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Grèce : Verdict dans l’Affaire Predator des Écoutes Illégales

Près de quatre ans après les révélations explosives, la justice grecque rend enfin son verdict dans l'affaire Predator, ce logiciel espion qui a visé des dizaines de personnalités. Mais ce jugement satisfait-il vraiment les victimes, ou masque-t-il les vrais responsables ? La suite risque de surprendre...
L’affaire des écoutes illégales en Grèce, impliquant le logiciel espion Predator, a connu un développement judiciaire majeur ce jeudi. Près de quatre ans après les premières révélations explosives, la cour pénale d’Athènes a prononcé son verdict dans ce dossier qui a secoué le paysage politique et médiatique du pays.

Un scandale qui a ébranlé la démocratie grecque

Imaginez un instant : des téléphones portables de personnalités influentes, piratés en silence, leurs conversations, messages et même leurs caméras activées à distance sans qu’ils s’en doutent. C’est exactement ce qui s’est produit en Grèce avec le logiciel Predator, un outil de surveillance sophistiqué qui a visé plus de 90 personnes, dont des politiciens, des journalistes, des entrepreneurs et des militaires de haut rang.

Ce jeudi, la justice athénienne a rendu son jugement dans ce retentissant scandale, connu sous le nom de « Watergate grec ». Quatre personnes – deux Israéliens et deux Grecs – étaient jugées pour violation du secret des communications téléphoniques. Parmi elles, figure un nom central : Tal Dilian, ancien militaire israélien et fondateur d’Intellexa, l’entreprise qui a commercialisé ce logiciel en Grèce.

Le verdict arrive après des années d’enquêtes, de révélations médiatiques et de controverses politiques. Il marque un tournant dans une affaire qui a révélé les vulnérabilités des systèmes de protection des données et des libertés individuelles face aux technologies d’espionnage.

Les origines de l’affaire Predator

Tout commence début 2022. Un journaliste d’investigation spécialisé dans les questions financières découvre que son téléphone a été infecté par Predator. Les services de renseignement grecs (EYP) l’avaient placé sur écoute, et le logiciel espion avait pris le relais pour une surveillance plus intrusive.

Quelques mois plus tard, en juillet 2022, le dirigeant du parti socialiste Pasok-Kinal, alors député européen, annonce publiquement qu’une tentative d’infection de son portable par Predator a été détectée. Cette révélation porte l’affaire au cœur du débat politique national.

L’autorité grecque de protection du secret des communications (ADAE) confirme par la suite que plus de 90 cibles ont été visées : des opposants politiques, des reporters, des chefs d’entreprise et des officiers supérieurs. Predator, capable d’accéder aux messages, photos, d’activer micro et caméra à distance, n’est pas un outil accessible aux particuliers ; il est réservé aux États et services de renseignement.

Predator n’est pas accessible aux particuliers, il n’est proposé à la vente qu’aux services de l’État.

Le procureur lors du réquisitoire

Cette déclaration du procureur, prononcée en février, souligne la gravité des faits : comment un tel outil a-t-il pu être déployé contre des citoyens sans cadre légal clair ?

Les accusés et leur rôle présumé

Les quatre personnes jugées sont liées à la commercialisation de Predator en Grèce via Intellexa. Tal Dilian, fondateur de l’entreprise, est un ancien officier du renseignement israélien. Sa compagne, ainsi que deux anciens responsables grecs de la société, comparaissaient pour les mêmes faits.

Tal Dilian, qui comparaissait libre, n’était pas présent à l’énoncé du verdict selon les informations relayées. Intellexa et la société Cytrox (développeuse de Predator) ont été sanctionnées par les États-Unis en 2023, interdites de transactions avec des entités américaines. Tal Dilian lui-même a fait l’objet de sanctions individuelles.

Les avocats des victimes ont critiqué la légèreté des charges : violation du secret des communications, un délit depuis une loi de 2019, punissable de jusqu’à cinq ans de prison avec sursis. Pour eux, cela ne reflète pas la gravité d’une surveillance massive et ciblée.

