Imaginez un athlète qui, après des années au sommet de l’ultra-trail mondial, choisit de défier des distances extrêmes dans des décors à couper le souffle. François D’Haene, figure emblématique de la discipline, ne cesse de surprendre par son appétit pour l’aventure et son humilité face aux défis. En ce début de saison 2026, il pose ses valises sur deux îles françaises mythiques pour le trail : La Réunion et la Corse. Un programme qui allie puissance, réflexion et passion pure pour la course en montagne.
Un printemps sous le signe de l’ultra-distance et de la préparation minutieuse
Le traileur du Beaufortain n’a pas opté pour la facilité cette année. Après une performance remarquée à la Pierra Menta cet hiver, où il a terminé cinquième, il s’attaque à un calendrier ambitieux. Son premier grand rendez-vous ? L’Ultra Terrestre à La Réunion, une épreuve de 224 kilomètres avec pas moins de 14 300 mètres de dénivelé positif. Du 14 au 17 mai, il traversera l’île intense, du volcan aux cirques sauvages, dans une quête de sensations fortes et de montée en puissance.
Pourquoi ce choix plutôt qu’une autre course plus classique ? D’Haene explique son attirance profonde pour La Réunion, un terrain qu’il connaît bien et qui l’inspire. Il cherchait une épreuve chaleureuse, authentique, sans pression excessive, idéale pour construire les bases avant un objectif plus pointu en juillet. L’idée n’était pas de tout donner dès le départ, mais de tester son état de forme tout en préservant l’énergie pour la suite.
« Vous connaissez mon attirance pour La Réunion… Mon objectif, ce printemps, c’est vraiment de monter en puissance jusqu’au GR20. »
Cette course intrigue particulièrement le champion. Avec son passage par le Piton de la Fournaise, elle offre un côté volcanique et brut qui la distingue. Moins longue qu’un Tor des Géants, elle reste néanmoins un format XXL qui demande une gestion parfaite de l’effort sur plusieurs jours. Pour D’Haene, c’est l’occasion parfaite de se jauger sans se brûler les ailes.
L’Ultra Terrestre : une traversée complète de l’île intense
L’Ultra Terrestre n’est pas une simple course. Elle propose une traversée inédite de La Réunion, englobant des paysages variés et exigeants : le volcan actif, les cirques de Cilaos, Mafate et Salazie, sans oublier l’ascension du Piton des Neiges. Le départ est prévu à Saint-Philippe, avec une arrivée vers Saint-Denis, sur un parcours qui mélange sentiers techniques, montées raides et descentes vertigineuses.
Avec 224 km et environ 14 330 mètres de D+, cette épreuve pousse les limites de l’endurance. Les participants disposent d’un temps maximum de 82 heures pour boucler l’aventure. Pour un athlète comme D’Haene, habitué aux grands formats, c’est un terrain d’entraînement idéal avant de viser plus haut. Il y voit une opportunité de s’immerger dans un environnement chaud, loin des classiques européens, tout en profitant d’une organisation authentique.
Le traileur insiste sur l’aspect intrigant de cette course. Il en a beaucoup entendu parler et apprécie son côté non comparable à d’autres ultras plus médiatisés. Pour lui, c’est une façon de sortir des sentiers battus de l’ultra classique et de se recentrer sur l’essentiel : la nature brute et l’effort personnel.
Ce n’est pas comparable à un Tor des Géants parce que ce n’est « que » 224 kilomètres, mais c’est quand même un peu plus long qu’un format classique.
En choisissant La Réunion en mai, D’Haene anticipe également une possible absence à la Diagonale des Fous en octobre. Cette décision lui permet de structurer sa saison avec intelligence, en privilégiant la récupération et la construction progressive de sa forme.
Le GR20, une quête personnelle dix ans après le record
Après l’Ultra Terrestre, place à la Corse et au mythique GR20. François D’Haene y avait établi un record en 2016, bouclant les quelque 180 km et 14 000 mètres de dénivelé en 31 heures et 6 minutes. Dix ans plus tard, il rêve de revenir sur ce sentier légendaire, souvent qualifié de l’un des plus difficiles d’Europe.
Le GR20 traverse la Corse du nord au sud, alternant crêtes rocheuses, passages techniques et paysages alpins. Pour D’Haene, c’est bien plus qu’une course : une quête de redécouverte de ses capacités actuelles. Il se montre confiant grâce à son hiver passé sur skis, notamment à la Pierra Menta, où il a prouvé que sa forme physique, cardio-respiratoire et musculaire restait au rendez-vous.
Pourtant, il ne se voile pas la face. À dix ans de plus, les curseurs à pousser sont nombreux. Il sait que gagner 30 minutes sur son ancien temps n’est pas impossible, surtout en corrigeant les erreurs de jeunesse commises en 2016. Les conditions météo, son état du moment et la gestion de l’effort seront déterminants.
Points clés pour réussir sur le GR20 :
- Gestion optimale de la récupération entre sections techniques
- Adaptation aux variations climatiques rapides
- Concentration sur les passages exposés et rocheux
- Nutrition et hydratation adaptées à l’effort prolongé
- Mental d’acier face à la solitude des crêtes
D’Haene aborde ce défi avec sagesse. Il ne veut pas se disperser et place cette tentative au cœur de sa saison. Après juillet, il décidera de la suite en fonction de ses sensations et de sa récupération.
Retour sur une carrière riche en exploits et en réflexions
Quadruple vainqueur de l’UTMB Mont-Blanc, François D’Haene fait partie des légendes vivantes de l’ultra-trail. Son parcours illustre parfaitement l’évolution de ce sport, entre performances exceptionnelles et questionnements profonds sur sa pratique. Cette année, il choisit une coupure avec le circuit UTMB pour revenir en 2027 avec plus de fraîcheur et d’envie.
