Imaginez une immense île gelée, la plus grande du monde, dont le sous-sol regorge de richesses encore vierges. Imaginez maintenant que cette île, habitée depuis des millénaires par un peuple fier de son identité, se retrouve au centre d’un bras de fer entre deux géants : les États-Unis et le Danemark. Nous sommes en 2026 et le Groenland n’a jamais semblé aussi stratégique… ni aussi convoité.
Dimanche, lors d’un débat politique intense à Copenhague, la Première ministre danoise a prononcé des mots qui résonnent encore dans toute la région arctique. Elle a qualifié la situation actuelle de « moment décisif ». Derrière cette formule grave se cache une réalité complexe où se mêlent sécurité nationale, ressources minières, alliances militaires et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Un tournant historique pour le Groenland
Le Groenland n’est plus seulement une terre reculée et glacée aux yeux des grandes puissances. Son importance stratégique explose depuis plusieurs années. Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaces, ouvrant de nouvelles routes maritimes et révélant d’immenses gisements de terres rares, de lithium, de terres rares et de minerais critiques pour la transition énergétique mondiale.
Dans ce contexte, l’intérêt soudain et très appuyé de l’administration américaine pour ce territoire autonome danois n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans une logique de grande puissance qui cherche à sécuriser ses approvisionnements et à contrer l’influence croissante de ses rivaux dans l’Arctique.
Les déclarations fortes de la Première ministre danoise
Face aux caméras et aux journalistes, la cheffe du gouvernement danois n’a pas mâché ses mots. Elle a insisté sur le caractère historique du moment présent. Selon elle, « ce qui est en jeu dépasse très largement ce qui est visible à l’œil nu ». Une phrase lourde de sous-entendus.
Quelques jours plus tôt, elle avait déjà averti que toute tentative d’attaque ou de prise de contrôle forcée d’un territoire allié au sein de l’OTAN signifierait « la fin de tout », y compris l’existence même de l’Alliance atlantique et du système de sécurité construit après 1945.
« Le Danemark est un allié loyal et solide. Nous sommes en plein réarmement important, et nous sommes prêts à défendre nos valeurs – partout où cela est nécessaire – y compris dans l’Arctique. »
Ces mots publiés sur les réseaux sociaux officiels montrent une posture ferme et déterminée. Ils traduisent aussi une volonté de rassurer la population danoise et groenlandaise tout en envoyant un message clair à Washington.
Le point de vue groenlandais : un non massif
Les habitants du Groenland, environ 56 000 personnes dispersées sur un territoire immense, ont été très clairs à plusieurs reprises. Ils ne souhaitent pas devenir américains. Un sondage réalisé en janvier 2025 révélait que 85 % d’entre eux s’opposaient à un rattachement aux États-Unis. Seuls 6 % y étaient favorables.
Ce rejet massif s’explique par plusieurs facteurs : une identité culturelle forte, une histoire marquée par la colonisation danoise, mais aussi la crainte de perdre le peu d’autonomie déjà acquise ces dernières décennies.
Le principe d’autodétermination et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sont régulièrement invoqués par les autorités groenlandaises et danoises dans ce dossier sensible.
Pourquoi les États-Unis veulent-ils le Groenland ?
Pour comprendre l’intérêt américain, il faut regarder la carte de l’Arctique. Le Groenland occupe une position géographique exceptionnelle : proche du pôle Nord, à mi-chemin entre l’Amérique du Nord et l’Europe, et disposant d’une façade maritime stratégique.
De plus, la base aérienne de Thulé, située au nord-ouest de l’île et exploitée par les forces américaines depuis la Guerre froide, reste un atout militaire majeur pour la surveillance de l’espace aérien polaire.
Mais au-delà des considérations militaires, c’est surtout la question des ressources minières qui alimente les appétits. Le sous-sol groenlandais contiendrait des quantités très importantes de terres rares, d’uranium, de zinc, de fer, de terres rares et de graphite – autant de matières premières indispensables aux technologies vertes et à l’industrie de défense.
La Russie et la Chine dans la partie
Washington ne cache pas que sa stratégie s’inscrit dans un contexte de rivalité accrue avec Moscou et Pékin. La Russie a considérablement renforcé sa présence militaire dans l’Arctique ces quinze dernières années. De son côté, la Chine développe des projets d’infrastructures et cherche à obtenir des licences d’exploitation minière au Groenland.
Dans cet échiquier complexe, le contrôle ou du moins l’influence sur le Groenland apparaît comme un levier stratégique majeur pour les États-Unis.
Le droit international au cœur du débat
Face à ces pressions, Copenhague et Nuuk (capitale groenlandaise) ont choisi de placer le débat sur le terrain du droit. Le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et du droit à l’autodétermination sont devenus les principaux arguments avancés.
Le Danemark rappelle régulièrement que le Groenland n’est pas à vendre et que toute évolution du statut de l’île ne peut se faire qu’avec l’accord des populations locales.
Un réarmement danois sans précédent
Dans ce climat tendu, le gouvernement danois a annoncé un plan de réarmement massif. Il s’agit du plus important effort de défense depuis la fin de la Guerre froide. L’objectif affiché est clair : montrer que le Danemark entend assumer pleinement ses responsabilités de puissance arctique et d’État membre de l’OTAN.
Cette montée en puissance concerne notamment les capacités de surveillance maritime, les moyens aériens et la présence militaire renforcée au Groenland même.
Et l’OTAN dans tout cela ?
L’Alliance atlantique se retrouve dans une position particulièrement inconfortable. D’un côté, les États-Unis restent le pilier militaire et financier incontesté de l’organisation. De l’autre, le Danemark est un allié historique, respectueux de ses engagements et qui augmente fortement ses dépenses de défense.
Une crise ouverte entre Washington et Copenhague autour du Groenland pourrait donc avoir des répercussions très graves sur la cohésion même de l’OTAN.
Quel avenir pour le Groenland ?
La question qui taraude aujourd’hui les observateurs est simple : jusqu’où ira cette tension ? Le Danemark maintiendra-t-il une ligne dure jusqu’au bout ? Les États-Unis passeront-ils de la parole aux actes concrets ?
Et surtout : les Groenlandais auront-ils leur mot à dire dans cette partie d’échecs géopolitique qui se joue au-dessus de leurs têtes ?
Une chose est sûre : nous vivons probablement l’un des chapitres les plus importants de l’histoire contemporaine de cette île immense et fascinante. Un chapitre qui pourrait redessiner durablement les équilibres de pouvoir dans l’Arctique… et au-delà.
À suivre de très près.
En résumé – Les points clés à retenir
- La Première ministre danoise qualifie la situation de « moment décisif » pour le Groenland
- 85 % des Groenlandais rejettent l’idée d’un rattachement aux États-Unis (sondage 2025)
- Le Danemark réarme massivement et défend les principes de souveraineté et d’autodétermination
- Les ressources minières et la position stratégique expliquent l’intérêt américain
- La Russie et la Chine renforcent également leur présence dans l’Arctique
Le Groenland, terre de glace et d’enjeux brûlants, est plus que jamais au cœur de l’actualité mondiale. Et ce n’est probablement que le début.









