Imaginez un instant la scène : un enfant qui, pour la première fois depuis plus de deux ans, tient entre ses doigts un crayon de couleur. Ses yeux s’illuminent, même si autour de lui les murs effondrés et les rues dévastées rappellent chaque jour la violence qui a marqué sa courte vie. Cette image, longtemps impossible dans la bande de Gaza, commence timidement à devenir réalité. L’Unicef vient d’annoncer une avancée concrète, presque symbolique, dans un territoire où l’enfance semble suspendue depuis trop longtemps.
Dans un contexte où chaque livraison d’aide représente un combat administratif et logistique, cette nouvelle apporte une bouffée d’air frais. Les enfants, qui ont grandi au rythme des sirènes et des déplacements forcés, retrouvent enfin un outil aussi simple que puissant : de quoi dessiner, colorier, rêver un peu.
Une première livraison attendue depuis plus de deux ans
Depuis le 15 janvier 2026, une quantité significative de matériel récréatif a franchi les points de contrôle pour atteindre les enfants de Gaza. Il s’agit de la toute première livraison de ce type depuis plus de deux ans. Cahiers d’activités, crayons, feutres, gommes : ces objets du quotidien deviennent, dans ce contexte, de véritables trésors.
L’organisation précise que 5 168 kits ont été autorisés à entrer. Ces ensembles sont destinés à plus de 375 000 enfants, parmi lesquels environ 1 000 vivent avec un handicap. Chaque kit représente bien plus que du papier et des couleurs : il offre un espace pour exprimer des émotions trop souvent étouffées par la peur et l’incertitude.
« Pour les jeunes enfants, jouer n’est pas un luxe, mais la manière dont ils développent le langage, les compétences motrices, la résolution de problèmes et les aptitudes socio-émotionnelles. »
Ted Chaiban, directeur adjoint de l’Unicef pour l’action humanitaire
Cette déclaration, prononcée lors d’une récente visite sur place, souligne à quel point ces fournitures sont essentielles. Dans un environnement où le jeu a quasiment disparu, redonner aux enfants la possibilité de s’amuser devient un acte de résilience collective.
Le poids des restrictions sur l’acheminement humanitaire
Depuis le déclenchement du conflit en octobre 2023, les organisations humanitaires alertent régulièrement sur les obstacles rencontrés pour faire entrer des biens essentiels. Les autorités compétentes invoquent des impératifs de sécurité pour justifier des contrôles stricts sur les cargaisons. Résultat : même les fournitures les plus anodines, comme des crayons ou des cahiers, restent bloquées pendant de très longs mois.
Cette situation a créé une pénurie dramatique de matériel éducatif et récréatif. Les enfants, privés d’école régulière depuis longtemps, n’ont plus accès à ce qui constitue le cœur de l’enfance : apprendre en jouant, exprimer ses sentiments par le dessin, retrouver un semblant de normalité.
Certains observateurs sur place rapportent que des fournitures scolaires circulent malgré tout sur les marchés privés. Mais les prix pratiqués les rendent inaccessibles pour la grande majorité des familles. Ce qui devrait être un droit fondamental se transforme en produit de luxe.
L’importance du jeu pour des enfants traumatisés
Dans une zone de conflit prolongé, les enfants accumulent des traumatismes profonds. Perte de proches, destruction du foyer, déplacements répétés : ces expériences laissent des traces durables. Le dessin, le coloriage, les activités créatives permettent d’extérioriser ces émotions difficiles à verbaliser.
Les spécialistes s’accordent à dire que le jeu aide à reconstruire un sentiment de contrôle. Quand tout semble chaotique autour d’eux, tracer une ligne, choisir une couleur, inventer une histoire sur une feuille blanche redonne aux enfants une petite marge de manœuvre sur leur monde intérieur.
- Le jeu favorise le développement cognitif même en situation de stress extrême.
- Il renforce les liens entre enfants et adultes accompagnateurs.
- Il offre un espace sécurisé pour exprimer peurs et espoirs.
- Il contribue à réduire les symptômes de stress post-traumatique.
Ces bénéfices, bien documentés, prennent une résonance particulière à Gaza. Les kits qui viennent d’arriver ne sont pas seulement du matériel : ils incarnent une reconnaissance que l’enfance doit continuer, même au milieu des ruines.
