Imaginez être un artiste ou un chercheur talentueux, menacé dans votre propre pays, et voir enfin une porte s’entrouvrir vers la sécurité et la poursuite de votre travail. Puis, du jour au lendemain, cette porte se referme brutalement, non pas par manque de volonté, mais à cause d’un verrou logistique que personne ne contrôle vraiment. C’est la réalité que vivent actuellement de nombreux Gazaouis sélectionnés pour un programme d’accueil d’urgence en France.
Cette situation soulève des questions profondes sur l’équilibre entre engagements humanitaires et contraintes géopolitiques concrètes. Lorsque la géographie et la politique bloquent les couloirs humanitaires, que reste-t-il aux individus les plus vulnérables ?
Une suspension imposée par la réalité du terrain
Le ministre français des Affaires étrangères a officialisé une décision qui circulait déjà dans les milieux concernés : la suspension temporaire des nouvelles inscriptions au programme PAUSE pour les ressortissants de Gaza. Cette mesure n’est pas motivée par un revirement politique, mais par une impossibilité pratique très concrète.
Sans la réouverture du point de passage de Rafah, situé à la frontière entre la bande de Gaza et l’Égypte, organiser des évacuations sécurisées devient quasi impossible. Les autorités insistent sur ce point : il serait irresponsable de promettre un accueil en France alors que le chemin vers la sortie reste fermé.
Le discours officiel reste clair : la priorité absolue est la réouverture des points de passage. Dès que cette condition sera remplie, le programme pourra reprendre normalement. En attendant, les inscriptions sont gelées.
Le programme PAUSE : un outil d’urgence depuis 2017
Créé en 2017 sous l’égide du Collège de France, le programme PAUSE (Programme d’Aide à l’Accueil en Urgence des Scientifiques et Artistes en danger) vise à offrir un refuge temporaire à des intellectuels menacés dans leur pays d’origine. Il s’agit d’un dispositif unique en son genre, qui permet à des universités, écoles et institutions culturelles françaises d’accueillir ces personnes pour une durée limitée.
Le programme s’adresse à des profils très variés : chercheurs en sciences dures ou humaines, écrivains, plasticiens, musiciens, cinéastes… Tous partagent un point commun : leur vie ou leur liberté est menacée en raison de leurs travaux, de leurs opinions ou de leur engagement.
Depuis sa création, PAUSE a permis d’accueillir des centaines de personnes venues des quatre coins du monde. La situation à Gaza, depuis l’automne 2023, a constitué l’un des plus importants foyers d’urgence traités par le programme.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Depuis l’escalade majeure du conflit en octobre 2023, la France a accueilli 50 lauréats palestiniens du programme PAUSE accompagnés de leur famille. Cela représente plusieurs centaines de personnes sauvées d’une situation extrêmement dangereuse.
Malheureusement, la situation actuelle est bien différente. Actuellement, 21 lauréats restent bloqués à Gaza avec leur entourage, soit 115 personnes au total. Ces chiffres, bien que précis, ne racontent qu’une partie de l’histoire : derrière chaque numéro se cache un parcours individuel, des projets interrompus, des familles séparées.
« Priorité à la réouverture des points de passage et nous pourrons alors reprendre le programme PAUSE dans des conditions normales. »
– Ministre des Affaires étrangères
Un précédent qui avait déjà fragilisé le dispositif
Durant l’été 2025, les évacuations depuis Gaza avaient déjà été interrompues suite à une faille dans les procédures de vérification. Une personne arrivée en France (hors programme PAUSE) avait diffusé des publications jugées problématiques, entraînant une suspension immédiate des opérations.
Les évacuations ont repris en octobre suivant, avec l’arrivée d’une vingtaine de personnes. Depuis novembre 2023, au moins 500 individus – Français et Palestiniens confondus – ont pu quitter Gaza grâce aux opérations coordonnées par les autorités françaises.
Ces chiffres montrent l’ampleur des efforts déployés, mais aussi leur extrême dépendance aux conditions sur le terrain. Chaque évacuation nécessite des autorisations multiples, des vérifications de sécurité et surtout un accès physique au point de sortie.
