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Greenpeace Bloque Cargo Uranium Russe à Dunkerque

Au petit matin, Greenpeace bloque un cargo russe dans le port de Dunkerque, suspecté de livrer de l'uranium pour le nucléaire français. Malgré la guerre en Ukraine, ces échanges persistent...
Le matin du 2 mars 2026, une opération coup de poing a secoué le port de Dunkerque, dans le nord de la France. Des militants de Greenpeace ont bloqué un cargo en pleine écluse, empêchant son arrivée et son déchargement. Cette action directe vise à dénoncer un commerce jugé inacceptable : les échanges d’uranium entre la France et la Russie, qui perdurent malgré le conflit en Ukraine.

Une action spectaculaire pour alerter sur des liens controversés

Vers 4h10, une vingtaine d’activistes se sont positionnés stratégiquement. Certains se sont enchaînés aux portes de l’écluse, d’autres ont investi les lieux en kayaks. Leur cible : le cargo Mikhail Dudin, soupçonné de transporter de l’uranium destiné au secteur nucléaire français. L’intervention a duré plusieurs heures, confirmée sur place par les forces de l’ordre.

Sur place, les messages étaient clairs et percutants. Une immense banderole proclamait Uranium : EDF aime Poutine, avec un cœur symbolique pour renforcer l’ironie. D’autres pancartes interpellaient : Stop aux contrats toxiques. Les kayakistes arboraient des signes de Solidarity with Ukrainians, soulignant la dimension solidaire avec le peuple ukrainien.

Le cargo au cœur des dénonciations

Le Mikhail Dudin n’est pas un navire anonyme. Selon les observations répétées, ce cargo effectue régulièrement des trajets entre des ports russes comme Vistino, Oust-Louga ou Saint-Pétersbourg et Dunkerque. Depuis février 2022, plus de vingt allers-retours ont été recensés pour ce seul bâtiment.

Un autre navire similaire, le Baltiyskiy-202, a réalisé plus de quinze traversées identiques sur la même période. Ces deux cargos battent pavillon panaméen et appartiennent à des sociétés enregistrées à Hong Kong, ce qui complique la traçabilité directe.

Cette opacité alimente les soupçons. Les militants affirment avoir vu à plusieurs reprises le déchargement d’uranium enrichi ou d’uranium naturel provenant de Russie. La cargaison exacte du jour reste inconnue du public, mais les acteurs impliqués dans la chaîne – Orano, EDF et Framatome – détiennent les informations précises.

Ce commerce qui alimente indirectement la guerre de Poutine doit cesser.

Pauline Boyer, chargée de campagne sur le nucléaire pour Greenpeace France

Cette phrase résume l’enjeu principal pour l’ONG : stopper un flux financier qui, selon elle, profite au régime russe en pleine guerre.

Un commerce persistant malgré les sanctions européennes

Depuis l’invasion massive de l’Ukraine en février 2022, l’Union européenne a multiplié les sanctions contre la Russie. Pourtant, le secteur nucléaire échappe largement à ces mesures. Les échanges d’uranium ne sont pas interdits, créant une faille que Greenpeace dénonce depuis des années.

Les données douanières françaises révèlent une réalité chiffrée. En 2025, la France a importé au moins 112 tonnes d’uranium enrichi et ses composés depuis la Russie. Cela représente un quart des achats totaux en volume, un niveau stable par rapport à 2024.

Cette dépendance n’est pas nouvelle, mais elle a évolué. Entre 2022 et 2024, les importations ont nettement diminué, signe d’une tentative de diversification. Cependant, la part russe reste significative, posant question sur la souveraineté énergétique française.

Les implications géopolitiques et environnementales

Ce commerce soulève de multiples interrogations. D’un côté, la France maintient son parc nucléaire, pilier de sa production d’électricité bas carbone. De l’autre, ces liens avec Rosatom, le géant nucléaire public russe, interrogent sur la cohérence des positions européennes face à l’agression en Ukraine.

Les militants mettent en avant la solidarité avec les Ukrainiens. Le conflit a des répercussions humanitaires dramatiques, et tout flux économique vers Moscou est perçu comme un soutien indirect. L’action de Dunkerque vise à rendre visible cette contradiction.

