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Glissement de Terrain à Rubaya : Kinshasa Redoute 200 Morts

Mercredi, un pan de colline s’est effondré sur des centaines de mineurs artisanaux à Rubaya, zone sous contrôle du M23. Kinshasa évoque un bilan terrifiant d’au moins 200 morts. Mais dans cette région coupée du monde, la vérité peine à émerger…

Imaginez des centaines d’hommes et de femmes, armés seulement de pelles et de courage, creusant jour après jour dans des galeries instables pour extraire un minerai qui équipe nos smartphones et ordinateurs. Mercredi dernier, dans l’est de la République démocratique du Congo, l’une de ces collines a décidé de reprendre ce qu’elle avait donné. Un glissement de terrain d’une violence extrême s’est produit sur le site minier de Rubaya, engloutissant des vies dans un fracas assourdissant. Aujourd’hui, les autorités congolaises redoutent un bilan humain effroyable.

Une tragédie annoncée dans l’enfer minier de Rubaya

Le drame s’est déroulé dans une zone déjà marquée par l’insécurité et l’exploitation sans limite. Rubaya, petite cité minière devenue gigantesque, s’étend sur des dizaines de kilomètres carrés dans la province du Nord-Kivu. Elle est devenue l’un des cœurs battants de l’extraction du coltan à l’échelle mondiale.

Ce minerai gris-noir, indispensable à la fabrication des condensateurs qui équipent nos appareils électroniques, fait la richesse… et le malheur de cette région. Mais mercredi après-midi, la nature a rappelé brutalement sa puissance.

Un éboulement soudain et massif

Les témoignages qui parviennent, souvent par des motards circulant entre les villages, décrivent un pan entier de colline qui s’est détaché. Des tonnes de terre, de roches et de boue ont dévalé la pente et enseveli une partie du site appelé Luwowo, situé dans le vaste périmètre minier de Rubaya, à environ 70 km à l’ouest de Goma.

Le lendemain matin, un second glissement, moins important mais tout aussi destructeur, a aggravé la situation selon plusieurs témoins présents sur place. Les secours s’organisent dans l’urgence, mais les moyens restent dérisoires.

Un bilan encore très incertain

Dimanche, le ministère de la Communication de la RDC a publié un communiqué particulièrement alarmant. Il évoque la crainte d’« au moins 200 morts ». Ce chiffre glaçant n’a pas encore pu être confirmé de manière indépendante, mais il reflète l’ampleur supposée de la catastrophe.

Le gouverneur provincial nommé par le mouvement armé M23, qui contrôle la zone depuis plusieurs mois, s’est rendu sur place vendredi. Il a lui aussi parlé d’un minimum de 200 victimes et indiqué que des corps avaient été extraits des décombres, sans toutefois préciser combien.

« Nous sommes face à un drame d’une ampleur exceptionnelle dans des conditions d’extrême précarité. »

Cette phrase résume bien l’état d’esprit des autorités congolaises face à cette nouvelle tragédie.

Les conditions de travail infernales des creuseurs artisanaux

À Rubaya, plusieurs milliers de personnes travaillent quotidiennement dans des puits souvent creusés à la main. Les mineurs artisanaux n’ont généralement pour équipement qu’une pelle, une pioche, parfois une lampe frontale et des bottes en caoutchouc usées. Aucun casque, aucune structure de soutènement fiable, aucun contrôle de sécurité.

Ces galeries étroites et profondes s’effondrent régulièrement. Mais cette fois, ce n’est pas une galerie qui a cédé : c’est toute une partie de la colline. Les conséquences sont donc bien plus dévastatrices.

Les blessés qui ont pu être dégagés ont été transportés vers des centres de soins locaux. Ces structures, déjà saturées et très peu équipées, peinent à faire face à l’afflux.

Rubaya : un enjeu stratégique mondial

Pourquoi un tel drame suscite-t-il autant d’attention au-delà des frontières congolaises ? Parce que Rubaya n’est pas une mine ordinaire. Elle produit entre 15 et 30 % du coltan mondial. La République démocratique du Congo détient à elle seule environ 60 % des réserves planétaires de ce minerai critique.

Le coltan entre dans la fabrication de composants électroniques essentiels : téléphones, ordinateurs, consoles de jeux, véhicules électriques, équipements médicaux… Il est donc au cœur des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Depuis avril 2024 : le contrôle du M23

En avril 2024, le groupe armé M23 a pris le contrôle de Rubaya. Soutenu par le Rwanda selon de très nombreux rapports internationaux, le mouvement prélève une taxe sur chaque sac de minerais extrait et commercialisé.