Rafah : le verrou humanitaire
Le point de passage de Rafah constitue depuis des années le principal accès vers l’extérieur pour les habitants de Gaza. Contrôlé alternativement par différentes parties, il est souvent fermé ou très restrictif, surtout en période de tensions accrues.
Sans ce corridor, les évacuations médicales, les départs d’urgence ou les programmes comme PAUSE deviennent impossibles à mettre en œuvre. Les autorités françaises affirment travailler quotidiennement auprès des responsables israéliens pour obtenir les autorisations nécessaires.
Cette dépendance à un seul point de passage illustre la fragilité des dispositifs humanitaires dans des zones de conflit prolongé. Lorsque la géopolitique prime sur l’urgence humaine, même les programmes les mieux intentionnés peuvent se retrouver paralysés.
Les voix des acteurs de terrain
Des chercheurs, artistes et militants s’inquiètent publiquement de cette situation. Lors d’une récente conférence de presse, des membres d’un collectif dédié aux artistes de Gaza ont dénoncé les blocages persistants et les restrictions d’accueil en France.
Ils pointent notamment le cas des 115 personnes actuellement bloquées, dont 21 lauréats du programme. Ces témoignages rappellent que derrière les annonces officielles se trouvent des destins individuels suspendus à des décisions souvent hors de leur contrôle.
« Il nous paraît difficile, voire impossible de procéder à ces évacuations. Il serait déplacé de donner l’espoir à ces lauréats que nous pourrons les accueillir en France quand, en réalité, le passage leur est barré. »
Ministre des Affaires étrangères au Sénat
Quelles perspectives pour les lauréats bloqués ?
La suspension des inscriptions ne signifie pas l’abandon des personnes déjà sélectionnées. Cependant, leur situation reste extrêmement précaire tant que le passage de Rafah demeure fermé. Les autorités françaises maintiennent leur mobilisation quotidienne pour obtenir les agréments nécessaires.
En parallèle, d’autres pistes sont-elles envisagées ? Le sujet reste sensible et peu documenté publiquement. Certains observateurs espèrent que des solutions alternatives, via d’autres pays ou d’autres corridors, pourraient être activées, mais rien n’est confirmé à ce stade.
La situation humanitaire à Gaza reste catastrophique, avec des besoins immenses en matière de santé, d’éducation, de culture et de recherche. Les programmes comme PAUSE, même limités, représentent pour beaucoup une bouée de sauvetage unique.
Un engagement humanitaire à l’épreuve des faits
La France a démontré, à plusieurs reprises, sa capacité à organiser des évacuations complexes depuis des zones de conflit. Les 500 personnes sorties de Gaza depuis fin 2023 témoignent de cet effort soutenu.
Mais l’épisode actuel rappelle cruellement que la bonne volonté ne suffit pas toujours. Les contraintes logistiques, politiques et sécuritaires peuvent bloquer même les dispositifs les plus solides.
Pour les lauréats PAUSE et leurs familles, chaque jour compte. Leur talent, leur recherche, leur création sont en suspens, dans l’attente d’un couloir humanitaire qui tarde à s’ouvrir.
Vers une nécessaire réflexion sur les outils d’urgence
Cette suspension invite à une réflexion plus large sur les mécanismes d’accueil en urgence. Comment renforcer la résilience de ces programmes face aux aléas géopolitiques ? Faut-il diversifier les points d’entrée, renforcer les partenariats régionaux, anticiper davantage les blocages ?
Autant de questions qui dépassent le seul cas français et qui concernent l’ensemble de la communauté internationale engagée dans la protection des intellectuels menacés.
En attendant, le sort des 115 personnes bloquées reste suspendu à l’ouverture d’un passage frontalier. Une situation qui, au-delà des déclarations officielles, touche profondément à la question de la responsabilité collective face à la détresse humaine.
Le temps presse pour ces artistes et chercheurs. Leur avenir, et celui de leur création, dépend désormais d’une négociation diplomatique dont ils ne sont pas partie prenante. Une réalité aussi tragique qu’injuste.
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