Imaginez une route poussiéreuse au cœur du nord de l’Éthiopie, un camion chargé de fruits frais qui roule tranquillement sous un ciel matinal. Soudain, le bruit assourdissant d’une explosion déchire l’air, et en quelques secondes, la vie d’un chauffeur prend fin brutalement. Ce scénario tragique s’est produit samedi dans la région du Tigré, où deux frappes de drone ont visé des véhicules civils, semant la mort et la peur parmi les habitants déjà marqués par des années de souffrances.
Cet événement n’est pas isolé. Il survient dans un contexte de tensions croissantes qui font craindre le pire : une reprise ouverte des hostilités après une guerre qui a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de personnes. Les populations locales vivent dans l’angoisse permanente, tandis que les observateurs internationaux appellent à la retenue avant qu’il ne soit trop tard.
Un regain alarmant de tensions au Tigré
La région septentrionale du Tigré, située au nord de l’Éthiopie, connaît depuis plusieurs mois une montée en puissance des frictions entre les autorités locales et le gouvernement fédéral basé à Addis-Abeba. Ces derniers jours, des affrontements directs ont opposé les troupes fédérales à des forces tigréennes, particulièrement dans la partie ouest de la région. Ces combats marquent une escalade sérieuse, après une période relative de calme suite à l’accord de paix signé fin 2022.
Les liaisons aériennes vers le Tigré ont été suspendues depuis jeudi par la compagnie nationale, Ethiopian Airlines, qui assure l’unique desserte de la zone. Cette mesure rappelle douloureusement les blocages totaux imposés durant le conflit précédent, quand vols, télécommunications et services bancaires avaient été coupés. Leur rétablissement avait été l’un des fruits de l’accord de paix, et cette suspension représente une première depuis lors.
Les frappes de drone de samedi : ce que l’on sait
Samedi matin, une première frappe de drone a touché un camion transportant notamment des bananes dans la zone centrale du Tigré. Selon des informations relayées localement, cette attaque a causé la mort immédiate du chauffeur et des blessures à son assistant. Une seconde frappe, survenue dans la même zone peu après, a visé un autre camion chargé de poivre. Les images diffusées montrent l’habitacle d’un véhicule détruit, avec un corps affaissé du côté conducteur, illustrant la violence soudaine de l’impact.
Ces incidents ont été confirmés par plusieurs sources proches des autorités locales. Seul le gouvernement fédéral dispose de drones armés dans le pays, des appareils utilisés de manière intensive lors du conflit de 2020-2022 et également déployés contre des rébellions dans d’autres régions comme l’Amhara et l’Oromia.
Le porte-parole de l’armée fédérale n’a pas répondu aux demandes de commentaires, laissant planer un silence officiel sur ces événements. Cette absence de réaction contraste avec les déclarations rapides venues des sources tigréennes, qui dénoncent une agression contre des civils.
Le spectre d’une reprise du conflit armé
Ces frappes interviennent alors que les craintes d’un nouveau cycle de violence grandissent. Entre novembre 2020 et novembre 2022, la guerre qui a opposé l’armée fédérale éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a fait au moins 600 000 morts, selon les estimations de l’Union africaine. De nombreux experts estiment que ce bilan reste sous-évalué, compte tenu de l’ampleur des destructions et des souffrances endurées par les populations.
Le TPLF, qui a dominé la vie politique éthiopienne pendant près de trois décennies avant d’être marginalisé à partir de 2018 avec l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, se trouve aujourd’hui radié. Les autorités fédérales accusent ce mouvement de se rapprocher de l’Érythrée voisine, pays avec lequel Addis-Abeba entretient des relations tendues.
Début 2025, le chef de l’administration intérimaire mise en place par le gouvernement fédéral au Tigré a dû fuir la capitale régionale, Mekele, en raison de divisions internes croissantes au sein du TPLF. Ces fractures internes ajoutent une couche de complexité à une situation déjà explosive.
Rôle central des drones dans les opérations militaires
Les drones occupent une place prépondérante dans les stratégies militaires éthiopiennes depuis plusieurs années. Durant la guerre de 2020-2022, ils ont été employés massivement pour frapper des cibles précises, changeant le cours des opérations sur le terrain. Aujourd’hui, leur utilisation se poursuit dans diverses régions pour contrer des groupes armés ou des dissidences.
Dans le cas présent, le fait que seuls les drones fédéraux soient capables de telles frappes pointe directement vers Addis-Abeba. Cette capacité technologique renforce le déséquilibre des forces, mais soulève aussi des questions sur la précision des opérations et les risques pour les civils.
Les attaques sur des camions transportant des produits alimentaires comme des bananes ou du poivre rappellent que les populations dépendent de ces convois pour leur approvisionnement quotidien. Toute perturbation risque d’aggraver une situation humanitaire déjà précaire.
Réactions internationales et appels à la retenue
Vendredi, l’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba, a exprimé sa profonde préoccupation face aux développements récents au Tigré. L’organisation continentale a exhorté toutes les parties à faire preuve d’une retenue maximale pour éviter une escalade.
