Imaginez un pays qui, lentement mais sûrement, se retrouve pris dans un étau invisible. Pas une crise brutale comme on en voit parfois dans l’histoire économique, mais une asphyxie progressive, presque insidieuse. C’est précisément cette image que vient d’utiliser le gouverneur de la Banque de France pour décrire la situation actuelle de notre pays.
Un avertissement solennel sur l’avenir financier de la France
Les mots ont été lâchés sans détour sur une grande antenne radiophonique ce samedi matin. Le message est clair : la France ne court pas le risque immédiat d’une faillite spectaculaire, mais elle s’expose à un étouffement beaucoup plus pernicieux. Un étouffement qui se joue sur plusieurs tableaux à la fois, et dont les conséquences pourraient se faire sentir pendant des décennies.
Trois dimensions d’un même danger
Le gouverneur a détaillé trois grands types d’étouffement qui menacent actuellement le pays. D’abord, l’étouffement budgétaire : des dépenses qui continuent de croître plus vite que les recettes, un déficit qui s’installe durablement à des niveaux très élevés. Ensuite, l’étouffement économique : une dette qui pèse sur la capacité d’investissement et sur la confiance des acteurs économiques. Enfin, et c’est sans doute l’aspect le plus préoccupant à long terme, l’étouffement générationnel.
Ce dernier point mérite qu’on s’y attarde. En accumulant des déficits importants, la collectivité choisit implicitement de reporter sur les générations futures une partie du fardeau financier. Les dépenses de protection sociale, notamment celles liées aux retraites, continuent d’augmenter tandis que la population active se réduit relativement. Résultat : un transfert massif de richesses des jeunes vers les seniors, qui risque de créer une fracture profonde entre les générations.
« Nous sommes en train de choisir les seniors contre les jeunes, avec plus de dépenses de retraite et plus de déficit. »
Cette formule résume à elle seule le drame silencieux qui se joue actuellement dans nos finances publiques.
Sortir des postures pour retrouver le sens du compromis
Face à cette situation préoccupante, le gouverneur appelle à un changement radical d’attitude. Il est temps, selon lui, de dépasser les postures politiciennes, les petites phrases destinées aux médias, les querelles de chapelle. Seul un véritable esprit de compromis permettra de sortir le pays de l’ornière dans laquelle il s’enfonce.
Le contexte parlementaire actuel illustre parfaitement cette difficulté. Les discussions autour du budget pour l’année prochaine patinent, plusieurs motions de censure sont déposées ou menacées, et les différents groupes politiques semblent incapables de s’entendre sur les grandes lignes de la trajectoire financière. Pourtant, l’urgence est réelle.
L’impératif d’un budget 2026 raisonnable
Le gouverneur a fixé un cap très clair : il est « très important » que la France adopte un budget pour 2026 avec un déficit public ne dépassant pas 5 % du PIB. Au-delà de ce seuil, le pays entrerait selon lui dans « la zone rouge de danger ».
Atteindre cet objectif suppose deux efforts concomitants :
- Stabiliser les dépenses publiques, ce qui implique des choix parfois douloureux mais indispensables
- Faire preuve de « sagesse » sur le front fiscal, c’est-à-dire reconnaître que les marges de manœuvre pour de nouvelles baisses d’impôts sont aujourd’hui extrêmement limitées
Cette double exigence tranche avec le discours ambiant qui, trop souvent, promet simultanément plus de dépenses et moins d’impôts. Une telle quadrature du cercle n’est plus possible dans le contexte actuel.
La question sensible de la fiscalité des grandes entreprises
Parmi les leviers fiscaux qui font actuellement débat, la prolongation de la surtaxe d’impôt sur les sociétés pour les plus grandes entreprises occupe une place centrale. Cette mesure, qui vise à demander un effort supplémentaire aux sociétés les plus importantes, cristallise les oppositions politiques.
