Imaginez un petit pays d’Afrique de l’Ouest, déjà marqué par une longue histoire d’instabilité politique, qui bascule une nouvelle fois dans l’incertitude. Le 26 novembre 2025, un coup d’État militaire renverse le président en exercice, suspend les résultats d’une élection présidentielle controversée et annonce une transition dirigée par l’armée. Six semaines plus tard, la junte franchit une étape supplémentaire en imposant un silence médiatique strict. Cette décision récente soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir de la démocratie dans cette nation fragile.
Un nouveau tour de vis sur la liberté d’expression
Le Haut Commandement militaire, qui dirige actuellement le pays, a publié un communiqué clair et sans ambiguïté. Toutes les conférences de presse ainsi que les déclarations publiques non préalablement approuvées sont désormais interdites. Cette mesure vise explicitement à empêcher toute communication susceptible de menacer la paix et la cohésion nationale.
Les autorités expliquent cette décision par la nécessité de contrer des agissements jugés dangereux. Certains individus et groupes organiseraient des réunions discrètes pour appeler à la violence ou à la désobéissance envers les règles établies pendant cette période transitoire. Selon le communiqué officiel, ces initiatives risqueraient de plonger le pays dans un chaos encore plus profond.
La sanction annoncée ne laisse planer aucun doute : toute personne ou organisation qui défiera cet ordre sera confrontée à des mesures sévères, en accord avec les lois en vigueur. Ce durcissement intervient dans un contexte où la junte cherche à consolider son autorité après avoir pris les rênes du pouvoir.
Retour sur le contexte du coup d’État
Pour bien comprendre cette interdiction, il faut revenir aux événements du 26 novembre 2025. À la suite d’une élection présidentielle marquée par des tensions, l’armée décide d’intervenir. Le président en poste est destitué, le processus électoral est immédiatement suspendu et une transition d’une durée d’un an est proclamée.
Cette prise de pouvoir n’est pas survenue dans le vide. La Guinée-Bissau connaît une instabilité chronique depuis son indépendance en 1974. Le pays a déjà subi plusieurs coups d’État et tentatives de soulèvement, ce qui en fait l’un des États les plus instables de la région ouest-africaine.
La junte a rapidement mis en place une charte de transition, publiée au début du mois de décembre. Ce document fixe le cadre juridique censé guider le pays pendant la période militaire. Il est présenté comme un outil indispensable pour rétablir l’ordre et préparer un retour à la normale.
Les justifications officielles de la junte
Les militaires mettent en avant plusieurs arguments pour légitimer leur intervention et les mesures restrictives qui suivent. Initialement, après le renversement du pouvoir exécutif, ils ont pointé du doigt l’influence de réseaux liés au trafic de drogue. La Guinée-Bissau est en effet devenue une plaque tournante importante pour le transit de la cocaïne vers l’Europe et d’autres destinations.
Par la suite, l’explication a évolué. Début décembre, les autorités ont évoqué une situation politique extrêmement grave, née des tensions post-électorales. Elles ont averti que le pays risquait de sombrer dans une guerre civile aux accents ethniques si rien n’était fait pour stopper cette dérive.
Cette crainte d’un conflit intercommunautaire sert de socle à la décision d’interdire les prises de parole publiques non contrôlées. La junte affirme vouloir protéger la stabilité fragile du pays contre ceux qui pourraient exploiter les divisions existantes.
Les voix critiques et les interrogations
De nombreux observateurs extérieurs et acteurs de l’opposition interne voient dans cette interdiction une tentative de museler toute forme de contestation. Certains avancent même l’hypothèse que le coup d’État aurait pu être orchestré pour empêcher la confirmation d’une défaite électorale probable du dirigeant en place.
Quoi qu’il en soit, cette mesure s’ajoute à une série de restrictions qui renforcent le contrôle de l’information. Elle intervient alors que le pays traverse une phase critique, avec une transition militaire dont l’issue reste incertaine.
La Guinée-Bissau, malgré ses ressources naturelles et sa position stratégique, souffre d’une gouvernance faible et d’une économie vulnérable. Les coups d’État à répétition ont entravé le développement et découragé les investissements étrangers.