Sur le plan environnemental, l’uranium pose des risques inhérents : transport de matières radioactives, potentiel d’accidents, gestion des déchets. Greenpeace insiste sur l’urgence de rompre ces chaînes d’approvisionnement pour accélérer la transition vers des énergies renouvelables.

Le rôle des acteurs français dans la chaîne

Les entreprises françaises sont au centre du dispositif. EDF, opérateur des centrales, Orano pour le cycle du combustible, et Framatome pour les composants, dépendent en partie de ces importations. L’opacité sur les cargaisons précises renforce les critiques.

Les militants appellent à plus de transparence. Qui sait exactement ce que transporte le Mikhail Dudin ce jour-là ? Seuls les industriels concernés détiennent la réponse. Cette absence de clarté alimente la défiance.

Face à l’opacité de ce trafic, la lumière sur ce commerce doit être faite.

Pauline Boyer

Cette demande de lumière vise à obliger les pouvoirs publics et les entreprises à rendre des comptes sur la poursuite de ces échanges.

Contexte historique des échanges nucléaires France-Russie

Les relations nucléaires entre les deux pays remontent à plusieurs décennies. Des contrats ont été signés bien avant 2022, incluant enrichissement et traitement de combustibles usés. La guerre a mis ces accords sous les projecteurs.

Malgré les appels à la rupture, le secteur nucléaire bénéficie d’une exemption de sanctions, considéré comme stratégique pour l’énergie. Cette exception crée un débat intense : sécurité énergétique versus principes géopolitiques.

Les cargos comme le Mikhail Dudin incarnent cette continuité. Leur fréquence de rotation montre que le trafic n’a pas cessé, même si les volumes ont baissé.

Les arguments pour et contre la poursuite des importations

Du côté des défenseurs du nucléaire, la diversification des sources est progressive. Rompre brutalement avec la Russie risquerait des pénuries ou des hausses de coûts pour l’électricité. La France cherche des alternatives : enrichissement en Europe, partenariats ailleurs.

Pour les opposants, comme Greenpeace, aucun compromis n’est acceptable. Chaque euro versé à Rosatom finance indirectement l’effort de guerre russe. L’aspect moral prime sur l’aspect technique.

  • Arguments pro-poursuite : maintien de la production nucléaire stable, diversification en cours, uranium russe compétitif.
  • Arguments contre : soutien indirect à la guerre, risques géopolitiques, urgence climatique vers le renouvelable.

Ce débat dépasse le seul port de Dunkerque. Il interroge la stratégie énergétique globale de la France et de l’Europe.

Les actions de Greenpeace et leur impact

Greenpeace multiplie les opérations coup de poing depuis 2022. Suivi des cargos, publications de rapports, blocages physiques : l’ONG cherche à créer un rapport de force médiatique.

Cette action à Dunkerque s’inscrit dans une longue série. Elle vise à relancer le débat public, à pressionner les décideurs pour une rupture définitive des contrats.

L’impact reste à mesurer. Les autorités interviennent pour lever les blocages, mais chaque opération génère une couverture médiatique importante.

Vers une sortie progressive de la dépendance russe ?

Les chiffres montrent une baisse progressive de la part russe. De 67 % en 2022, elle est passée à environ 25 % en 2025. Cette tendance pourrait s’accélérer avec de nouveaux fournisseurs.

Cependant, les militants estiment que la lenteur du processus est inacceptable. Quatre ans après le début du conflit, toute continuation est jugée scandaleuse.

L’avenir dépendra des choix politiques. Une interdiction explicite des importations russes changerait la donne. Sans cela, les cargos continueront probablement leurs rotations.

Conclusion : un enjeu qui dépasse l’énergie

L’action de Greenpeace à Dunkerque rappelle que le nucléaire n’est pas seulement une question technique. C’est un dossier géopolitique, moral et environnemental. Tant que ces échanges persistent, les tensions resteront vives.

Le blocage du Mikhail Dudin n’est qu’un épisode. Mais il symbolise un appel plus large : repenser les dépendances énergétiques pour aligner sécurité, éthique et écologie. La suite dépendra des réactions des autorités et de l’opinion publique.

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