L’arrivée historique de la frégate Kimon à Salamine
Jeudi dernier, les eaux du golfe Saronique ont été le théâtre d’une cérémonie impressionnante. La frégate Kimon a navigué majestueusement, escortée par des symboles puissants du passé maritime grec. Entre une réplique d’une trière antique et le cuirassé historique Georgios Averof, le bâtiment moderne a tracé sa route vers la base navale de Salamine. Cette mise en scène n’était pas anodine : elle reliait l’héritage glorieux de la Grèce antique à sa capacité défensive contemporaine.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, le président de la République Kostas Tassoulas et le ministre de la Défense Nikos Dendias ont participé à l’accueil à bord. Leurs présences soulignaient l’importance stratégique de l’événement pour la nation entière. La frégate, baptisée du nom d’un amiral athénien du Ve siècle av. J.-C., fils de Miltiade vainqueur à Marathon, porte en elle une charge historique forte.
Un symbole de modernisation militaire
La **Kimon** est une frégate de défense et d’intervention (FDI), désignée Belharra pour l’export. Construite par Naval Group à Lorient, elle a été livrée à la mi-décembre 2025 avant de rejoindre la Grèce après armement complet à Brest. Avec un équipage de 128 marins, ce navire de 122 mètres intègre des technologies de pointe qui transforment les capacités opérationnelles de la marine hellénique.
Parmi ses atouts majeurs figurent des systèmes de défense antiaérienne performants, une lutte anti-sous-marine avancée, des capacités en guerre électronique et une solide autodéfense. Le radar Sea Fire, les missiles Aster-30, les Exocet MM40 Block 3C, les torpilles MU90 ou encore le canon de 76 mm Oto Melara illustrent cette polyvalence. Ces équipements permettent une réponse holistique aux menaces contemporaines, des drones aux missiles balistiques en passant par les menaces asymétriques.
« Un maillon de plus dans un effort continu de modernisation des forces armées » afin que « la capacité de dissuasion de notre pays ne soit contestée par personne ».
Kyriakos Mitsotakis, Premier ministre grec
Cette déclaration met en lumière l’objectif premier : renforcer la dissuasion grecque face aux défis régionaux. Le président Tassoulas a quant à lui salué un renforcement « décisif, moral et substantiel », tandis que le ministre Dendias a évoqué le passage à une « nouvelle ère » pour les forces armées.
Le contexte géopolitique et les tensions en Méditerranée orientale
La Grèce fait face à des rivalités historiques avec la Turquie, partenaire au sein de l’OTAN mais source régulière de tensions. Les différends sur les zones maritimes, les survols aériens ou les ressources énergétiques en Méditerranée orientale justifient souvent les investissements en armement. Athènes positionne sa flotte comme un facteur de stabilité et de fiabilité dans la région.
La Grèce figure parmi les quatre membres de l’Alliance atlantique dépensant plus de 3 % de leur PIB en défense, derrière la Pologne, l’Estonie et la Lettonie. Cette priorité budgétaire reflète une prise de conscience des risques accrus pour la sécurité européenne. Le gouvernement conservateur de Mitsotakis insiste sur les défis croissants et la nécessité d’une posture ferme.
La modernisation navale s’inscrit dans une stratégie plus large. Après une décennie de restrictions budgétaires liée à la crise financière (2009-2018), le pays a relancé ses investissements dès 2021, sur fond de tensions accrues avec Ankara.
Le partenariat stratégique avec la France
En 2021, la Grèce et la France ont signé un partenariat stratégique en matière de défense et de sécurité. Ce accord a permis l’acquisition de 24 avions de combat Rafale, puis initialement trois frégates Belharra, pour un montant dépassant 5,5 milliards d’euros. Une quatrième unité a été ajoutée par la suite, renforçant les liens entre les deux pays.
Ce choix technologique et politique marque une diversification des fournisseurs traditionnels de la Grèce. Les frégates Belharra, plus lourdement armées que leurs homologues françaises, intègrent des améliorations issues des retours d’expérience récents, comme les opérations en mer Rouge. La participation industrielle grecque atteint 25 %, favorisant le transfert de savoir-faire et le développement local.
