Imaginez-vous en pleine nuit, au milieu de l’océan Atlantique, à seulement quelques milles des côtes gabonaises. Le bruit des vagues contre la coque, le ronronnement discret du moteur… et soudain, des silhouettes armées surgissent de l’obscurité. En quelques minutes, neuf vies basculent dans l’angoisse. C’est exactement ce qui s’est produit dans la nuit du samedi au dimanche dernier au large de Libreville.
Une attaque éclair qui rappelle de douloureux souvenirs
Le chalutier IB Fish 7, un navire battant pavillon gabonais, était paisiblement occupé à ses activités de pêche lorsqu’il a été pris pour cible. Situé à environ sept milles nautiques au sud-ouest d’Ekwata, dans les eaux territoriales du Gabon, il n’a pas pu échapper à l’assaut. Trois individus armés ont rapidement pris le contrôle du bateau.
Neuf membres d’équipage ont été enlevés dans cette opération d’une violence soudaine. Parmi eux, cinq ressortissants chinois et quatre Indonésiens. Les ravisseurs ont ensuite abandonné le navire avec les six autres marins encore à bord : des ressortissants indonésiens, chinois et burkinabè.
Les autorités gabonaises réagissent rapidement
Grâce à une mobilisation efficace, le ministère de la Défense a annoncé que le chalutier avait été localisé dans les heures qui ont suivi l’attaque. Une escorte militaire a ensuite ramené le navire jusqu’au port de Libreville, permettant aux marins restants de regagner la terre ferme en sécurité.
Une enquête judiciaire a été immédiatement ouverte par le parquet de la capitale. Les autorités cherchent à comprendre les motivations des assaillants, leur provenance et surtout à retrouver au plus vite les neuf otages.
Un mode opératoire qui interroge
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la rapidité et la précision de l’opération. Seulement trois hommes armés ont suffi pour neutraliser l’équipage et procéder aux enlèvements sélectifs. Ce choix de ne pas prendre tout le monde à bord pourrait indiquer plusieurs hypothèses :
Une volonté de limiter le nombre de personnes à gérer pendant la fuite ? Une connaissance préalable des nationalités présentes à bord ? Ou simplement une question de place disponible sur l’embarcation des pirates ?
Ces questions restent pour l’instant sans réponse, mais elles alimentent les spéculations dans les milieux maritimes de la région.
Le Golfe de Guinée : un espace toujours vulnérable
Le Golfe de Guinée reste l’une des zones maritimes les plus complexes au monde sur le plan sécuritaire. Cette vaste étendue d’eau, qui s’étend sur plusieurs milliers de kilomètres le long des côtes ouest-africaines, constitue un axe stratégique majeur.
On y trouve :
- Les principaux ports pétroliers d’Afrique de l’Ouest
- Des routes commerciales reliant l’Europe, l’Amérique et l’Asie
- Une intense activité de pêche industrielle
- De nombreux navires de commerce transportant hydrocarbures, gaz et marchandises diverses
Cette richesse attire malheureusement aussi les groupes criminels organisés. Même si la tendance globale de la piraterie est à la baisse ces dernières années, les incidents restent réguliers et préoccupants.
Une baisse réelle mais fragile
Les observateurs spécialisés dans la sécurité maritime notent une diminution significative des actes de piraterie depuis plusieurs années. Cette amélioration résulte principalement des efforts conjugués de plusieurs acteurs :
- Les marines nationales des pays riverains, qui ont renforcé leurs patrouilles
- Les coopérations régionales entre États côtiers
- L’appui technique et opérationnel de plusieurs pays européens
- Le développement de centres de coordination et d’alerte régionaux
Malgré ces progrès indéniables, 26 événements liés à la piraterie et au brigandage ont encore été recensés dans le Golfe de Guinée rien qu’en 2024. Ce chiffre, bien qu’en baisse, rappelle que la menace n’a pas disparu.
Les pêcheurs, cibles récurrentes
Les chalutiers industriels, souvent équipés de technologies modernes et employant une main-d’œuvre étrangère, constituent des cibles de choix. Ces navires se trouvent fréquemment en mer pendant de longues périodes, loin des zones les mieux surveillées.