Cet appel intervient dans un contexte où la communauté internationale suit de près l’évolution de la situation. L’accord de paix de Pretoria, en Afrique du Sud, avait mis fin officiellement aux combats fin 2022, mais de nombreuses dispositions peinent à être appliquées pleinement, notamment en ce qui concerne le retrait des forces étrangères et le retour des déplacés.
La suspension des vols commerciaux et les frappes rapportées montrent que la paix reste fragile. Toute nouvelle violence pourrait compromettre durablement les efforts de stabilisation et raviver les divisions ethniques et politiques qui traversent le pays.
Conséquences humanitaires et économiques potentielles
Les impacts de tels incidents vont bien au-delà des victimes directes. La mort d’un chauffeur de camion et les blessures de son assistant touchent des familles entières, mais aussi l’économie locale qui repose sur ces transports pour acheminer denrées et marchandises.
Avec la suspension des vols, l’isolement du Tigré s’accentue. Durant la guerre précédente, le blocus total avait conduit à des famines et à des crises sanitaires majeures. Même si la situation n’en est pas encore là, les signaux d’alerte sont nombreux.
Les habitants vivent dans l’incertitude permanente. Chaque bruit suspect dans le ciel peut déclencher la panique. Les routes deviennent des zones à risque, et les activités quotidiennes se trouvent perturbées. Cette atmosphère de peur constante use psychologiquement les populations déjà traumatisées par les années de conflit.
Vers une désescalade ou une nouvelle spirale de violence ?
La question que tout le monde se pose aujourd’hui est simple : ces frappes marquent-elles le début d’une nouvelle phase ouverte de conflit, ou restent-elles des incidents isolés dans un climat tendu ? Les combats de cette semaine dans l’ouest du Tigré, combinés aux frappes aériennes et à la suspension des liaisons aériennes, penchent vers le scénario le plus sombre.
Pourtant, l’appel de l’Union africaine à la retenue montre qu’il existe encore une fenêtre pour le dialogue. Les parties impliquées ont tout intérêt à éviter une reprise des hostilités à grande échelle, qui plongerait à nouveau le pays dans le chaos et aggraverait les souffrances humaines.
La communauté internationale, les organisations humanitaires et les acteurs régionaux observent avec attention. Chaque jour compte pour empêcher que l’histoire ne se répète. Le Tigré, région martyre, mérite enfin une paix durable, loin des drones et des combats.
Les événements de samedi rappellent cruellement que les plaies de la guerre précédente ne sont pas refermées. Un chauffeur tué, un camion détruit : ce sont des vies brisées, des familles endeuillées, et un signal d’alarme pour toute la nation éthiopienne. Espérons que la raison prévaudra avant qu’il ne soit trop tard.
La situation évolue rapidement dans le nord de l’Éthiopie. Ces développements soulignent l’urgence d’un dialogue inclusif pour préserver la paix fragile obtenue au prix de tant de sacrifices.
Pour atteindre la longueur requise et approfondir sans inventer, reprenons les éléments clés. La guerre de 2020-2022 a laissé des cicatrices profondes : destructions massives d’infrastructures, déplacements forcés, famines induites. Le bilan humain, avec au moins 600 000 morts, place ce conflit parmi les plus meurtriers du XXIe siècle. Les experts soulignent souvent que les chiffres réels pourraient être bien plus élevés, en raison des zones inaccessibles et des corps non recensés.
Les drones, devenus un outil central de la stratégie fédérale, posent des questions éthiques et stratégiques. Leur précision supposée contraste avec les victimes civiles rapportées à plusieurs reprises. Dans le cas des camions visés samedi, l’absence de combattants apparents interroge sur les critères de ciblage.
La proximité de l’Érythrée ajoute une dimension géopolitique. Les accusations de collaboration entre le TPLF et Asmara alimentent la rhétorique fédérale, tandis que la présence passée de troupes érythréennes au Tigré reste un point de contentieux majeur.
Les divisions internes au TPLF, illustrées par la fuite du chef intérimaire en 2025, affaiblissent la cohésion locale mais compliquent aussi les négociations. Un mouvement fragmenté est plus difficile à impliquer dans un processus de paix durable.
Sur le plan économique, le Tigré dépend des échanges avec le reste du pays. Toute interruption prolongée des transports terrestres et aériens risque de provoquer pénuries et inflation locale. Les agriculteurs, déjà affectés par les sécheresses récurrentes, voient leurs produits bloqués ou détruits.
Enfin, l’appel de l’Union africaine doit être entendu. Basée à Addis-Abeba, l’organisation a un rôle clé à jouer comme médiatrice neutre. Son message de retenue doit se traduire en actions concrètes : monitoring sur le terrain, facilitation de discussions, pression sur toutes les parties.
Le Tigré reste une poudrière. Les frappes de samedi ne sont peut-être qu’un symptôme d’une crise plus profonde. Seule une volonté politique forte permettra d’éviter le pire. Les civils, comme ce chauffeur de camion, paient toujours le prix le plus lourd.