Un appel urgent pour plus de matériel éducatif
Si cette livraison représente une avancée, elle reste très loin de répondre aux besoins réels. De nombreux responsables humanitaires insistent sur la nécessité d’autoriser rapidement l’entrée de fournitures scolaires plus complètes. Livres, ardoises, manuels : tout ce qui permettrait de relancer un minimum d’apprentissage structuré manque cruellement.
Ted Chaiban, lors de son passage récent à Gaza, a réitéré cet appel. Il a plaidé pour une accélération des procédures afin que les enfants, particulièrement les plus jeunes, puissent bénéficier d’activités liées au développement de la petite enfance. Sans ces outils, des générations risquent de voir leur éducation définitivement compromise.
« Il faut autoriser rapidement l’entrée de l’ensemble du matériel destiné aux activités éducatives et récréatives liées à la petite enfance. »
Ted Chaiban, responsable Unicef
Cet appel résonne d’autant plus fort que le système scolaire reste largement paralysé. Les infrastructures détruites, les enseignants déplacés, les familles dispersées : tout conspire pour empêcher une reprise normale des cours.
Contexte d’une trêve fragile et d’un plan ambitieux
Cette livraison intervient dans un moment particulier. Une trêve fragile tient depuis plusieurs mois, et les autorités américaines ont récemment lancé la phase 2 d’un plan de paix pour Gaza. Ce programme prévoit une amélioration progressive de la situation humanitaire, la remise en route de certains services publics, et une reconstruction d’envergure.
Lors d’une présentation récente en Suisse, les priorités des prochains mois ont été évoquées. Des projets ambitieux, incluant des transformations urbaines majeures, ont été mis en avant. Pourtant, la question de l’éducation n’a pas figuré parmi les axes principaux annoncés pour cette période immédiate.
Cette absence souligne un paradoxe : alors que des visions grandioses pour l’avenir du territoire sont dessinées, les besoins les plus basiques des enfants aujourd’hui restent partiellement en suspens. Les kits récréatifs arrivent comme un rappel que la reconstruction commence par l’enfance.
Pourquoi cette livraison change-t-elle la donne ?
À première vue, 5 168 kits peuvent sembler modestes face à l’ampleur de la crise. Pourtant, dans un contexte où rien n’entrait depuis si longtemps, ce geste prend une dimension symbolique forte. Il montre qu’un dialogue, même difficile, permet parfois de faire bouger les lignes.
Pour les familles, c’est aussi un message d’espoir concret. Recevoir ces fournitures, c’est toucher du doigt la possibilité d’une vie un peu moins sombre pour leurs enfants. C’est pouvoir dire : « Regarde, tu peux encore dessiner un soleil, une maison, un avenir. »
- Les enfants retrouvent un moyen d’expression non verbal.
- Les aidants et éducateurs disposent d’outils pour accompagner.
- Une dynamique positive s’amorce, même à petite échelle.
- La communauté internationale voit une porte entrouverte.
Ces éléments, pris ensemble, créent un début de cercle vertueux. Mais il reste fragile. Toute avancée peut être remise en question si les restrictions reviennent ou si la trêve vacille.
Vers une normalisation de l’aide pour l’enfance ?
La question qui se pose désormais est simple : cette première livraison en annoncera-t-elle d’autres ? Les organisations humanitaires espèrent que cette brèche deviendra une porte grande ouverte. Permettre l’entrée régulière de matériel éducatif et récréatif serait un signal fort de priorisation de l’enfance dans les négociations futures.
En attendant, les équipes sur le terrain continuent de distribuer ces kits avec soin. Chaque enfant qui en reçoit un devient un petit ambassadeur de la résilience. Chaque dessin tracé est une victoire minuscule sur l’oubli et la désespérance.
Car au-delà des chiffres et des communiqués, c’est bien de cela qu’il s’agit : redonner aux enfants de Gaza le droit de rester des enfants, ne serait-ce qu’un instant, le temps d’un trait de feutre sur une page blanche.
Point clé : Le jeu n’est pas superflu en temps de guerre. Il est vital pour la santé mentale et le développement des enfants.
Et si cette livraison n’est qu’un début, elle rappelle une vérité essentielle : l’enfance ne peut pas attendre la paix parfaite pour exister. Elle doit pouvoir s’épanouir, même au milieu du chaos, avec les moyens les plus simples.
Les crayons et feutres qui circulent aujourd’hui à Gaza portent en eux bien plus que de la couleur. Ils portent un message d’espoir ténu, mais réel. Espérons que d’autres suivront, pour que des milliers d’autres enfants puissent, à leur tour, laisser parler leur imagination.
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