D’un côté, certains y voient une mesure de justice fiscale indispensable dans un contexte de finances publiques dégradées. De l’autre, on craint que cette surtaxe n’alourdisse encore la charge fiscale des entreprises françaises déjà parmi les plus taxées d’Europe, au risque de nuire à leur compétitivité. Trouver un terrain d’entente sur ce sujet sera l’un des grands défis des prochaines semaines.
Les marchés restent calmes… pour l’instant
Pour le moment, les marchés financiers semblent relativement sereins face à la situation budgétaire française. Les taux d’intérêt exigés par les investisseurs pour prêter à la France restent contenus, et aucune panique n’est visible sur les écrans.
Mais le gouverneur met en garde contre ce calme apparent. L’histoire montre que les marchés financiers ne fonctionnent jamais de manière linéaire. Après une longue période de quiétude, une correction peut survenir brutalement, surtout dans un contexte géopolitique mondial aussi incertain.
« Leur fonctionnement n’est jamais linéaire, il peut y avoir un calme apparent puis une correction brutale. »
Cette mise en garde résonne particulièrement dans le contexte actuel, marqué par de multiples sources d’instabilité à l’échelle planétaire.
Les risques liés à la dérégulation financière américaine
Le gouverneur a également évoqué un autre facteur de risque important : l’agenda de dérégulation financière qui se dessine aux États-Unis. Cette évolution pourrait accroître la probabilité d’une nouvelle crise financière d’ampleur internationale.
Face à ces turbulences potentielles venues de l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe doit, selon lui, conserver son sang-froid tout en maintenant un dialogue exigeant avec ses partenaires américains. Il s’agit de préserver l’équilibre fragile entre ouverture des marchés et protection contre les excès.
Un appel à la responsabilité collective
Derrière cet avertissement très clair se dessine un appel solennel à la responsabilité collective. Responsabilité des responsables politiques, bien sûr, qui doivent dépasser leurs clivages pour trouver des solutions viables. Mais aussi responsabilité de l’ensemble de la société française, qui devra accepter que certaines habitudes de dépense ne sont plus tenables.
La question n’est pas tant de savoir si nous pouvons continuer comme avant – la réponse est clairement non – mais comment organiser la transition vers un modèle plus soutenable. Et surtout, comment le faire de manière équitable entre les différentes catégories de la population.
Les choix qui engagent l’avenir
Les mois qui viennent seront déterminants. Le débat autour du budget 2026 n’est pas un simple exercice technique. Il s’agit de poser les bases d’un pacte financier entre les générations, de redéfinir les priorités collectives et de rétablir une trajectoire crédible pour nos finances publiques.
Les mots du gouverneur de la Banque de France sonnent comme un ultimatum bienveillant : agissons maintenant, ensemble, avec courage et responsabilité, ou acceptons les conséquences d’un immobilisme qui pourrait coûter très cher à l’ensemble du pays.
La balle est désormais dans le camp des responsables politiques et, au-delà, dans celui de l’ensemble des citoyens français. L’avenir économique du pays se joue peut-être dans les semaines qui viennent.
Et vous, que pensez-vous de cette mise en garde ? Les efforts demandés sont-ils justifiés ? Les compromis sont-ils possibles dans le climat politique actuel ? Le débat est ouvert.
À retenir : Le gouverneur de la Banque de France n’annonce pas l’apocalypse financière immédiate, mais un risque bien réel d’étouffement progressif du pays si aucune mesure sérieuse n’est prise rapidement.
Dans les prochaines semaines, chaque décision budgétaire, chaque compromis politique, chaque mesure fiscale sera scrutée avec attention. Car il en va de la soutenabilité de notre modèle social et économique pour les décennies à venir.
La France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ? Ou devra-t-elle, enfin, adapter ses ambitions à ses moyens réels ? La réponse à cette question fondamentale se dessine jour après jour dans les couloirs du pouvoir et dans les débats parlementaires.
Une chose est sûre : le temps de l’aveuglement volontaire touche peut-être à sa fin. Le réveil, parfois douloureux, semble désormais inévitable.









