Les relations diplomatiques entre l’Allemagne et Israël traversent une zone de turbulences concernant l’acheminement de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza. Tobias Lindner, ministre adjoint allemand aux Affaires étrangères, a vivement critiqué l’attitude israélienne, affirmant sans détour qu’Israël n’avait « aucune excuse » pour empêcher le passage de l’aide.
Cette prise de position tranchée intervient à la veille d’une conférence internationale sur Gaza organisée au Caire. L’Allemagne, par la voix de son représentant, somme Israël de « tenir enfin ses promesses de fluidifier l’aide humanitaire vers Gaza et d’accorder un accès humanitaire suffisant à tout moment ». Une injonction qui résonne comme un ultimatum lancé à l’État hébreu.
Le droit international humanitaire comme ligne rouge
Pour étayer son propos, Tobias Lindner invoque le droit international humanitaire, arguant que le droit d’Israël à la légitime défense trouvait « ses limites » dans ce corpus juridique. Une manière de rappeler à l’ordre un allié historique, sans pour autant remettre en cause le soutien de fond de l’Allemagne à Israël, comme en témoignent les récentes livraisons d’armes allemandes.
Annalena Baerbock, ministre des Affaires étrangères, avait déjà haussé le ton début novembre, accusant Israël d’échapper « constamment » à ses engagements vis-à-vis de Gaza. Berlin cherche un équilibre diplomatique de plus en plus précaire, tiraillé entre un soutien indéfectible à Israël et une volonté d’apparaître comme un acteur respectueux du droit international dans le conflit israélo-palestinien.
L’Unrwa suspend ses livraisons
Sur le terrain, les conséquences de ce bras de fer diplomatique sont déjà tangibles. L’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a annoncé la suspension de ses livraisons d’aide vers Gaza depuis un point de passage clé contrôlé par Israël, jugeant l’acheminement devenu « impossible » dans ces conditions.
Une décision lourde de sens dans un contexte humanitaire déjà critique. Selon le ministère de la Santé du Hamas à Gaza, le bilan des victimes dans le territoire palestinien s’élève désormais à 44.429 morts depuis le début de la guerre avec Israël il y a plus d’un an. Un conflit qui a aussi fait 1.207 victimes côté israélien, en majorité des civils.
Vers une désescalade ?
Malgré les critiques allemandes et l’enlisement de la situation humanitaire à Gaza, quelques signes d’espoir percent à l’horizon diplomatique. Annalena Baerbock avait salué récemment l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah au Liban, y voyant « un rayon d’espoir pour la région toute entière ».
Cependant, Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden, tempère les attentes quant à une désescalade rapide sur le front israélo-palestinien. « Nous n’y sommes pas encore », a-t-il déclaré au sujet d’un potentiel cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza, malgré une « dynamique favorable ».
Le chemin vers la paix au Proche-Orient reste semé d’embûches, et l’acheminement de l’aide humanitaire s’impose comme un enjeu crucial pour épargner de nouvelles souffrances aux populations. Un défi diplomatique et logistique de taille pour la communauté internationale, dans une région où les plaies des conflits peinent à cicatriser.