La pression monte pour la réouverture complète de Rafah
Dans un communiqué officiel, le mouvement islamiste palestinien a réclamé une transition rapide vers la deuxième phase de la trêve parrainée par les États-Unis. Cette étape prévoit explicitement l’ouverture bidirectionnelle du poste-frontière de Rafah et la mise en place effective du Comité national chargé de l’administration de Gaza. Cette demande intervient alors que la situation humanitaire sur place reste catastrophique après plus de deux ans de conflit intense.
Le passage de Rafah représente bien plus qu’un simple point de contrôle frontalier. Il constitue la porte vitale pour l’entrée de biens essentiels, l’évacuation de blessés graves et les déplacements familiaux. Sa fermeture prolongée accentue la souffrance quotidienne des habitants, déjà confrontés à des destructions massives, à des pénuries alimentaires et à un système de santé au bord de l’effondrement.
Contexte du cessez-le-feu et contrôle israélien sur le terrain
Le cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre, marquant une pause tant attendue après l’escalade déclenchée par l’attaque du 7 octobre 2023. Pourtant, la mise en œuvre reste partielle et contestée. L’armée israélienne maintient une présence significative dans le sud de la bande de Gaza, derrière une ligne dite jaune qui divise le territoire et place Rafah sous son contrôle direct depuis le repli initial.
Cette configuration géographique complique toute ouverture du passage. Israël a consenti lundi à une réouverture limitée, réservée aux piétons et soumise à des inspections strictes, mais uniquement après le rapatriement des restes du dernier otage israélien, Ran Gvili. Ces restes ont été exhumés en début de semaine dans un cimetière du nord de Gaza et inhumés en Israël mercredi. Malgré cela, aucune date précise n’a été confirmée pour la réouverture.
Les autorités israéliennes insistent sur la nécessité de mécanismes de sécurité renforcés, arguant que toute facilitation doit exclure des risques pour leur territoire. Cette position alimente les frustrations côté palestinien, où l’on perçoit un retard volontaire dans l’application des engagements pris.
Les accusations mutuelles de violations de la trêve
Le Hamas dénonce un mépris flagrant pour l’accord de cessez-le-feu. Selon le communiqué, les bombardements persistants sur diverses zones de Gaza et les opérations de démolition en cours témoignent d’un entêtement à ne pas respecter les obligations contractées. Ces actions, selon le mouvement, contredisent l’esprit de la trêve et prolongent inutilement la crise humanitaire.
De son côté, Israël pointe des incidents récurrents qui justifient sa prudence. Par exemple, l’armée a récemment annoncé avoir éliminé trois individus qualifiés de terroristes près de Rafah, sortis d’un tunnel, illustrant la persistance de menaces potentielles malgré le calme relatif. Ces échanges d’accusations créent un climat de suspicion permanente, rendant chaque avancée diplomatique extrêmement fragile.
« Nous demandons une transition immédiate vers la deuxième phase qui prévoit l’ouverture du point de passage de Rafah dans les deux sens et l’autorisation pour le Comité national de travailler dans la bande de Gaza. »
Cette citation extraite du communiqué du Hamas résume l’urgence exprimée. Elle appelle également les médiateurs – Égypte, États-Unis, Qatar et Turquie – à intensifier leurs pressions sur le Premier ministre israélien pour empêcher tout blocage supplémentaire.
L’attente humanitaire : un enjeu vital pour la population
La population de Gaza, les agences onusiennes et les organisations non gouvernementales internationales scrutent avec anxiété tout signe de mouvement à Rafah. Le territoire a subi des destructions massives : infrastructures effondrées, hôpitaux saturés, écoles en ruines. L’aide humanitaire, bien que accrue depuis le cessez-le-feu, peine à répondre aux besoins colossaux en raison des restrictions logistiques et des dommages aux routes.
Une ouverture complète permettrait non seulement l’entrée massive de denrées, de carburant et de matériel médical, mais aussi les sorties pour des traitements à l’étranger ou des regroupements familiaux. Pour beaucoup, ce passage représente l’espoir d’une vie un peu moins asphyxiée, loin des cycles de violence qui ont marqué les dernières années.
Les habitants expriment un mélange d’espoir et de scepticisme. Certains se préparent à un retour possible depuis l’Égypte, où des milliers ont fui, mais sans domicile intact à retrouver. D’autres craignent que les restrictions israéliennes limitent durablement les flux, transformant une réouverture promise en mesure symbolique.
Rôle des médiateurs et perspectives de la deuxième phase
Les États garants de l’accord portent une responsabilité accrue. L’Égypte, voisine directe, a toujours plaidé pour une fluidité maximale à Rafah. Les États-Unis, principaux artisans du plan, poussent pour une implémentation rapide de la phase deux, qui inclut des mesures plus structurelles vers une stabilisation durable.
Le Comité national, entité technocratique mise en place dans ce cadre, attend son déploiement effectif. Son entrée en Gaza dépend directement de l’accès via Rafah. Sans cela, toute tentative de gouvernance alternative reste théorique, laissant le terrain à des tensions persistantes entre acteurs locaux.
La transition vers cette phase pourrait marquer un tournant, avec un désengagement progressif des forces et une normalisation relative. Mais les incidents quotidiens, comme les opérations militaires limitées, rappellent que la paix reste précaire. Chaque jour sans ouverture complète prolonge la souffrance et nourrit le ressentiment.
Impacts sur la vie quotidienne à Gaza
Derrière les déclarations politiques, ce sont les réalités concrètes qui pèsent le plus lourd. Les familles attendent des médicaments introuvables localement. Les entrepreneurs espèrent des importations pour relancer une économie exsangue. Les étudiants rêvent de poursuivre leurs études ailleurs. Rafah fermé, c’est tout cela qui reste en suspens.
Les organisations humanitaires soulignent que l’hiver aggrave les besoins : abris de fortune dévastés par les tempêtes, risques sanitaires accrus. Une ouverture bidirectionnelle permettrait une rotation plus fluide du personnel médical international et des convois d’urgence.
- Accès à des soins spécialisés indisponibles sur place
- Importation accélérée de nourriture et d’eau potable
- Évacuation de blessés et malades graves
- Regroupements familiaux séparés depuis des années
- Retour progressif de déplacés depuis l’Égypte
Ces points illustrent l’urgence perçue par le Hamas et partagée par une grande partie de la communauté internationale. Sans progrès rapide, le risque de déstabilisation accrue persiste.
Vers une sortie de crise durable ?
La réouverture de Rafah n’est qu’une étape parmi d’autres dans un processus complexe. Elle symbolise pourtant la volonté réelle de passer de la trêve à une paix plus solide. Les appels répétés du Hamas visent à forcer une accélération, mais ils soulignent aussi la fragilité globale de l’accord.
Les prochains jours seront décisifs. Si l’ouverture limitée promise se concrétise rapidement, elle pourrait ouvrir la voie à des discussions plus larges. Sinon, les tensions risquent de s’exacerber, avec des conséquences imprévisibles pour toute la région.
La bande de Gaza mérite un horizon moins sombre. L’ouverture de Rafah, même partielle au départ, pourrait insuffler un espoir concret aux habitants épuisés par des années de conflit. Reste à voir si les engagements seront tenus et si la pression diplomatique portera ses fruits.









