Le nouveau Premier ministre François Bayrou se retrouve dans une position plus délicate qu’anticipé seulement une semaine après son arrivée à Matignon. Malgré ses appels au dépassement des clivages politiques, le centriste peine à rassembler au-delà de son camp.
Un soutien limité à son propre camp
Si Les Républicains ont accepté de participer au gouvernement avec notamment le maintien de Bruno Retailleau à l’Intérieur, aucun parti de gauche n’a souhaité rejoindre la majorité. Plus problématique encore pour Bayrou, les formations de gauche ont toutes refusé de s’engager à ne pas voter de motion de censure, même le Parti socialiste avec qui un accord tacite semblait envisageable selon certains observateurs.
Le Premier ministre se retrouve donc dans une situation plus fragile que son prédécesseur Jean Castex. Lui qui a fait du dépassement des frontières politiques le combat d’une vie réalise aujourd’hui la difficulté de la tâche dans un paysage politique de plus en plus polarisé.
Un « en même temps » à géométrie variable
En invitant les différentes forces politiques à se positionner dans l’un de ses trois « cercles » (participation au gouvernement, opposition constructive, opposition frontale), Bayrou espérait clarifier le jeu. Mais sa méthode des cercles a finalement souligné son isolement.
Hormis LR, les partis de gouvernement comme le PS ou EELV ont refusé de rentrer dans son jeu, ne voulant ni intégrer une coalition perçue comme trop à droite, ni s’interdire de censurer le gouvernement. Un en même temps à géométrie variable que le centriste n’avait pas anticipé.
« François Bayrou réalise que sa méthode de rassemblement tous azimuts atteint ses limites dans un contexte de forte polarisation. », analyse un proche du dossier.
Un casting gouvernemental sous contrainte
Sans majorité élargie, le Premier ministre va devoir composer son gouvernement sous forte contrainte. Lui qui rêvait d’un gouvernement d’union nationale réunissant des personnalités de différents horizons risque de devoir se contenter d’un attelage resserré autour du MoDem, de Renaissance et de LR.
Selon nos informations, François Bayrou espère toujours présenter son équipe d’ici à Noël. Mais les négociations avec ses partenaires s’annoncent ardues, chacun ayant ses exigences. LR réclamerait des postes clés comme l’Économie ou la Défense, tandis que certains ténors macronistes craignent d’être marginalisés.
- Un casting sous contrainte, entre exigences des partenaires et équilibrages internes
- Le spectre d’un gouvernement à sa main mais en manque de soutiens
Vers une équipe resserrée vulnérable aux motions de censure ?
« On risque de se retrouver avec un gouvernement Bayrou, homogène politiquement, mais plus que jamais exposé au risque d’une motion de censure », craint un député de la majorité sous couvert d’anonymat. Faute d’avoir su élargir son assise à gauche, le Premier ministre pourrait avoir du mal à constituer une majorité solide à l’Assemblée.
Un scénario noir que l’exécutif espère encore éviter en misant sur la force de persuasion de François Bayrou. Mais après une semaine chaotique, le doute s’est installé jusque dans les rangs de la majorité. Le Premier ministre, déjà fragilisé, est condamné à réussir son casting gouvernemental pour espérer reprendre la main.
Dans ce contexte tendu, François Bayrou joue une grande partie de sa crédibilité politique. Lui qui voulait imposer une nouvelle méthode de gouvernance se retrouve pris à son propre jeu. Pour réussir son pari, il va devoir plus que jamais user de son influence personnelle pour rassembler au-delà de son camp.
Affaibli mais pas abattu, le Premier ministre garde pour l’instant la « confiance » de l’Élysée. Mais l’état de grâce n’aura été que de courte durée pour ce Premier ministre déjà fragilisé, une semaine seulement après sa nomination.