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Gaza : Patients Implorent MSF de Rester Malgré l’Ultimatum

Dans les couloirs d’un hôpital de Gaza, un petit garçon au bras bandé murmure sa peur : et si MSF partait vraiment ? Patients et soignants lancent un cri du cœur face à l’ultimatum israélien. Mais que se passera-t-il vraiment d’ici mars ?

Dans une chambre d’hôpital aux murs fatigués, un petit garçon de quelques années serre contre lui son bras gauche entouré de bandages. Ses yeux sombres fixent le personnel en blouse blanche qui passe dans le couloir. Il a entendu les rumeurs. Il a compris l’essentiel : bientôt, peut-être, ces visages familiers ne seront plus là. Cette perspective semble l’effrayer plus que la douleur encore vive de ses blessures.

Nous sommes dans l’un des derniers établissements de santé encore debout dans la bande de Gaza. Depuis plus de deux ans, la guerre a transformé chaque jour en combat pour la survie. Et parmi les rares points d’ancrage qui restent, une organisation humanitaire internationale tient encore debout : Médecins Sans Frontières.

Un ultimatum qui fait trembler tout un système de soins

Les autorités israéliennes ont fixé une échéance : début mars, plusieurs dizaines d’organisations humanitaires étrangères, dont MSF, devront avoir quitté le territoire si elles refusent de transmettre la liste complète de leurs employés palestiniens. La mesure, présentée comme une nécessité sécuritaire, suscite une condamnation quasi unanime sur la scène internationale.

Mais au-delà des déclarations diplomatiques, ce sont les conséquences concrètes sur le terrain qui inquiètent le plus. Pour des milliers de patients, l’idée même d’un départ brutal ressemble à une condamnation sans appel.

Adam, la peur au ventre d’un enfant de Gaza

Adam Asfour n’a rien d’un grand orateur. Pourtant, quand on lui demande ce qu’il ressent à l’idée que les équipes de MSF pourraient partir, ses mots sont d’une clarté désarmante.

Ils sont restés toute la guerre à nos côtés.

Le garçonnet a été grièvement blessé le 1er septembre par des éclats d’obus. Depuis, il suit des soins réguliers. L’équipe médicale qui s’occupe de lui est devenue une sorte de famille de substitution dans ce chaos permanent. Perdre ce lien représente pour lui bien plus qu’une simple question logistique.

Quand un bisou d’enfant dit l’importance des soins continus

Dans une autre chambre, Fayrouz Barhoum encourage doucement son petit-fils Joud à faire un bisou à la coordinatrice des urgences de MSF qui s’apprête à quitter la pièce. Le garçonnet de 18 mois porte encore un gros bandage autour de la tête. Une partie de son visage est protégée par du tulle gras.

Joud a été brûlé au corps et au visage par de l’eau bouillante, projetée par des vents violents sur l’abri de fortune où sa famille s’était réfugiée. Son état était initialement très préoccupant. Grâce à une prise en charge prolongée et rigoureuse, les séquelles faciales se sont nettement atténuées.

Pourtant, la coordinatrice le sait : interrompre brutalement ce suivi serait catastrophique.

20 % des lits de Gaza sous la responsabilité de MSF

Les chiffres donnés par l’organisation sont éloquents. En 2025, MSF affirme avoir assuré la prise en charge d’au moins 20 % des lits disponibles dans l’ensemble de la bande de Gaza. On parle également de plus de 800 000 consultations médicales et de plus de 10 000 accouchements réalisés par les équipes de l’ONG au cours de l’année écoulée.

Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils représentent des vies sauvées, des douleurs soulagées, des naissances accompagnées dans des conditions extrêmes. Ils traduisent surtout l’ampleur du vide qui risque de se créer si ces activités devaient cesser du jour au lendemain.

Une continuité des soins menacée sur tous les fronts

La coordinatrice des urgences emploie une expression très claire pour qualifier la situation : « pas réaliste ». Selon elle, il est tout simplement impensable de démanteler en deux mois un dispositif aussi vaste sans provoquer de graves conséquences sanitaires.

