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Guinée-Bissau : Élections Fixées au 6 Décembre par la Junte

Après le coup d'État de novembre 2025, la junte en Guinée-Bissau fixe enfin une date : élections présidentielle et législatives le 6 décembre. Un retour aux civils crédible ou simple promesse ? Les détails sur cette annonce qui pourrait changer la donne...
La Guinée-Bissau, petit pays d’Afrique de l’Ouest souvent secoué par l’instabilité politique, se trouve à un tournant décisif. Après un coup d’État survenu fin novembre 2025, qui a renversé le président en exercice et suspendu un processus électoral contesté, la junte militaire au pouvoir annonce une échéance pour rendre le pouvoir aux civils. Cette décision, officialisée par décret, suscite à la fois espoir et interrogations dans un pays habitué aux bouleversements institutionnels.

Un calendrier pour le retour à l’ordre démocratique

Le général Horta N’Tam, désigné à la tête de la transition, a fixé la date du 6 décembre pour la tenue simultanée des élections présidentielle et législatives. Ce scrutin est présenté comme l’étape finale vers la restauration d’un régime civil, après une période de transition qui s’annonce prolongée. Selon le décret lu publiquement, toutes les conditions seraient réunies pour organiser des élections libres, justes et transparentes.

Cette annonce intervient dans un contexte particulier. La charte de la transition, publiée peu après la prise de pouvoir, exclut explicitement les membres de la junte, y compris le chef de l’État transitoire, de toute candidature future. Cette disposition vise à garantir une rupture claire avec la période militaire actuelle et à ouvrir la voie à de nouveaux acteurs politiques.

Pourtant, la date choisie soulève des questions sur la durée réelle de la transition. Initialement annoncée pour une période d’un an, celle-ci semble s’étendre au-delà, plaçant le retour aux urnes à plus d’un an après le coup d’État. Les autorités justifient cette extension par la nécessité de stabiliser le pays et d’éviter de nouveaux conflits.

Le contexte du coup d’État de novembre 2025

Tout a commencé le 26 novembre 2025, veille de l’annonce des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives organisées trois jours plus tôt. Des tirs ont retenti près du palais présidentiel à Bissau, et des militaires ont rapidement pris le contrôle des institutions. Le président sortant, Umaro Sissoco Embalo, a été renversé et a quitté le pays par la suite.

Les deux principaux camps en lice revendiquaient la victoire : celui du président sortant et celui du candidat de l’opposition, Fernando Dias de Costa. Cette situation de tension extrême a servi de justification aux militaires pour intervenir, affirmant vouloir prévenir un bain de sang entre partisans rivaux. Le processus électoral a été suspendu, et la junte a pris les rênes du pouvoir.

Peu après, le général Horta N’Tam, présenté comme un proche de l’ancien président, a été nommé à la présidence de la transition. Cette proximité soulève des doutes sur l’indépendance réelle de la nouvelle direction militaire par rapport aux acteurs politiques précédents.

Une histoire marquée par l’instabilité chronique

Depuis son indépendance du Portugal en 1974, la Guinée-Bissau a connu une succession de crises politiques. Quatre coups d’État réussis et de nombreuses tentatives avortées ont jalonné son histoire récente. Ce pays lusophone, coincé entre le Sénégal et la Guinée Conakry, souffre d’une fragilité institutionnelle persistante, souvent liée à des luttes pour le pouvoir et à des divisions au sein de l’armée.

Cette instabilité a des conséquences directes sur la vie quotidienne des populations. L’économie reste précaire, dépendante de l’agriculture et de l’aide internationale, tandis que les services publics peinent à se développer. Chaque nouveau bouleversement politique retarde les réformes nécessaires et accentue la méfiance des citoyens envers les institutions.

Dans ce paysage, le coup d’État de 2025 s’inscrit dans une continuité regrettable. Pourtant, la promesse d’un retour rapide aux civils pourrait marquer une différence si elle est tenue. Les observateurs attendent de voir si les engagements pris seront respectés ou si de nouveaux reports viendront s’ajouter à la liste des promesses non tenues.

Le rôle de la CEDEAO dans la gestion de la crise

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’est pas restée inactive face à cette nouvelle crise. Une mission de haut niveau s’est rendue à Bissau, menée par le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, en exercice de la présidence de l’organisation, accompagné du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye.

Ces dirigeants ont plaidé pour une transition courte, transparente et inclusive. Ils ont insisté sur la libération des opposants emprisonnés dès le jour du coup d’État, parmi lesquels figure un important leader de l’opposition, Domingos Simoes Pereira. Ces discussions ont permis d’avancer sur certains points, bien que plusieurs détenus restent en prison.

L’implication régionale reflète l’inquiétude plus large face à la multiplication des interruptions militaires du pouvoir en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO cherche à imposer des normes démocratiques tout en évitant des confrontations directes qui pourraient déstabiliser davantage la sous-région.

