Le silence fragile qui régnait depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 a été une nouvelle fois brisé par le bruit assourdissant d’une explosion. Vendredi, dans le petit village de Mansouri, au sud du Liban, une frappe aérienne israélienne a visé une camionnette, tuant un homme sur le coup. Cet événement tragique n’est malheureusement pas isolé : il s’inscrit dans une série d’incidents qui continuent de secouer la région malgré la trêve officiellement en place.
À peine quelques heures plus tôt, un autre drame s’était produit dans le village de Mayfadoun. Une frappe nocturne a également coûté la vie à un habitant. Ces deux décès viennent rappeler que la paix promise reste précaire, et que les populations locales paient le prix fort d’une situation géopolitique toujours explosive.
Une trêve sous tension permanente
Depuis la fin officielle des combats entre Israël et le Hezbollah en novembre 2024, l’espoir d’une stabilisation durable avait commencé à poindre. Pourtant, la réalité sur le terrain raconte une tout autre histoire. Les frappes israéliennes n’ont jamais vraiment cessé, même si leur intensité et leur fréquence ont diminué par rapport aux mois de guerre ouverte.
Les autorités israéliennes justifient systématiquement ces opérations par la nécessité de contrer ce qu’elles présentent comme des tentatives de réarmement du Hezbollah. Pour Tel-Aviv, la menace iranienne via son allié libanais reste intacte, et toute activité suspecte justifie une réponse militaire immédiate.
Le désarmement annoncé par l’armée libanaise
Début janvier, l’armée libanaise a publiquement affirmé avoir achevé le désarmement du Hezbollah dans la zone située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani. Cette bande de terre, d’une trentaine de kilomètres de profondeur, avait été désignée comme zone prioritaire dans le cadre des accords de cessation des hostilités.
Cette annonce avait été accueillie avec un certain optimisme du côté israélien, qualifiée de « début encourageant ». Cependant, les mêmes sources ont immédiatement tempéré leurs propos en ajoutant que ces efforts restaient « loin d’être suffisants ». La méfiance persiste donc, et les actions militaires en témoignent.
Le décalage entre les déclarations officielles et la réalité des frappes pose question : comment une zone officiellement désarmée peut-elle continuer d’être la cible d’opérations aériennes régulières ? La réponse semble résider dans une divergence profonde d’appréciation des menaces et des engagements pris.
Les frappes de la veille dans la plaine de la Békaa
Jeudi, l’armée israélienne avait intensifié ses opérations bien au-delà de la zone du Litani. Des raids ont touché la plaine de la Békaa, située dans l’est du pays. Avant ces frappes, des appels à l’évacuation avaient été lancés auprès des habitants de deux localités précises.
Ces opérations dans des secteurs plus éloignés de la frontière montrent que la portée des interventions israéliennes ne se limite plus aux abords immédiats de la ligne de démarcation. Elles traduisent une stratégie plus large visant à empêcher toute reconstitution de capacités militaires dans l’ensemble du territoire libanais.
Pour les populations concernées, ces appels à évacuer suivis de bombardements créent un climat de peur permanent. Les familles se retrouvent déchirées entre rester chez elles et risquer leur vie, ou abandonner temporairement leurs biens sans savoir quand elles pourront revenir.
La Finul au cœur des nouvelles tensions
La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) se retrouve aujourd’hui directement impliquée dans l’escalade. Vendredi, elle a dénoncé un incident grave : un drone israélien aurait lancé une grenade sur des Casques bleus en mission dans un village du sud.
Ce n’est pas un cas isolé. Quelques jours plus tôt, lundi, un char israélien avait tiré à proximité immédiate de positions occupées par les forces onusiennes. La Finul parle désormais d’incidents qui deviennent « réguliers à un point inquiétant ».
La Finul rappelle à l’armée israélienne son obligation de garantir la sécurité des forces de maintien de la paix et lui demande de cesser toute activité qui les met en danger.
Cette mise en garde officielle traduit une exaspération croissante au sein de la mission internationale. Les Casques bleus, déployés depuis des décennies pour servir de tampon entre les deux pays, se retrouvent aujourd’hui dans une position particulièrement vulnérable.
Un cessez-le-feu qui tient sur un fil
Le cessez-le-feu négocié en novembre 2024 avait suscité beaucoup d’espoirs. Il prévoyait notamment le retrait des forces du Hezbollah au nord du Litani, le déploiement renforcé de l’armée libanaise et une surveillance accrue par les forces internationales. Pourtant, près de deux mois plus tard, la situation reste extrêmement volatile.
