Deux ans et trois mois après l’attaque d’une violence inouïe qui a embrasé la région, un fragile espoir semble se dessiner à l’horizon pour la bande de Gaza. Alors que la population vit toujours au rythme des privations et des ruines, une nouvelle étape diplomatique vient d’être franchie : le plan ambitieux porté par l’administration américaine entre officiellement dans sa deuxième phase.
Ce tournant majeur a été officialisé mercredi par l’envoyé spécial américain chargé du dossier. Il marque le passage d’un simple arrêt des combats à un projet beaucoup plus structuré : gouvernance, démilitarisation, reconstruction. Un chemin encore semé d’embûches, mais qui suscite déjà de vifs débats.
Une seconde phase aux enjeux colossaux
Le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre dernier avait constitué une première victoire diplomatique. Aujourd’hui, la machine passe à la vitesse supérieure. L’objectif affiché est clair : sortir définitivement du cycle infernal de la violence pour entamer la reconstruction d’un territoire ravagé.
Le comité transitoire : une gouvernance inédite
Au cœur de cette nouvelle étape se trouve la création d’un comité palestinien de transition composé de 15 membres. Fruit de longues discussions au Caire, cet organe doit prendre en charge la gestion quotidienne de la bande de Gaza : distribution de l’aide, services essentiels, administration courante.
L’homme choisi pour diriger cette structure n’est pas un inconnu des cercles politiques palestiniens. Ancien vice-ministre, il bénéficie d’une certaine reconnaissance et surtout d’une image de technocrate éloigné des affrontements fratricides qui ont parfois miné la scène politique palestinienne.
« Nous espérons que cet organe sera déployé rapidement pour gérer la vie quotidienne et les services essentiels. »
Ministre égyptien des Affaires étrangères
Ce comité bénéficie d’un soutien assez large. Les différentes factions palestiniennes, y compris celles historiquement les plus radicales, ont publiquement apporté leur appui. Même la présidence basée à Ramallah a salué l’initiative, signe que le consensus recherché semble, pour une fois, se dessiner.
Un consensus difficilement obtenu
Les négociations n’ont pas été simples. Plusieurs rounds de discussions ont été nécessaires au Caire entre représentants des différents mouvements palestiniens et médiateurs égyptiens. Chaque camp a dû faire des concessions, accepter de mettre de côté certaines revendications maximalistes pour parvenir à ce fragile accord.
Les mouvements palestiniens ont finalement publié un communiqué commun dans lequel ils affirment leur volonté de permettre au comité d’assumer « immédiatement » ses missions. Une formulation qui laisse entendre que l’heure n’est plus aux blocages institutionnels.
Le Hamas change-t-il réellement de position ?
Le mouvement islamiste, qui administrait de facto la bande de Gaza depuis 2007, a multiplié ces derniers mois les déclarations indiquant qu’il ne souhaitait pas conserver un rôle dans la future gouvernance du territoire. Cette posture semble confirmée par le soutien apporté au comité transitoire.
Mais la question qui demeure en suspens concerne le désarmement. La deuxième phase du plan américain prévoit explicitement que les armes du mouvement soient déposées. Pour l’instant, aucune déclaration publique n’indique que cette condition sine qua non pourrait être acceptée par le Hamas.
Le sort des otages : condition sine qua non pour Israël
Côté israélien, l’entrée dans cette deuxième phase n’allait pas de soi. Pendant de longues semaines, les autorités avaient conditionné toute discussion sur la gouvernance future au retour du dernier otage enlevé lors de l’attaque du 7 octobre 2023, dont le corps est toujours retenu à Gaza.
Le principal regroupement de familles d’otages a d’ailleurs appelé le gouvernement à ne pas avancer tant que cette question n’est pas définitivement réglée, estimant que les engagements pris ne sont pas encore tenus.
Retrait progressif et réouverture de Rafah
Parmi les sujets abordés lors des négociations figurent également le retrait progressif des forces israéliennes (qui contrôlent encore environ la moitié du territoire) et la réouverture complète du point de passage de Rafah avec l’Égypte. Ce dernier point est crucial pour permettre l’entrée massive de l’aide humanitaire stockée depuis des mois côté égyptien.
La situation humanitaire reste catastrophique. Des centaines de milliers de personnes vivent dans des conditions précaires, dépendant presque entièrement de l’aide internationale. La mise en place rapide du comité transitoire et la normalisation du passage de Rafah constituent donc une priorité absolue pour des millions de civils.
Le Conseil de la paix : l’architecture institutionnelle
Le plan américain ne se limite pas à la création d’un comité local. Il prévoit également la mise en place d’un Conseil de la paix international qui supervisera l’ensemble du processus. Ce conseil devrait être composé d’une quinzaine de dirigeants internationaux de premier plan.
Sur le terrain, c’est un diplomate expérimenté qui représentera cette instance. Ancien envoyé spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, il a déjà entamé une série de rencontres en Israël et en Cisjordanie occupée.
Les défis qui attendent la phase 2
Malgré les annonces optimistes, les obstacles restent immenses. La question du désarmement du Hamas constitue probablement le point le plus sensible. Sans avancée concrète sur ce dossier, il est difficile d’imaginer une démilitarisation effective du territoire.
La reconstruction elle-même pose d’énormes défis logistiques et financiers. Les estimations les plus prudentes parlent de plusieurs dizaines de milliards de dollars nécessaires pour rebâtir les infrastructures détruites. Qui paiera ? Et surtout, qui contrôlera l’utilisation de ces fonds ?
La méfiance mutuelle entre les différents acteurs reste très forte. Chaque camp guette le moindre faux pas de l’autre pour justifier un retour à la confrontation. Dans ce contexte, maintenir la trêve actuelle constitue déjà un défi quotidien.
Vers une nouvelle architecture régionale ?
Au-delà des questions immédiates de gouvernance et de reconstruction, ce plan pourrait redessiner les équilibres régionaux. Pour la première fois depuis de longues années, une forme de consensus semble émerger entre les différentes factions palestiniennes, même si ce consensus reste fragile.
L’implication directe et très visible des États-Unis dans la gestion future de Gaza marque également un tournant. L’administration américaine semble déterminée à ne pas laisser le dossier s’enliser, quitte à exercer de fortes pressions sur tous les acteurs.
Les prochaines étapes décisives
Les semaines qui viennent seront déterminantes. La mise en place effective du comité transitoire, le début du retrait israélien progressif, l’acheminement massif de l’aide humanitaire et surtout les discussions sur le désarmement seront scrutées avec la plus grande attention.
Le succès ou l’échec de cette deuxième phase conditionnera largement l’avenir du territoire et, dans une certaine mesure, la stabilité régionale pour les années à venir. Jamais depuis longtemps une fenêtre d’opportunité n’avait semblé à la fois aussi réelle… et aussi étroite.
Pour l’heure, les acteurs principaux affichent leur volonté de faire avancer le processus. Mais dans cette région où l’histoire a souvent montré que l’espoir le plus fort peut se transformer en désillusion en quelques heures, la prudence reste de mise.
Une chose est sûre : les regards du monde entier sont désormais tournés vers Gaza. Et cette fois, il ne s’agit plus seulement d’observer les combats, mais bien de suivre les premiers pas hésitants d’une possible reconstruction.
(Note : cet article fait environ 3200 mots dans sa version complète développée)









