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Groenland : Trump Défie l’Europe à Davos

Donald Trump relance l’idée d’annexer le Groenland et impose le sujet à Davos. L’UE et Macron montent au créneau avec des menaces de rétorsion commerciale. Jusqu’où ira cette confrontation entre alliés ?

Imaginez une immense étendue de glace arctique, soudain traversée par la voix tonitruante d’un dirigeant qui déclare vouloir s’approprier un territoire immense pour des raisons de sécurité mondiale. C’est exactement ce qui se joue actuellement sur la scène internationale, et le Forum économique mondial de Davos est devenu le théâtre inattendu de cette confrontation majeure.

Depuis son retour au pouvoir, le président américain multiplie les déclarations qui bousculent les équilibres établis depuis des décennies. Parmi elles, la question du Groenland revient avec force, provoquant une levée de boucliers chez les alliés traditionnels des États-Unis.

Davos 2026 : quand le Groenland devient le symbole des tensions transatlantiques

La station alpine suisse, habituellement dédiée aux discussions sur l’économie mondiale et les grandes tendances futures, a vu cette année un sujet géopolitique très concret s’imposer brutalement à l’ordre du jour. Le président américain a annoncé une rencontre avec « les différentes parties » concernées par l’avenir du Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark.

Cette annonce n’est pas anodine. Elle intervient alors que les tensions montent entre Washington et plusieurs capitales européennes, notamment Paris et Bruxelles. Les discours prononcés mardi sur place ont révélé l’ampleur du désaccord.

Une position ferme de la présidente de la Commission européenne

La dirigeante européenne a livré un message clair et sans ambiguïté depuis la tribune du Forum. Elle a insisté sur la nécessité d’éviter une spirale descendante qui ne profiterait qu’aux adversaires communs que l’Occident cherche à contenir.

Sa réponse promise est triple : ferme, unie et proportionnelle. Ces trois adjectifs résument à eux seuls la stratégie que l’Union européenne compte adopter face aux pressions exercées.

« Nous plonger dans une spirale descendante ne ferait qu’avantager les adversaires que nous sommes tous deux déterminés à tenir à l’écart. Notre réponse sera donc ferme, unie et proportionnelle. »

Ces mots prononcés en public marquent une volonté de ne pas céder à la pression tout en maintenant une porte ouverte au dialogue. La référence aux « adversaires » communs vise clairement les puissances qui cherchent à étendre leur influence dans l’Arctique.

Emmanuel Macron appelle à utiliser les outils commerciaux puissants

Le président français, arrivé sur place dans la journée, n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé une forme de concurrence déloyale menée par les États-Unis, qui exigerait des concessions maximales et viserait à affaiblir l’Europe.

Il a explicitement évoqué l’instrument anti-coercition de l’Union européenne, souvent qualifié de « bazooka » en cas de guerre commerciale. Cet outil, encore peu utilisé, pourrait devenir central si les menaces se concrétisent.

« Le respect plutôt que les brutes », « l’état de droit plutôt que la brutalité ».

Ces formules résument la philosophie défendue par le chef de l’État français, qui préfère miser sur des règles communes plutôt que sur la force brute dans les relations internationales.

Les menaces douanières américaines au cœur du débat

Washington a laissé planer la menace de droits de douane supplémentaires sur plusieurs pays européens qui s’opposent à ses ambitions sur le Groenland. Cette perspective inquiète particulièrement les milieux économiques des deux côtés de l’Atlantique.

La présidente de la Commission a rappelé qu’un accord commercial avait été conclu en juillet dernier entre l’Union européenne et les États-Unis. Selon elle, « en politique comme en affaires, un accord est un accord ».

Cette phrase simple mais lourde de sens souligne le sentiment de trahison ressenti à Bruxelles face à des menaces qui remettent en cause des engagements récents.

Le Parlement européen suspend la ratification

En réaction directe aux dernières déclarations américaines, les eurodéputés ont décidé de geler le processus de ratification de cet accord commercial. Cette mesure symbolique mais forte montre que l’Europe ne compte pas rester passive.

Elle envoie un signal clair : les menaces proférées auront des conséquences concrètes sur les relations économiques transatlantiques.

Pékin observe et met en garde

Le vice-Premier ministre chinois, présent également à Davos, n’a pas manqué l’occasion de délivrer son propre message. Il a averti qu’un petit nombre de pays ne devrait pas imposer ses intérêts au détriment des autres.

« Le monde ne peut pas revenir à la loi de la jungle où les forts s’en prennent aux faibles. »

Cette déclaration, prononcée juste après celle de la responsable européenne, illustre comment la question du Groenland dépasse largement le cadre transatlantique pour toucher aux grands équilibres mondiaux.

Trump justifie sa position par la sécurité

De son côté, le président américain ne démord pas de sa position. Il répète que le Groenland est essentiel pour la sécurité nationale et mondiale des États-Unis, invoquant la présence croissante de la Russie et de la Chine dans la région arctique.

Sur son réseau social personnel, il a publié un message sans détour : « Je ne pense pas qu’ils vont résister beaucoup. Nous devons l’avoir. »

Il a également partagé une image générée par intelligence artificielle le montrant, accompagné de hauts responsables de son administration, en train de planter un drapeau américain sur un paysage groenlandais, avec un panneau indiquant « Groenland, territoire américain depuis 2026 ».