Les conséquences politiques immédiates

L’affaire a provoqué des démissions en cascade. Le plus proche collaborateur du Premier ministre, qui est aussi son neveu, a quitté ses fonctions. Le directeur des services de renseignement EYP a également démissionné.

Le Premier ministre a dû affronter une motion de censure au Parlement. Il a toujours nié que l’État grec ait acheté ou utilisé Predator, affirmant que les services de renseignement n’étaient pas impliqués dans l’utilisation illégale du logiciel.

Ces dénégations n’ont pas convaincu tout le monde. Le scandale a été qualifié de coup porté à la liberté des médias par des organisations internationales de défense des droits humains.

Une enquête critiquée pour ses lacunes

Les victimes et leurs avocats dénoncent une enquête incomplète. Seules deux victimes ont été auditionnées par la Cour suprême. Les comptes bancaires de la société commercialisant le logiciel n’ont pas été examinés en profondeur.

En décembre 2021, des salariés ont déménagé précipitamment les serveurs du bureau grec ; ils n’ont pas été interrogés. Un avocat a même questionné si l’affaire avait vraiment fait l’objet d’une enquête sérieuse ou si des efforts avaient été déployés pour l’étouffer.

On peut se demander si l’affaire a réellement fait l’objet d’une enquête ou si tout a été mis en œuvre pour l’étouffer.

L’avocat d’une victime principale

En juillet 2024, la Cour suprême grecque a disculpé les services de renseignement et les responsables politiques, provoquant une vague d’indignation. Le leader socialiste a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme.

Predator : un outil de surveillance ultra-puissant

Predator est un logiciel espion de pointe. Une fois installé via un lien piégé ou une vulnérabilité zero-click, il permet un accès total au téléphone : lecture des messages (y compris cryptés), visualisation des photos, activation du micro et de la caméra, géolocalisation en temps réel.

Contrairement à d’autres outils connus, il cible spécifiquement les appareils mobiles avec une discrétion extrême. Son déploiement en Grèce a révélé comment des technologies militaires peuvent être détournées vers des usages internes contre des citoyens.

Les implications vont au-delà de la Grèce : des logiciels similaires circulent sur le marché mondial, souvent vendus à des régimes autoritaires, posant des questions sur la régulation internationale des technologies de surveillance.

Le verdict et ses implications

Ce jeudi, la cour a rendu son verdict sur les quatre accusés. Les peines encourues restaient limitées en raison de la requalification en délit. Les victimes espéraient des sanctions plus lourdes et une reconnaissance plus large des responsabilités étatiques.

Le jugement intervient dans un contexte où la liberté de la presse en Grèce est scrutée de près. Des rapports internationaux pointent une dégradation de l’État de droit, avec cette affaire comme symbole d’impunité potentielle.

Malgré les démissions et les enquêtes, aucun responsable politique de haut niveau n’a été poursuivi. Le verdict sur les intermédiaires commerciaux pourrait clore un chapitre, mais les questions sur l’utilisation réelle par l’État persistent.

Vers une prise de conscience européenne ?

Cette affaire s’inscrit dans un mouvement plus large contre les logiciels espions en Europe. Des enquêtes parlementaires européennes ont examiné l’usage de tels outils, et des sanctions américaines ont visé plusieurs acteurs du secteur.

En Grèce, le Parlement a voté des mesures pour interdire l’usage de spyware dans certains contextes. Mais les victimes continuent de se battre pour la vérité pleine et entière.

Le recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme pourrait ouvrir une nouvelle voie. Il met en lumière les tensions entre sécurité nationale et protection des libertés fondamentales.

Ce scandale rappelle que dans une démocratie, la surveillance doit être encadrée par la loi, transparente et proportionnée. Sinon, elle devient un outil de pouvoir arbitraire.

Quatre ans après les premières révélations, le verdict d’Athènes ne met peut-être pas un point final à l’affaire. Il ouvre plutôt un débat plus profond sur la protection de la vie privée à l’ère numérique.

Les technologies comme Predator existent, et leur prolifération pose des défis majeurs. La Grèce, berceau de la démocratie, se trouve au cœur d’une réflexion cruciale pour l’avenir des droits numériques en Europe.

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