Escalade des frappes de drones au cœur du conflit soudanais
Le conflit qui oppose l’armée soudanaise aux paramilitaires des FSR entre dans une phase où les drones jouent un rôle central. Ces engins sans pilote permettent aux deux camps de mener des opérations à distance, touchant des zones difficiles d’accès et compliquant davantage la vie des civils pris entre deux feux.
Dans l’ouest du pays, la région du Darfour reste un foyer de tensions extrêmes. Après la chute d’El-Fasher fin octobre, les FSR ont consolidé leur contrôle sur plusieurs capitales provinciales. Cette avancée a permis aux paramilitaires de rediriger leurs efforts vers d’autres fronts, tout en maintenant une pression constante sur les positions adverses.
Frappes sur Zalingei, bastion des FSR au Darfour-Centre
La ville de Zalingei, chef-lieu de l’État du Darfour-Centre, a été visée par des frappes de drones. Des témoins oculaires ont décrit des colonnes de fumée et des flammes s’élevant d’un bâtiment touché. Une source militaire a indiqué qu’il s’agissait d’un entrepôt appartenant aux FSR.
Zalingei fait partie des cinq capitales du Darfour tombées sous le contrôle des paramilitaires suite à la perte d’El-Fasher par l’armée. Cette région, immense et comparable en taille à la France, est devenue un enjeu majeur dans la stratégie des FSR. Les frappes récentes montrent que l’armée tente de contester cette emprise, même si les gains territoriaux restent limités pour l’instant.
Les civils de Zalingei vivent dans une atmosphère de tension permanente. Les explosions soudaines rappellent que la guerre ne connaît pas de répit, même loin des lignes de front principales. Chaque attaque renforce le sentiment d’insécurité et pousse davantage de familles à envisager la fuite.
Attaque de drone sur Dilling, dans le sud du pays
Plus à l’est, la ville de Dilling, située dans le Kordofan-Sud, a également été touchée par une frappe de drone. Le bâtiment abritant l’agence gouvernementale de l’aide humanitaire a été visé, selon une source militaire. L’ampleur exacte des dégâts n’a pas été précisée, mais cet incident illustre la vulnérabilité des infrastructures civiles.
Dilling a récemment été libérée d’un long siège imposé par les FSR. Fin janvier, l’armée a revendiqué la rupture de cet encerclement, ouvrant des axes d’approvisionnement autour de la ville. Cette avancée permet désormais aux forces régulières de progresser vers Kadougli, située à environ 130 kilomètres au sud.
Ces opérations militaires s’accompagnent malheureusement de représailles. Les frappes de drones sur des sites humanitaires risquent d’entraver l’arrivée d’aide vitale dans une zone déjà en proie à une crise alimentaire aiguë.
La situation humanitaire catastrophique au Kordofan-Sud
Le Kordofan-Sud, frontalier avec le Soudan du Sud, est décrit comme la ligne de front la plus dangereuse et la plus négligée du pays. Jan Egeland, Secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés, a alerté sur la gravité de la situation après une visite dans la région.
« Des villes entières sont affamées, forçant des familles à fuir sans rien. »
Jan Egeland
À Kadougli, capitale de l’État, la famine a été officiellement déclarée. Environ 80 % de la population, soit quelque 147 000 personnes, ont fui les violences et la faim. Ces déplacements forcés durent souvent des jours, voire des semaines, marqués par la faim, les vols, les intimidations et les violences.
Une fois arrivées à destination, les familles se retrouvent dans des conditions précaires : elles dorment à même le sol ou dans des abris surpeuplés. Les produits de première nécessité manquent cruellement, aggravant les risques de maladies et de mortalité.
Le rôle croissant des drones dans la guerre
Depuis le début du conflit, les deux parties ont intensifié l’usage des drones. Ces armes permettent de frapper à distance, de contourner les défenses terrestres et d’atteindre des cibles stratégiques ou logistiques. Les FSR, en particulier, ont développé cette capacité après avoir consolidé leur contrôle sur le Darfour.
La région du Kordofan, vaste et riche en ressources comme le pétrole et l’or, est devenue un objectif prioritaire pour les paramilitaires. Cette zone agro-pastorale offre des opportunités économiques, mais aussi des routes d’approvisionnement cruciales.
L’armée, de son côté, utilise également des drones pour harceler les positions des FSR. Les frappes sur Zalingei en sont un exemple. Ce recours croissant aux technologies aériennes sans pilote transforme la nature du conflit, rendant les affrontements plus imprévisibles et plus destructeurs pour les civils.
Les craintes d’atrocités répétées au Kordofan
L’ONU a multiplié les mises en garde contre le risque de voir se reproduire au Kordofan les horreurs commises à El-Fasher. Les paramilitaires y ont été accusés de massacres, de violences sexuelles et d’enlèvements, particulièrement contre des communautés non arabes.
Avec la consolidation de leur emprise sur le Darfour, les FSR concentrent désormais leurs offensives dans le Kordofan. Cette évolution stratégique inquiète les observateurs internationaux, qui redoutent une escalade des violences ethniques et des crimes de masse.
Les populations locales vivent dans la peur constante d’une nouvelle vague d’atrocités. Les témoignages de survivants et les rapports humanitaires soulignent l’urgence d’une intervention pour protéger les civils.
Bilan humain et déplacements massifs
Près de trois ans de guerre ont causé plusieurs dizaines de milliers de morts. Environ 11 millions de personnes ont été déracinées, fuyant les combats, la faim et les persécutions.
L’ONU qualifie cette situation de pire crise humanitaire au monde. La famine, les maladies et le manque d’accès aux soins aggravent un tableau déjà dramatique.
- Plus de trois millions de déplacés sont rentrés chez eux dans certaines zones, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
- Environ 1,4 million ont regagné la capitale Khartoum, reprise par l’armée au printemps 2025.
- Le Premier ministre allié à l’armée a annoncé le retour du gouvernement à Port-Soudan, sur la mer Rouge, après plus de deux ans d’exil administratif.
Ces retours partiels contrastent avec les fuites massives dans d’autres régions. Le Kordofan-Sud illustre parfaitement cette dualité : tandis que certains zones voient un retour timide, d’autres connaissent une exode continu.
Perspectives et urgence humanitaire
Le conflit soudanais semble loin d’atteindre une résolution. Les avancées militaires alternent avec des représailles, et les civils paient le prix le plus lourd. Les organisations humanitaires appellent à un accès sans entrave pour distribuer l’aide vitale.
La communauté internationale doit redoubler d’efforts pour alerter sur cette catastrophe silencieuse. Sans pression accrue, le risque de voir le Kordofan devenir un nouveau théâtre de massacres reste élevé.
Chaque jour passé sans trêve effective prolonge les souffrances d’une population épuisée. Les frappes de drones ne sont que le symptôme visible d’une guerre qui ronge le Soudan de l’intérieur.
Les habitants du Darfour et du Kordofan méritent une paix durable. Mais pour l’instant, le ciel continue de gronder, et la terre tremble sous les impacts. La situation évolue rapidement, et chaque nouvelle journée apporte son lot de tragédies.