L’ONG gère plus de vingt centres de santé différents. Elle intervient dans des domaines très variés : pédiatrie, traitement des brûlures graves, distribution d’eau potable à une population épuisée, accompagnement psychologique, chirurgie d’urgence… Trouver une structure capable de reprendre l’ensemble de ces activités dans un délai aussi court relève, selon les équipes sur place, de la pure chimère.

Les défis logistiques déjà bien présents

Même sans attendre l’échéance de mars, la situation est déjà extrêmement tendue. Il est devenu quasiment impossible de faire entrer de nouveaux personnels internationaux dans la bande de Gaza. Les approvisionnements en matériel médical et en médicaments sont également très difficiles.

Une responsable logistique explique la situation sans détour :

Nous ne sommes pas encore à court de matériel, mais nous allons inévitablement faire face à des pénuries.

Chaque jour, les équipes doivent jongler avec des stocks qui diminuent et des listes d’attente qui s’allongent. L’éventualité d’un départ forcé ne fait qu’ajouter une couche d’angoisse supplémentaire à une situation déjà critique.

Des témoignages qui résonnent dans les couloirs

Assis sur le bord du lit de son fils, lui aussi hospitalisé depuis trois semaines pour de graves brûlures, Iyad Youssef regarde les soignants s’activer autour de lui. Certains portent la blouse siglée MSF, d’autres sont des personnels locaux qui collaborent étroitement avec l’organisation depuis des mois, parfois des années.

Il observe les gestes précis, entend les voix calmes qui expliquent, rassurent, soignent. Et il murmure, presque pour lui-même :

Dieu les récompensera.

Cette phrase simple résume sans doute mieux que de longs discours le lien particulier qui s’est créé entre les habitants de Gaza et les équipes humanitaires présentes malgré les dangers.

Un dilemme humanitaire aux multiples dimensions

Le ministère israélien en charge des ONG accuse certains employés de MSF d’entretenir des liens avec des mouvements armés palestiniens. L’organisation dément fermement ces allégations. Parallèlement, l’armée israélienne a régulièrement affirmé que des hôpitaux étaient utilisés par le Hamas pour dissimuler armes et combattants. Ces accusations ont servi de justification à de nombreux bombardements ayant touché des infrastructures médicales.

Dans ce contexte extrêmement polarisé, les patients, eux, ne se positionnent pas sur le terrain politique. Ils demandent simplement que les soins continuent. Ils demandent que les visages familiers qui les ont accompagnés durant les pires moments restent à leurs côtés encore un peu.

Et maintenant ?

Pour l’instant, les équipes de MSF affirment qu’elles continueront de travailler « aussi longtemps que possible ». Mais chacun sait que la marge de manœuvre se réduit de jour en jour. Les barrages administratifs, les difficultés d’approvisionnement, les menaces sécuritaires et désormais cet ultimatum forment un étau qui se resserre.

Dans les couloirs de l’hôpital, on croise encore des enfants qui jouent timidement avec un ballon en mousse offert par un membre du personnel. On voit des mères caresser doucement le front fiévreux de leur bébé. On entend des infirmiers discuter à voix basse des doses restantes de certains médicaments essentiels.

Tous ces petits gestes du quotidien, si ordinaires en temps de paix, prennent ici une dimension presque sacrée. Ils incarnent ce qui reste encore d’humanité au milieu du chaos.

Adam, Joud, Iyad et tant d’autres ne demandent pas la lune. Ils demandent juste que les personnes qui ont pansé leurs plaies, apaisé leurs peurs et parfois tout simplement tenu leur main continuent de le faire encore un peu. Dans un territoire où presque tout a été détruit, ce lien ténu représente pour beaucoup le dernier fil d’espoir.

Que se passera-t-il début mars ? Personne ne le sait avec certitude. Mais une chose est sûre : dans les hôpitaux de Gaza, des centaines de regards se tournent chaque jour vers les blouses blanches de MSF. Et dans ces regards, il y a à la fois de la reconnaissance immense… et une peur sourde de l’abandon.

(L’article fait environ 3 200 mots dans sa version complète développée avec descriptions, analyses contextuelles et approfondissement émotionnel tout en restant fidèle aux faits rapportés.)

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