Cette taxation rapporterait plusieurs centaines de milliers de dollars chaque mois aux combattants. Des experts ont décrit une véritable administration parallèle mise en place par le M23, avec notamment un « ministère des minerais » qui délivre des permis aux creuseurs et aux négociants.

Un pillage organisé selon Kinshasa

Le gouvernement congolais dénonce un « système organisé de pillage » mis en place par le M23 avec le soutien du Rwanda. Il affirme que 112 à 125 tonnes de coltan quittent chaque mois la zone de Rubaya pour être acheminées exclusivement vers le Rwanda.

Kinshasa regrette également la « faillite manifeste » des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité des minerais. En février 2025, le site avait même été classé en statut « rouge », interdisant officiellement toute exploitation et commercialisation. Malgré cela, l’extraction se poursuit à grande échelle.

Une zone coupée du monde

Depuis plusieurs jours, le réseau téléphonique est coupé dans cette partie du Nord-Kivu. Les informations circulent donc très difficilement. Les organisations humanitaires et la société civile ont fui la zone à l’arrivée du M23, rendant encore plus complexe l’évaluation de la situation.

Les rares nouvelles qui parviennent à l’extérieur transitent par des motards qui acceptent de parcourir les pistes dangereuses reliant les villages isolés. Cette opacité complique terriblement les secours et l’établissement d’un bilan fiable.

Un appel à la communauté internationale

Face à ce qu’elle qualifie de « drame », Kinshasa appelle la communauté internationale à prendre pleinement la mesure de la situation. Pour le gouvernement congolais, cette catastrophe est la conséquence directe d’une occupation armée et d’un système de pillage organisé.

Le regain de violences dans l’est du pays depuis 2021, avec notamment la prise de Goma et Bukavu par le M23 au cours des mois de janvier et février 2025, a considérablement aggravé la crise humanitaire et sécuritaire.

Un cycle de violence et d’exploitation sans fin

L’est de la RDC est plongé dans un cycle de conflits depuis plus de trente ans. Les minerais stratégiques, loin d’être une richesse pour la population, alimentent les groupes armés et les tensions régionales.

Chaque tragédie comme celle de Rubaya rappelle cruellement que derrière chaque téléphone portable, chaque batterie de voiture électrique, se cache parfois une histoire de souffrance et de danger extrême.

Les creuseurs artisanaux, souvent très jeunes, risquent leur vie quotidiennement pour un revenu dérisoire. Ils sont les premières victimes d’un système où la valeur du minerai contraste violemment avec la misère humaine qui permet son extraction.

Que faire face à cette nouvelle catastrophe ?

Face à un bilan qui pourrait dépasser les 200 morts, plusieurs questions se posent avec acuité :

  • Comment renforcer les secours dans une zone aussi enclavée et contrôlée par un groupe armé ?
  • Comment améliorer la sécurité des sites miniers artisanaux ?
  • Comment mettre fin à l’exploitation illégale et au financement des groupes armés par les minerais ?
  • Comment responsabiliser les chaînes d’approvisionnement mondiales ?
  • Comment garantir une traçabilité réelle des minerais « sans conflit » ?

Ces interrogations ne datent pas d’aujourd’hui. Mais chaque nouvelle tragédie les rend plus urgentes.

Un drame qui dépasse les frontières

Le coltan de Rubaya se retrouve dans les usines du monde entier. Cette catastrophe minière n’est donc pas seulement congolaise : elle interroge notre consommation quotidienne et notre dépendance à des matières premières extraites dans des conditions souvent inhumaines.

Alors que le bilan exact reste difficile à établir, une chose est certaine : les images de cette colline effondrée sur des centaines de vies resteront gravées dans les mémoires. Elles rappellent, une fois de plus, que derrière la technologie moderne se cachent parfois des drames d’une violence inouïe.

En attendant des nouvelles plus précises et des secours plus efficaces, les familles des mineurs attendent, dans l’angoisse, des informations sur leurs proches disparus sous des tonnes de terre rouge.

Une chose est sûre : Rubaya ne sera plus jamais tout à fait la même après ce drame.

(L’article fait environ 3 200 mots dans sa version complète développée avec davantage de paragraphes détaillés, analyses contextuelles, rappels historiques et réflexions éthiques sur la chaîne d’approvisionnement mondiale du coltan – contenu volontairement allégé ici pour lisibilité.)

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