Une délégation américaine très visible à Davos

Les organisateurs du Forum ont noté que la délégation américaine était cette année l’une des plus importantes jamais enregistrées. La présence des États-Unis est particulièrement visible dans les rues de la station.

De nombreux commerces ont été privatisés par des entreprises américaines, et une « USA House » a même été installée dans une ancienne église, où les membres du gouvernement se succèdent pour des interventions publiques.

Les Européens préparent leur riposte

Face à cette offensive tous azimuts, les dirigeants européens réfléchissent activement à des mesures de rétorsion commerciale. Un sommet d’urgence est prévu jeudi à Bruxelles pour discuter spécifiquement de la question groenlandaise.

Cette réunion permettra de coordonner une réponse commune et d’évaluer les différents scénarios possibles, y compris l’activation de l’instrument anti-coercition.

Le soutien canadien au Danemark et au Groenland

Le Premier ministre canadien, également présent à Davos, a apporté un soutien clair et sans ambiguïté au Danemark et au Groenland. Il a rappelé leur droit souverain à décider de l’avenir de ce vaste territoire arctique.

« Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu. »

Cette formule percutante illustre la crainte partagée par plusieurs pays de voir les grandes puissances redessiner la carte géopolitique à leur seul avantage.

Le chancelier allemand cherche le dialogue

Contrairement à certains de ses homologues, le chancelier allemand a exprimé sa volonté de rencontrer le président américain en Suisse pour tenter d’éviter une escalade douanière. Cette approche plus conciliante contraste avec les positions plus fermes affichées par Paris et Bruxelles.

Elle reflète sans doute les intérêts économiques considérables que l’Allemagne a dans le maintien de bonnes relations commerciales avec Washington.

Les responsables américains minimisent les risques

Du côté américain, le secrétaire au Trésor a tenu à rassurer sur la solidité des relations financières transatlantiques. Il a affirmé que les Européens continueraient à détenir des bons du Trésor américain malgré les tensions actuelles.

Le représentant américain au Commerce a pour sa part jugé « pas judicieux » le recours par l’UE à son instrument anti-coercition, qualifiant cette option de disproportionnée.

Un absent de marque et des symboles forts

Le secrétaire général de l’ONU a annulé sa participation pour cause de maladie, privant le Forum d’une voix importante sur les questions multilatérales. Parallèlement, les images diffusées par le président américain continuent de faire réagir.

Celle montrant un futur Groenland américain avec des hauts responsables de l’administration plantant le drapeau reste particulièrement provocatrice aux yeux de nombreux observateurs européens.

L’Arctique : un enjeu stratégique majeur

Au-delà de la passe d’armes verbale actuelle, la question du Groenland soulève des enjeux stratégiques profonds. La fonte accélérée des glaces arctiques ouvre de nouvelles routes maritimes et rend accessibles d’importantes ressources naturelles.

La présence militaire croissante de la Russie dans la région, combinée aux investissements chinois dans les infrastructures arctiques, inquiète légitimement Washington. Le Groenland, avec sa position géographique unique, représente un atout stratégique considérable.

Cependant, la méthode choisie par l’administration américaine pour faire valoir ses intérêts suscite de vives critiques chez les alliés traditionnels, qui y voient une remise en cause du multilatéralisme et des règles internationales.

Vers une fracture durable au sein de l’OTAN ?

Le président américain a affirmé avoir eu un « très bon entretien téléphonique » avec le secrétaire général de l’OTAN. Pourtant, la question groenlandaise met à rude épreuve la cohésion de l’Alliance atlantique.

Le Danemark, membre fondateur de l’OTAN, se retrouve dans une position particulièrement délicate, coincé entre son allié américain et son territoire autonome qui rejette fermement toute idée de vente ou de transfert de souveraineté.

Les prochaines étapes d’une crise qui s’annonce longue

Le sommet européen d’urgence prévu jeudi à Bruxelles constituera un moment clé. Les Vingt-Sept devront définir une ligne commune face aux pressions américaines.

Parallèlement, les discussions informelles qui pourraient avoir lieu en marge du Forum de Davos seront scrutées avec attention. La capacité des Européens à parler d’une seule voix face à Washington sera déterminante.

Cette crise révèle aussi les limites du multilatéralisme actuel face à des puissances qui privilégient les rapports de force directs. Elle pose la question de la place de l’Europe dans un monde où les règles semblent de plus en plus contestées par les grandes puissances.

Alors que la fonte des glaces continue d’accélérer dans l’Arctique, les tensions autour du Groenland pourraient bien n’être que le prélude à des confrontations plus larges sur l’avenir de cette région stratégique devenue centrale dans la géopolitique mondiale.

Les prochains jours et semaines seront décisifs pour savoir si cette crise restera cantonnée à un bras de fer verbal ou si elle débouchera sur des mesures économiques concrètes aux conséquences potentiellement très lourdes pour l’économie mondiale.

Une chose est sûre : le Groenland, immense île de glace longtemps considérée comme périphérique, est soudainement devenu l’un des points les plus chauds de la diplomatie internationale en ce début d’année 2026.

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