Les frappes quasi-quotidiennes, les incidents impliquant la Finul et les déclarations contradictoires sur le désarmement montrent que les fondamentaux du conflit n’ont pas été résolus. Chacune des parties conserve ses lignes rouges et ses justifications pour maintenir une pression militaire.
Pour les civils libanais du sud, cette situation crée une fatigue extrême. Vivre sous la menace permanente de frappes, voir ses villages régulièrement survolés par des drones, entendre les appels à évacuer : ces réalités quotidiennes érodent toute perspective de retour à une vie normale.
Les implications régionales plus larges
Ce qui se passe au sud du Liban ne peut être isolé du contexte régional. La relation entre Israël et le Hezbollah est intrinsèquement liée à la rivalité plus globale entre Israël et l’Iran. Chaque frappe, chaque accusation de réarmement s’inscrit dans cette confrontation indirecte qui dure depuis des décennies.
La persistance des opérations israéliennes en territoire libanais pose également la question de la souveraineté de l’État libanais. Malgré les efforts affichés de son armée pour reprendre le contrôle de zones stratégiques, la capacité réelle de Beyrouth à faire respecter son autorité reste limitée.
Du côté international, la communauté regarde avec inquiétude cette lente érosion du cessez-le-feu. Chaque incident supplémentaire risque de faire basculer la situation vers une reprise des hostilités à plus grande échelle, avec des conséquences potentiellement catastrophiques pour tout le Proche-Orient.
Le quotidien des habitants du sud
Derrière les communiqués officiels et les déclarations militaires, il y a d’abord des vies humaines bouleversées. Dans les villages touchés par les frappes, la peur est devenue une compagne quotidienne. Les écoles ferment par précaution, les agriculteurs hésitent à aller travailler dans leurs champs, les routes sont souvent désertées dès la tombée de la nuit.
Les familles qui avaient commencé à reconstruire après la guerre de 2024 se retrouvent à nouveau dans l’incertitude. Les infrastructures déjà fragiles subissent de nouveaux dommages, rendant encore plus difficile le retour à une certaine normalité.
Cette usure psychologique et matérielle des populations constitue sans doute l’un des aspects les plus préoccupants de la situation actuelle. Même si les combats de grande ampleur ne reprennent pas, le coût humain de cette « paix armée » reste extrêmement élevé.
Vers une nouvelle escalade ?
La question que tout observateur se pose aujourd’hui est simple : jusqu’où cette situation peut-elle durer sans exploser ? Chaque frappe supplémentaire, chaque incident impliquant la Finul, chaque déclaration de méfiance mutuelle ajoute une nouvelle couche de tension.
Les mécanismes prévus par le cessez-le-feu pour gérer ces incidents semblent pour l’instant insuffisants. Les canaux de communication d’urgence, les réunions tripartites, les médiations internationales : tout cela existe sur le papier, mais ne parvient pas à empêcher la répétition des incidents.
Dans ce contexte, la communauté internationale se retrouve face à un dilemme difficile. Maintenir la pression sur les deux parties pour qu’elles respectent pleinement leurs engagements, tout en évitant de provoquer l’effondrement total de la trêve fragile : l’équilibre est précaire.
Conclusion : une paix qui reste à construire
Les événements récents dans le sud du Liban viennent rappeler une vérité amère : un cessez-le-feu n’est pas une paix. Il constitue au mieux une pause, un moment de répit qui doit être mis à profit pour s’attaquer aux causes profondes du conflit.
Tant que la méfiance mutuelle restera aussi forte, tant que les capacités militaires du Hezbollah seront perçues comme une menace existentielle par Israël, et tant que les frappes continueront de rythmer le quotidien des populations, la stabilité régionale restera une illusion.
Les morts de Mansouri et de Mayfadoun, les Casques bleus pris pour cible, les villages évacués : tous ces éléments constituent autant d’appels à une véritable reprise du dialogue politique. Sans cela, le risque est grand de voir cette trêve fragile céder la place à une nouvelle spirale de violence.
Le chemin vers une paix durable reste long et semé d’embûches. Mais il passe nécessairement par le respect scrupuleux des engagements pris, par la protection effective des civils et des forces de maintien de la paix, et par une volonté politique sincère de sortir enfin du cycle infernal des représailles et des contre-représailles.
En attendant, les habitants du sud du Liban continuent de vivre au rythme des explosions lointaines, des drones qui survolent leurs maisons et des appels à évacuer qui résonnent trop souvent. Leur quotidien rappelle chaque jour que, malgré les annonces officielles, la guerre n’est jamais vraiment terminée.