Une modification constitutionnelle controversée

Mi-janvier 2026, le Conseil national de transition, organe législatif mis en place par la junte et composé de 65 membres nommés, a adopté à l’unanimité une révision de la Constitution. Ce changement transforme le régime parlementaire en régime présidentiel, accordant davantage de pouvoirs au chef de l’État, y compris la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale.

Cette réforme doit encore être promulguée par le chef de la junte et publiée au journal officiel pour entrer en vigueur. Cependant, sa légitimité juridique est contestée par de nombreux observateurs. Une junte militaire peut-elle modifier fondamentalement la loi fondamentale du pays sans consultation populaire ? Cette question divise les analystes et pourrait alimenter de futures contestations.

Les partisans de la modification arguent qu’elle renforce la stabilité en clarifiant les rôles institutionnels. Les critiques y voient une tentative de consolider le pouvoir exécutif au détriment des équilibres démocratiques. Quoi qu’il en soit, ce nouveau cadre influencera fortement le fonctionnement des institutions après le retour aux civils.

Les acteurs clés et leurs destins incertains

Le candidat de l’opposition Fernando Dias de Costa a trouvé refuge à l’ambassade du Nigeria, qui lui a accordé l’asile politique. Cette protection internationale illustre les risques persistants pour les opposants dans ce contexte. De son côté, l’ancien président Umaro Sissoco Embalo a fui le pays, rejoignant d’abord le Sénégal avant d’autres destinations.

Parmi les figures emprisonnées, Domingos Simoes Pereira reste un symbole de la répression post-coup. Sa libération partielle ou totale pourrait servir de geste d’apaisement vis-à-vis de la communauté internationale et des partis d’opposition. Pour l’instant, la junte maintient une ligne dure sur ce dossier.

Le général Horta N’Tam, au centre du dispositif actuel, incarne à la fois la continuité militaire et la promesse d’une transition ordonnée. Proche de l’ancien régime, il doit maintenant démontrer son impartialité pour crédibiliser le processus électoral annoncé.

Perspectives et défis à venir

La fixation d’une date électorale représente un pas positif vers la sortie de crise. Elle offre un horizon concret aux Bissau-Guinéens, fatigués des interruptions répétées du processus démocratique. Cependant, plusieurs défis subsistent pour que ce scrutin soit véritablement inclusif et accepté par tous.

Parmi ces défis figurent la libération des prisonniers politiques, la garantie d’un accès équitable aux médias, la réforme du fichier électoral et la neutralité des forces de sécurité. Sans ces éléments, le risque de contestation post-électorale reste élevé, comme lors des scrutins précédents.

La communauté internationale, via la CEDEAO et l’Union africaine, continuera probablement à exercer une pression pour accélérer le calendrier et renforcer les garanties démocratiques. Le pays aura besoin de soutien pour organiser un scrutin crédible dans un délai relativement court.

En attendant, la population suit ces développements avec un mélange d’espoir prudent et de scepticisme nourri par l’histoire. Le 6 décembre pourrait marquer la fin d’une ère d’instabilité ou simplement un nouveau chapitre dans une saga politique complexe. Seul l’avenir dira si cette promesse de retour aux civils tiendra ses engagements.

La Guinée-Bissau mérite mieux que des cycles de coups d’État et de transitions prolongées. Les élections annoncées offrent une opportunité de rompre avec ce passé douloureux, à condition que tous les acteurs jouent le jeu de la transparence et du respect des engagements pris. Les mois à venir seront décisifs pour l’avenir du pays.

Pour approfondir, il convient de souligner que la stabilité régionale dépend en partie de la résolution pacifique de cette crise. Les voisins immédiats, Sénégal et Guinée, observent attentivement l’évolution de la situation, conscients des risques de contagion. Une transition réussie en Guinée-Bissau pourrait servir d’exemple positif dans une sous-région marquée par plusieurs interruptions militaires récentes.

Les enjeux économiques ne sont pas en reste. Une période prolongée d’incertitude freine les investissements et l’aide au développement. Le retour rapide à un gouvernement civil légitime pourrait relancer la coopération internationale et favoriser des projets structurants pour la population.

Enfin, au-delà des aspects institutionnels, c’est la confiance des citoyens dans leurs institutions qui est en jeu. Chaque nouveau scrutin contesté érode davantage cette confiance. Pour inverser la tendance, les autorités de transition doivent multiplier les gestes concrets de bonne gouvernance et d’ouverture au dialogue.

En conclusion, l’annonce de la date du 6 décembre constitue une étape importante, mais loin d’être suffisante à elle seule. Le chemin vers des élections crédibles et un pouvoir civil stable reste semé d’embûches. Les regards sont tournés vers Bissau, dans l’attente de voir si cette fois-ci, la promesse sera tenue.

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