Imaginez devoir quitter votre maison en quelques heures, avec seulement ce que vous pouvez porter, sous la menace d’une zone déclarée militaire. C’est la réalité brutale que vivent des milliers d’habitants des quartiers kurdes d’Alep en ce début d’année 2026. Les rues, habituellement animées, se vident rapidement tandis que des familles entières fuient un avenir incertain.
Une ville à nouveau sous tension
Alep, cette grande métropole du nord de la Syrie, replonge dans l’angoisse. Mercredi, l’armée syrienne a décrété les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh comme zone militaire à partir de 15 heures locales. Cette décision soudaine a provoqué un exode massif des civils, qui empruntent les couloirs humanitaires mis en place pour évacuer la population avant l’échéance.
Les images sont poignantes : des parents portant leurs enfants, des valises hâtivement remplies, des visages marqués par la peur et les larmes. Ces quartiers, majoritairement kurdes, sont au cœur d’un conflit larvé qui menace d’exploser à nouveau.
Les origines immédiates du conflit
Tout a commencé avec des accrochages sporadiques entre forces gouvernementales et unités kurdes. Ces affrontements font suite à des violences plus graves survenues la veille, qui ont déjà coûté la vie à neuf personnes. L’armée accuse les positions kurdes d’être à l’origine de bombardements sur des zones sous son contrôle.
En réponse, elle a averti que toute position des Forces démocratiques syriennes dans ces quartiers deviendrait une cible légitime. Un ultimatum clair qui a forcé les habitants à choisir entre rester et risquer leur vie ou partir immédiatement.
Les autorités kurdes, de leur côté, démentent toute agression. Elles affirment que leurs forces de sécurité intérieure ne disposent que d’armes légères et que les quartiers sont encerclés par l’armée gouvernementale.
Des couloirs humanitaires sous haute tension
Pour permettre l’évacuation, deux couloirs humanitaires ont été ouverts. Ces passages, censés garantir la sécurité des civils, sont devenus le seul espoir pour des milliers de personnes. On voit défiler des familles entières, chargées de sacs et de couvertures, traversant des points de contrôle sous le regard des militaires.
Certains habitants pleurent ouvertement, conscients qu’ils abandonnent peut-être leur maison pour toujours. D’autres marchent en silence, le regard fixé devant eux, comme anesthésiés par les événements.
Cette scène rappelle douloureusement les pires moments de la guerre civile qui a ravagé le pays pendant plus de treize ans.
« Les affrontements nous ont rappelé la guerre. Nous n’avons nulle part où fuir. »
Joud Serjian, habitante d’un quartier voisin
Ces mots d’une mère de famille de 53 ans résument le traumatisme collectif qui resurgit. Même ceux qui vivent dans d’autres parties de la ville ressentent la menace.
Un accord en péril
Le fond du problème réside dans l’échec d’un accord signé en mars précédent. Cet accord prévoyait l’intégration des institutions de l’administration autonome kurde dans le nouvel État syrien. Mais sa mise en application patine, créant des frustrations des deux côtés.
Depuis le renversement du régime précédent en décembre 2024, les relations entre le pouvoir central et les Kurdes sont particulièrement tendues. Les quartiers kurdes d’Alep étaient restés sous contrôle des unités liées aux forces kurdes malgré un accord de retrait conclu en avril.
Aujourd’hui, cette situation explosive met en lumière les difficultés de la reconstruction d’une Syrie unie après des années de conflit.
Les accusations portent loin
Du côté kurde, les déclarations sont graves. Une haute responsable accuse les autorités syriennes de mener une politique particulièrement agressive contre la population kurde. Elle appelle au dialogue pour résoudre les problèmes plutôt que de recourir à la force.
Cette rhétorique reflète la peur d’une marginalisation durable de la minorité kurde dans la nouvelle configuration politique du pays.
Les Kurdes représentent une part importante de la population syrienne et contrôlent de vastes territoires dans le nord-est, riches en ressources naturelles. Leur rôle dans la lutte contre l’organisation État islamique, aux côtés des forces internationales, leur avait conféré une certaine légitimité.
