À peine investi dans ses fonctions, le premier ministre François Bayrou doit déjà faire face à sa première épreuve du feu : le lourd bilan humain et matériel laissé par le passage du cyclone Chido sur l’île de Mayotte. Initialement prévu ce dimanche, son déplacement sur place a finalement été décalé à lundi, suscitant de vives critiques dans les rangs de l’opposition.
C’est accompagné d’une importante délégation ministérielle que le chef du gouvernement foulera le sol mahorais demain. À ses côtés : les ministres de l’Éducation Elisabeth Borne, de l’Outre-mer Manuel Valls, du Logement Valérie Létard, de la Santé Yannick Neuder et de la Francophonie Thani Mohamed Soilihi.
Une « loi spéciale » pour la reconstruction
Face à l’ampleur des dégâts, les annonces seront scrutées de près. Selon Matignon, François Bayrou se rend à Mayotte « avec la volonté d’apporter des solutions concrètes aux populations sur place sur les questions d’éducation, de santé, d’habitat ». Une « loi spéciale » visant à faciliter la reconstruction de l’archipel, sur le modèle de celle promulguée après l’incendie de Notre-Dame de Paris, serait à l’étude.
Mais au-delà des traditionnelles promesses, c’est un véritable électrochoc et une mobilisation sans précédent qui sont attendus. Car à Mayotte, la colère et le désespoir se mêlent au deuil. « Comme d’habitude, on passe au second rang », résume amèrement un habitant, encore sous le choc.
Le casse-tête du bilan humain
Officiellement, le cyclone aurait fait 39 morts et plus de 4000 blessés. Mais ces chiffres sont loin de refléter l’hécatombe redoutée dans les quartiers informels, où vivent la moitié des habitants de Mayotte, souvent dans des conditions précaires. D’après une source proche du dossier, des « dizaines de milliers » de personnes seraient encore « ensevelies sous des tonnes de boue », rendant tout décompte impossible.
L’opposition dénonce « l’indifférence » du gouvernement
Dans une lettre ouverte, le patron du PS Olivier Faure a vivement critiqué la gestion de crise du gouvernement, lui reprochant de ne pas s’être rendu « immédiatement » sur place et d’avoir « semblé chercher à relativiser l’importance de la catastrophe ». Le report in extremis du déplacement de François Bayrou n’a fait qu’attiser les tensions.
Mayotte, théâtre de désolation
Une chroniqueuse belge
Pour une éditorialiste étrangère, ce drame met en lumière le « mal » dont souffre la France avec ses territoires d’Outre-mer : celui de « l’indifférence » et de la « négligence », qui ne se dissipent que lorsque la situation « s’embrase ».
L’épineuse question migratoire
Autre sujet de crispation : les propos du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau évoquant la nécessité de « traiter la question migratoire » à Mayotte, quelques jours à peine après le drame. De quoi susciter l’ire de la gauche, qui l’accuse de vouloir « instrumentaliser » une « tragédie » à des fins « politiciennes ».
Car la moitié de la population mahoraise est constituée de migrants en situation irrégulière, souvent installés dans des bidonvilles ravagés par Chido. Une réalité qui complexifie grandement les opérations de secours et de recensement des victimes, et qui promet de nouveaux débats passionnés.
La « main tendue » des Comores
Sur le plan diplomatique aussi, le cyclone laisse des traces. Le président de l’Union des Comores, qui revendique la souveraineté sur Mayotte, a décrété un « deuil national » très politique. Un geste vu comme une « main tendue » par certains, mais qui ravive surtout de profondes divergences.
François Bayrou aura donc fort à faire pour apaiser les esprits, réparer les dégâts et redonner espoir à une population meurtrie. Un baptême du feu sous haute tension, qui dira beaucoup de sa capacité à incarner ce « nouveau cap » promis aux Français. Les Mahorais, eux, attendent surtout des actes. Et vite.