Cette stratégie reflète une maturité certaine. Plutôt que de multiplier les courses, il privilégie la qualité et l’écoute de son corps. L’Ultra Terrestre et le GR20 s’inscrivent dans cette logique : des défis personnels qui nourrissent sa passion sans le consumer.
En parallèle, il suit avec intérêt l’actualité du milieu. Le retour annoncé de Kilian Jornet à l’UTMB en août ne l’a pas surpris. Pour lui, la polémique passée autour de cette course a été surmédiatisée. Jornet, comme lui ou d’autres athlètes, n’a jamais renié la valeur de l’UTMB : sa beauté, son exigence et l’adaptation qu’elle demande.
Aucun de nous n’a jamais renié ce que représente l’UTMB : la valeur de cette course, la beauté de cet ultra, l’adaptation qu’il faut…
D’Haene voit dans les déclarations de Jornet un débat nécessaire sur l’évolution du sport. Les critiques portaient davantage sur les aspects amplifiés par l’ultra classique que sur la course elle-même. Ce retour logique permet d’ouvrir des réflexions constructives pour l’avenir de la discipline.
La préparation hivernale : des bases solides pour l’été
L’hiver de D’Haene a été marqué par un focus sur le ski-alpinisme, avec une belle prestation à la Pierra Menta. Cette expérience lui a permis de renforcer son endurance musculaire et cardiovasculaire. Transposer ces gains sur la course à pied reste un challenge, mais il se montre optimiste.
À 10 ans d’écart, le corps change, et les ajustements sont nécessaires. Moins de bêtises, plus de sagesse dans la gestion de l’effort : voilà la recette qu’il entend appliquer sur le GR20. Son expérience accumulée devient un atout majeur pour anticiper les pièges des sentiers corses.
La chaleur de La Réunion en mai constituera un test supplémentaire. Courir sous des températures élevées demande une acclimatation et une hydratation rigoureuse. D’Haene y voit l’occasion de peaufiner ces aspects cruciaux avant la Corse, où les conditions peuvent varier rapidement entre soleil et orages.
L’évolution de l’ultra-trail : entre tradition et modernité
Le trail running a connu une croissance exponentielle ces dernières années. Des courses comme l’UTMB attirent des milliers de participants et une couverture médiatique importante. Pourtant, des voix comme celle de D’Haene ou Jornet rappellent l’importance de préserver l’essence de la discipline : l’aventure, le dépassement et le respect de la nature.
Choisir des épreuves comme l’Ultra Terrestre permet de renouer avec un ultra plus authentique, loin des foules parfois envahissantes. Ces formats longs exigent une préparation holistique : physique, mentale et logistique. Ils rappellent que l’ultra-trail reste avant tout une histoire d’humains face aux éléments.
D’Haene incarne cette génération qui a vu le sport passer d’une pratique confidentielle à un phénomène mondial. Il navigue entre héritage et innovation, en restant fidèle à ses valeurs : simplicité, respect et quête personnelle.
| Épreuve | Distance | Dénivelé positif | Période |
|---|---|---|---|
| Ultra Terrestre | 224 km | 14 300 m | Mai 2026 |
| GR20 (tentative record) | ~180 km | ~14 000 m | Juillet 2026 |
Ce tableau illustre l’ampleur des défis qui attendent le champion. Chaque mètre de dénivelé et chaque kilomètre ajoutent à la légende qu’il continue d’écrire.
Perspectives d’avenir et motivations profondes
Après le GR20, D’Haene gardera plusieurs options ouvertes pour la rentrée. Il évoque des idées variées mais refuse de se disperser. Sa priorité reste la préparation optimale jusqu’en juillet, puis une évaluation honnête de son état.
Son rapport à la compétition évolue. Moins obsédé par les victoires à tout prix, il cherche désormais des expériences qui le font vibrer. La Réunion et la Corse incarnent parfaitement cet équilibre entre défi sportif et émerveillement face à la nature.
Pour les fans d’ultra-trail, suivre D’Haene cette saison promet des moments intenses. Son humilité, sa détermination et son analyse fine du sport en font un ambassadeur précieux. Que ce soit sur les pentes volcaniques de La Réunion ou les crêtes corses, il continuera d’inspirer toute une communauté.
Le trail running, dans sa version la plus exigeante, reste un miroir de la vie : fait d’efforts, de doutes, de joies et de leçons. François D’Haene l’incarne avec élégance, rappelant que la vraie victoire réside souvent dans le chemin parcouru plutôt que dans le temps affiché.
En attendant les premiers pas sur l’Ultra Terrestre, les amateurs de trail peuvent déjà rêver aux images de ce coureur solitaire face à des paysages grandioses. Son programme 2026 s’annonce comme une belle page de l’histoire de l’ultra-trail français et international.
La passion pour ces distances folles ne s’éteint pas avec les années. Au contraire, elle se nourrit d’expérience et d’une envie intacte de découvrir ses limites. D’Haene prouve que l’âge n’est qu’un chiffre quand le mental et la préparation suivent.
Que réserve exactement cette saison ? Les réponses viendront sur le terrain, kilomètre après kilomètre. Mais une chose est sûre : le champion du Beaufortain n’a pas fini de nous émerveiller par sa capacité à conjuguer performance et réflexion.
Pour tous ceux qui vibrent au rythme des ultras, ce printemps 2026 s’annonce riche en émotions. Suivre les aventures de D’Haene, c’est plonger dans un univers où l’humain repousse sans cesse les frontières du possible, tout en restant ancré dans le respect de la montagne et de ses défis.
La suite de l’histoire s’écrit maintenant, entre volcans fumants et sentiers escarpés. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les passionnés de trail running et d’aventures extrêmes.