La **Kimon** (F-601) ouvre la voie aux unités suivantes : Nearchos et Formion prévues pour fin 2026, et Themistocles en 2028. Ces livraisons progressives permettront une intégration fluide et une montée en puissance graduelle de la flotte.
Les capacités techniques exceptionnelles de la frégate
La frégate se distingue par son radar multifonction Sea Fire, offrant une détection et un suivi précis des menaces aériennes. Sa défense antiaérienne s’appuie sur des missiles Aster-30 à longue portée, complétés par des systèmes RAM pour la courte portée. En surface, les missiles Exocet assurent une frappe puissante contre les navires adverses.
Pour la lutte anti-sous-marine, des sonars avancés et des torpilles MU90 offrent une protection robuste contre les menaces subaquatiques. Les systèmes de guerre électronique et les canons télécommandés renforcent l’autodéfense. Ces caractéristiques font de la **Kimon** un atout polyvalent, capable d’opérations isolées ou en groupe naval.
- Défense antiaérienne : Aster-30 et radar Sea Fire
- Anti-surface : missiles Exocet MM40 Block 3C
- Anti-sous-marine : torpilles MU90 et sonars performants
- Armement principal : canon Oto Melara 76 mm
- Autodéfense : missiles RAM et mitrailleuses télécommandées
Cette combinaison permet une supériorité dans plusieurs domaines de la guerre navale, essentielle pour contrôler les espaces maritimes stratégiques autour de la Grèce.
Vers un bouclier national intégré
Le gouvernement a annoncé une refonte majeure de l’armée, la plus importante de l’histoire moderne grecque, avec un investissement prévu de 25 milliards d’euros. Parmi les priorités figure le développement d’un « Bouclier d’Achille », un système intégré anti-missiles, anti-aérien et anti-drones. Ce projet ambitionne de protéger le territoire national contre une variété de menaces émergentes.
Les frégates Belharra s’intègrent parfaitement dans cette vision. Leur capacité à opérer avec les Rafale, les futurs F-35 et les hélicoptères MH-60R renforce la cohérence globale des forces armées. La marine gagne une défense aérienne de zone, une première pour la Grèce, cruciale dans un environnement où les drones et missiles prolifèrent.
Cette modernisation vise à assurer une dissuasion crédible, tout en projetant la Grèce comme un acteur fiable en Méditerranée. Les défis sécuritaires européens, des conflits régionaux aux menaces hybrides, exigent une réponse collective et nationale forte.
Un message de stabilité en Méditerranée orientale
En accueillant la **Kimon**, la Grèce affirme sa volonté de contribuer à la stabilité régionale. Le pays se positionne comme un pilier fiable au sein de l’OTAN et de l’Union européenne. Les investissements massifs démontrent une prise de responsabilité face aux incertitudes géopolitiques actuelles.
La cérémonie, avec ses éléments historiques et modernes, a captivé l’opinion publique. Elle rappelle que la défense n’est pas seulement une question technique, mais aussi une affaire d’identité nationale et de continuité historique. De l’amiral Kimon antique à la frégate éponyme, le fil conducteur est la protection des intérêts grecs en mer.
Alors que les trois autres unités rejoindront progressivement la flotte, la marine hellénique entame une transformation profonde. La **Kimon** n’est que le début d’une ère où la technologie de pointe et la détermination politique convergent pour garantir la sécurité du pays.
Ce renforcement naval, couplé aux autres programmes d’armement, positionne la Grèce parmi les nations les plus engagées en matière de défense en Europe. Dans un monde incertain, cette posture proactive envoie un signal clair : Athènes entend défendre ses intérêts avec fermeté et modernité.
Points clés de la modernisation grecque
- Investissement total prévu : 25 milliards d’euros
- Part des dépenses de défense : > 3 % du PIB
- Partenariat clé : France (Rafale + Belharra)
- Objectif : dissuasion incontestée et stabilité régionale
La suite des livraisons promet de consolider ces avancées. En attendant, la présence de la **Kimon** dans les eaux grecques marque déjà un cap franchi vers une marine plus puissante et adaptée aux défis du XXIe siècle.