Les implications pour la société civile
L’interdiction des conférences de presse et déclarations publiques touche directement les acteurs politiques, les associations, les syndicats et les médias. Ces derniers se retrouvent dans une position délicate, contraints de peser chaque mot pour éviter des accusations de subversion.
Dans un pays où les tensions ethniques sont réelles, bien que souvent instrumentalisées, cette mesure pourrait paradoxalement accentuer la méfiance entre communautés. En limitant le débat public, la junte prend le risque de laisser s’exprimer les frustrations par d’autres canaux, moins visibles mais potentiellement plus dangereux.
Les citoyens ordinaires, déjà confrontés à des défis quotidiens comme la pauvreté et le manque d’infrastructures, voient leur espace d’expression se réduire encore davantage. Cette situation peut engendrer un sentiment d’impuissance généralisé.
Un historique de coups d’État récurrents
Depuis l’indépendance, la Guinée-Bissau a connu quatre coups d’État réussis et de multiples tentatives avortées. Chaque changement brutal de pouvoir a laissé des séquelles durables : institutions affaiblies, économie stagnante et confiance érodée dans l’État.
Le dernier épisode en date s’inscrit dans cette continuité. Pourtant, à chaque fois, les militaires promettent une transition courte et un retour rapide à l’ordre constitutionnel. La réalité montre souvent une prolongation du régime autoritaire.
Cette récurrence pose une question fondamentale : comment sortir de ce cycle vicieux ? Les partenaires internationaux, notamment les organisations régionales, ont souvent condamné ces prises de pouvoir, mais leurs leviers d’action restent limités.
La charte de transition décryptée
Publiée au tout début décembre, la charte de transition constitue le texte fondateur de cette nouvelle phase. Elle définit les règles du jeu politique pour les mois à venir et pose les principes censés guider la gouvernance militaire.
Parmi les objectifs affichés : rétablir l’ordre public, préparer des élections libres et équitables, et renforcer les institutions. Mais les observateurs s’interrogent sur la mise en œuvre réelle de ces engagements.
L’interdiction des prises de parole non autorisées s’appuie directement sur cette charte. Elle en devient l’un des instruments les plus visibles, illustrant la volonté de contrôle total sur le discours public.
Les risques d’une escalade
En fermant les canaux officiels de communication, la junte pourrait involontairement encourager la propagation de rumeurs et d’informations non vérifiées. Dans un contexte déjà tendu, cela représente un danger supplémentaire.
Les appels à la désobéissance civile, même s’ils sont pour l’instant limités, pourraient gagner en intensité si la population perçoit la transition comme un simple changement de maîtres sans perspective d’amélioration.
La communauté internationale suit la situation de près. Des condamnations ont été exprimées, et des discussions sur d’éventuelles sanctions sont en cours. Mais l’efficacité de ces mesures reste à prouver face à une junte déterminée à maintenir son emprise.
Perspectives pour l’avenir proche
La Guinée-Bissau se trouve à un carrefour critique. D’un côté, la junte affirme vouloir stabiliser le pays et préparer un retour à la démocratie. De l’autre, les mesures restrictives se multiplient, suscitant inquiétude et scepticisme.
L’issue dépendra en grande partie de la capacité des autorités actuelles à démontrer leur bonne foi. Un dialogue inclusif, même limité, pourrait apaiser les tensions. À l’inverse, un durcissement supplémentaire risquerait d’isoler davantage le pays.
Pour l’instant, le silence imposé sur la scène publique contraste avec les bruits de fond de mécontentement. La population attend des actes concrets, pas seulement des communiqués officiels.
Ce nouvel épisode de l’histoire tourmentée de la Guinée-Bissau rappelle une vérité amère : la stabilité politique reste un objectif lointain dans ce coin d’Afrique de l’Ouest. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la junte saura transformer sa prise de pouvoir en opportunité de renouveau, ou si elle prolongera simplement le cycle des crises récurrentes.
Les regards sont tournés vers Bissau, où chaque décision prise par le Haut Commandement militaire résonne bien au-delà des frontières nationales. L’interdiction des conférences de presse n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond, celui d’une gouvernance qui peine à s’ancrer dans la légitimité populaire.
En attendant, le pays retient son souffle, espérant que la paix promise ne se transforme pas en un calme imposé par la force.