Les équipages multinationaux (Chinois, Indonésiens, Philippins, Vietnamiens, Burkinabè…) représentent aussi une valeur marchande importante pour les ravisseurs, qui espèrent obtenir des rançons conséquentes de la part des compagnies de pêche ou des gouvernements concernés.
Un précédent inquiétant datant de février 2025
Il y a moins d’un an, une autre attaque similaire avait déjà frappé la même zone. Trois marins avaient été enlevés à bord d’un chalutier au large de Libreville. Cet incident avait alors conduit à la diffusion de recommandations officielles demandant d’éviter toute navigation de plaisance dans cette partie du Golfe de Guinée.
Les activités de tourisme maritime, notamment l’observation des baleines ou la pêche sportive, avaient été fortement déconseillées. La répétition de ce type d’attaque en si peu de temps soulève de sérieuses interrogations sur l’efficacité des mesures de prévention mises en place.
Quelles conséquences pour l’industrie de la pêche ?
La pêche industrielle représente une part importante de l’économie gabonaise. Le pays cherche à développer ce secteur tout en attirant des investisseurs étrangers, notamment asiatiques. Les attaques à répétition risquent cependant de refroidir les ardeurs.
Les compagnies de pêche doivent désormais prendre en compte ces risques accrus dans leurs calculs économiques. Les primes d’assurance flambent, les équipages deviennent plus difficiles à recruter et la confiance des investisseurs étrangers peut être entamée.
Vers une nouvelle escalade ?
La question que tout le monde se pose aujourd’hui est simple : assiste-t-on à un regain d’activité des groupes criminels dans cette zone ? Ou s’agit-il d’incidents isolés qui viennent rappeler que, malgré les progrès, la vigilance reste de mise ?
Les autorités gabonaises ont montré une réactivité appréciable dans la gestion immédiate de la crise. Mais la libération rapide et saine et sauve des neuf marins enlevés constitue désormais le véritable défi. Chaque jour qui passe augmente l’inquiétude des familles et des compagnies concernées.
La communauté internationale reste attentive
Les enlèvements de marins étrangers, surtout lorsqu’ils concernent des ressortissants chinois ou indonésiens, attirent généralement l’attention des grandes puissances maritimes. Pékin et Jakarta suivent très probablement l’évolution de la situation de très près.
Les deux pays ont déjà démontré par le passé leur volonté d’intervenir diplomatiquement, voire militairement, pour protéger leurs ressortissants en cas de prise d’otages en mer.
Un appel à la prudence renforcé
Cet événement tragique vient rappeler à tous les acteurs de la zone l’importance cruciale de la vigilance. Les recommandations de prudence émises après l’attaque précédente restent plus que jamais d’actualité :
- Éviter les navigations de plaisance non indispensables
- Signaler immédiatement toute présence suspecte aux autorités
- Maintenir une veille radio permanente sur les fréquences de détresse
- Appliquer strictement les protocoles de sécurité à bord
- Privilégier les zones mieux protégées pour les activités de pêche
La sécurité maritime dans le Golfe de Guinée constitue un défi permanent qui exige une coopération sans faille entre tous les acteurs concernés : États côtiers, compagnies maritimes, marines étrangères et centres de coordination régionaux.
En attente de nouvelles
Pour l’instant, l’essentiel reste bien évidemment la libération rapide et sans dommage des neuf marins enlevés. Leurs familles, leurs collègues et les compagnies qui les emploient vivent des heures très difficiles.
Chaque nouvelle information est scrutée avec attention. Espérons que les prochains jours apporteront des nouvelles positives et que cet incident, aussi dramatique soit-il, permettra de renforcer encore davantage les mécanismes de prévention et de réaction dans cette zone maritime stratégique.
La lutte contre la piraterie et le brigandage en mer n’est jamais terminée. Elle demande une mobilisation constante et une adaptation permanente face à des menaces qui évoluent sans cesse.
Le Gabon, comme ses voisins, sait que la sécurité de ses eaux territoriales constitue à la fois un enjeu économique majeur et une question de souveraineté nationale. L’avenir de cette région dépendra en grande partie de la capacité collective à relever ce défi permanent.