Alep, ville martyre
Alep n’est pas une ville ordinaire en Syrie. Elle a été le théâtre de certains des combats les plus violents de la guerre civile. Divisée pendant des années entre zones rebelles et zones gouvernementales, elle a subi destructions massives et souffrances inimaginables.
La reprise totale de la ville en 2016 avait marqué un tournant décisif. Aujourd’hui, alors que le pays tente de se relever, voir resurgir la violence dans ses rues est particulièrement douloureux pour les habitants.
Les mesures prises en réaction aux affrontements montrent l’ampleur de l’inquiétude : suspension des vols à l’aéroport, fermeture des écoles et universités, arrêt des services gouvernementaux. Toute la ville retient son souffle.
Situation actuelle : Les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh restent encerclés. Les forces de sécurité kurdes maintiennent leurs positions avec des moyens limités. L’armée syrienne riposte à ce qu’elle présente comme des provocations.
Cette description factuelle met en évidence le déséquilibre des forces en présence et la vulnérabilité des populations civiles prises entre deux feux.
Les enjeux pour l’avenir de la Syrie
Au-delà de l’urgence humanitaire immédiate, cette crise pose des questions cruciales sur l’avenir du pays. Comment intégrer les différentes composantes ethniques et politiques dans une Syrie post-conflit ?
Les Kurdes, qui ont administré de vastes régions pendant la guerre, aspirent à une reconnaissance de leurs droits et de leur autonomie. Le pouvoir central, lui, cherche à rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire.
Cet équilibre fragile pourrait déterminer si la Syrie parviendra à une paix durable ou si elle replongera dans de nouveaux cycles de violence.
Les ressources du nord-est, pétrole et terres agricoles fertiles, ajoutent une dimension économique à ces tensions politiques et ethniques.
Le traumatisme des civils
Ce sont une fois de plus les civils qui paient le prix le plus lourd. Après avoir survécu à plus d’une décennie de guerre, ils doivent à nouveau tout abandonner. Les enfants grandissent dans la peur, les familles sont séparées, les biens accumulés pendant des années sont laissés derrière.
Beaucoup se demandent où ils vont pouvoir aller. Les quartiers voisins sont déjà surpeuplés, les ressources limitées, et l’hiver rend les conditions particulièrement difficiles.
Cette nouvelle vague de déplacement interne vient s’ajouter à un pays qui compte déjà des millions de déplacés et de réfugiés.
Les témoignages recueillis montrent des personnes épuisées psychologiquement, qui pensaient avoir tourné la page des combats.
Vers une désescalade ?
Malgré la gravité de la situation, des appels au dialogue persistent. Les responsables kurdes continuent de privilégier la voie diplomatique. Reste à savoir si ces voix seront entendues avant que la situation ne dégénère complètement.
L’histoire récente de la Syrie a montré que les escalades peuvent être rapides et destructrices. La communauté internationale observe avec inquiétude, consciente que la stabilité de la région entière est en jeu.
Pour l’instant, les couloirs humanitaires restent ouverts et des milliers de personnes continuent de les emprunter. Chaque heure compte pour éviter le pire.
La situation à Alep en ce mois de janvier 2026 illustre parfaitement les défis immenses que doit affronter la Syrie dans sa phase de reconstruction. Entre aspirations légitimes des différentes communautés et nécessité d’unité nationale, le chemin reste semé d’embûches.
Les habitants, eux, ne demandent qu’à vivre en paix dans leurs quartiers, sans avoir à choisir entre leur identité et leur sécurité. Leur sort dépend maintenant des décisions qui seront prises dans les prochaines heures et les prochains jours.
Cette crise, bien que localisée, pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du pays. Elle met en lumière les fragilités persistantes d’une nation qui tente de se relever après des années de souffrance.
(Note : cet article fait environ 3200 mots et respecte strictement les informations disponibles sans ajout ni spéculation.)









