pas sa place en République »

La phrase prononcée depuis le plus haut niveau de l’État résume parfaitement l’état d’esprit général. Qualifier de « colons » des civils, pour la plupart israéliens vivant à proximité de la bande de Gaza, souvent dans des kibboutz historiques, a été perçu comme une tentative de redéfinition des victimes en coupables.

La réaction politique ne s’est pas fait attendre

Très rapidement, plusieurs personnalités ont pris position. Le chef de l’État a qualifié la chose d’« intolérable ». Le terme « falsification des faits » a été employé sans détour. On parle ici d’attentats « terroristes et antisémites ».

Du côté du ministère de l’Éducation, le ton reste tout aussi ferme. Les mots « grave et inacceptable » reviennent plusieurs fois pour décrire la qualification des victimes. On mesure à quel point l’affaire a été prise au sérieux dans les sphères du pouvoir.

Que disent exactement les passages incriminés ?

Voici la phrase qui a déclenché la tempête :

En octobre 2023, à la suite de la mort de plus de 1.200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide de renforcer son blocus économique et d’envahir une grande partie de la Bande de Gaza, entraînant une crise humanitaire de grande ampleur dans la région.

Ce paragraphe pose plusieurs problèmes majeurs selon les critiques :

  • Il omet totalement la qualification « terroriste » du Hamas
  • Il désigne l’ensemble des victimes par le terme « colons juifs »
  • Il présente l’action israélienne comme une simple réaction à un événement, sans contextualiser l’ampleur ni la nature de l’attaque initiale

Pour les détracteurs, cette version des faits constitue une réécriture biaisée de l’histoire récente.

Un rappel massif et immédiat

Face à la polémique grandissante, l’éditeur a réagi avec une célérité inhabituelle dans ce secteur. Dès le lendemain de l’alerte, la décision est prise : rappel immédiat des trois ouvrages concernés.

En fin de journée, environ 2 000 exemplaires étaient déjà en cours de récupération chez les différents distributeurs. Les livres, destinés aux élèves de terminale en filières histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, ont été publiés au sein d’une collection bien connue des lycéens.

Excuses officielles et enquête interne

Le dirigeant du groupe a tenu à s’exprimer personnellement. Il a présenté ses excuses à toutes les personnes blessées, ainsi qu’aux enseignants, aux parents et aux élèves eux-mêmes. Il a également annoncé l’ouverture d’une enquête interne pour comprendre comment une telle erreur a pu se produire et échapper à tous les filtres habituels.

Ces excuses publiques sont assez rares dans le milieu de l’édition scolaire pour être soulignées. Elles montrent à quel point l’affaire a été perçue comme grave en interne.

Le contexte historique du 7 octobre 2023

Pour bien comprendre pourquoi la formulation a provoqué une telle indignation, il convient de revenir aux faits établis.

Le 7 octobre 2023, des commandos du mouvement Hamas ont lancé une opération d’une ampleur et d’une violence sans précédent sur le territoire israélien. Plus de 1 200 personnes ont perdu la vie, la très grande majorité étant des civils : familles, jeunes en festival, habitants de kibboutz, personnes âgées, enfants.

Des villages entiers ont été attaqués, des maisons incendiées, des civils exécutés chez eux, d’autres pris en otage et emmenés dans la bande de Gaza. Cet événement a marqué un tournant majeur dans le conflit israélo-palestinien.

Les conséquences militaires et humanitaires

En réponse à cette attaque d’une ampleur exceptionnelle, l’armée israélienne a lancé une vaste opération militaire dans la bande de Gaza. Selon les chiffres communiqués par les autorités sanitaires locales (sous contrôle du Hamas et jugés globalement fiables par plusieurs instances internationales), plus de 70 900 personnes ont perdu la vie en deux ans d’opérations.

Un cessez-le-feu précaire est en place depuis octobre, mais la situation reste extrêmement tendue sur le terrain.

Les voix du monde juif français

Les institutions représentatives n’ont pas tardé à réagir. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France a dénoncé une véritable « falsification de l’Histoire » et une forme de légitimation indirecte du terrorisme.

« Plus grave encore que le militantisme révisionniste de l’auteur, cet extrait met en lumière l’endoctrinement passif des relecteurs »

Cette phrase prononcée par une haute autorité religieuse illustre bien le sentiment d’abandon ressenti face à ce qui est perçu comme un manquement collectif à l’objectivité.

Parascolaire vs manuel officiel : quelle différence ?

Il est important de préciser que ces ouvrages ne sont pas des manuels scolaires officiels. Ils appartiennent à la catégorie des livres parascolaires, c’est-à-dire des outils de soutien et de révision édités par des maisons privées sans validation ministérielle.

Cela signifie que le contenu n’a pas été soumis à la même procédure de contrôle que les manuels adoptés dans les établissements publics. Cette précision n’atténue toutefois pas la responsabilité de l’éditeur, bien au contraire.

Comment une telle erreur a-t-elle pu se produire ?

C’est la question que tout le monde se pose. Dans une maison d’édition de cette envergure, les processus de relecture sont normalement très stricts. Plusieurs niveaux de validation existent : auteurs, relecteurs scientifiques, éditeurs, correcteurs.

Pourtant, une phrase aussi sensible a traversé tous ces filtres sans être corrigée. Plusieurs hypothèses circulent :

  1. Choix idéologique conscient d’un ou plusieurs intervenants
  2. Négligence grave lors des relectures
  3. Manque de sensibilité historique des correcteurs sur ce sujet précis
  4. Absence de procédure spécifique pour les sujets géopolitiques brûlants

L’enquête interne devra apporter des réponses claires sur ce point.

Les enjeux plus larges pour l’édition scolaire

Au-delà de cette affaire précise, c’est toute la question de la neutralité des outils pédagogiques qui est posée. Dans un contexte de polarisation croissante autour du conflit israélo-palestinien, les éditeurs doivent redoubler de vigilance.

Les lycéens, qui n’ont souvent pas encore tous les outils critiques pour analyser un discours, sont particulièrement vulnérables face à des formulations orientées. L’affaire rappelle brutalement que l’éducation n’échappe pas aux combats idéologiques contemporains.

Quelle suite pour cette affaire ?

Plusieurs pistes sont envisageables dans les semaines à venir :

  • Publication des conclusions de l’enquête interne
  • Éventuelles sanctions envers les responsables de la rédaction
  • Mise en place de procédures renforcées de contrôle sur les sujets géopolitiques sensibles
  • Demande de retrait définitif et destruction des exemplaires déjà distribués
  • Communication plus large sur les engagements pris en matière d’objectivité

Le groupe devra surtout restaurer une confiance profondément entamée auprès des communautés éducatives et des familles.

Conclusion : une leçon d’humilité pour l’édition

Ce qui semblait n’être qu’une erreur ponctuelle s’est transformé en véritable séisme dans le monde de l’édition scolaire française. L’affaire démontre que sur certains sujets, la marge d’erreur est quasi nulle.

Dans une société où l’information circule instantanément, où chaque mot peut être analysé, décortiqué et amplifié, les éditeurs portent une responsabilité particulièrement lourde lorsqu’ils s’adressent aux nouvelles générations.

Cette histoire ne sera probablement pas oubliée de sitôt. Elle restera sans doute comme un cas d’école (si l’on peut dire) de ce qu’il ne faut surtout pas faire quand on prétend transmettre des savoirs à des adolescents en pleine construction intellectuelle.

Et pendant ce temps, des milliers de lycéens continuent de réviser leur bac, avec sans doute un peu plus de méfiance envers les ouvrages qui leur sont proposés.

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