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Fonds Suédois Vend Massivement Bons du Trésor US

Un fonds suédois majeur vient de liquider la quasi-totalité de ses bons du Trésor américain, invoquant l'explosion de la dette US et l'instabilité politique. D'autres suivent le mouvement… Qu'est-ce qui se trame vraiment ?

Imaginez un instant : des milliards de dollars en obligations considérées comme les plus sûres au monde, soudain jugées trop risquées par ceux-là mêmes qui les accumulaient depuis des décennies. C’est exactement ce qui est en train de se produire dans le monde feutré des grands fonds de pension nordiques. Une décision qui, loin d’être anodine, pourrait préfigurer un mouvement plus large sur les marchés obligataires internationaux.

Un virage stratégique majeur pour les investisseurs institutionnels nordiques

Depuis le début de l’année 2025, plusieurs acteurs majeurs du monde de la retraite en Scandinavie ont entrepris de réduire drastiquement, voire de supprimer complètement, leur exposition aux bons du Trésor américain. Cette évolution n’est pas le fruit d’un simple arbitrage tactique de court terme. Elle traduit une profonde remise en question de la fiabilité de la dette souveraine la plus importante de la planète.

Le cas le plus emblématique concerne un important fonds de pension suédois qui gérait environ 143 milliards de dollars d’actifs à fin 2024. Ce dernier a indiqué avoir cédé la majeure partie de sa position sur les obligations d’État américaines. Sur les quelque 11 milliards de dollars qu’il détenait encore fin 2024 dans ce type de titres, entre 8,8 et 9 milliards auraient déjà été vendus.

Les raisons officielles : dette, déficits et incertitudes politiques

Le responsable des investissements de ce fonds a été très clair dans ses explications. Selon lui, le risque associé aux bons du Trésor et au dollar s’est fortement accru ces derniers mois. Trois facteurs principaux reviennent sans cesse dans le discours : la prévisibilité moindre de la politique économique américaine, les déficits budgétaires persistants et surtout la trajectoire exponentielle de la dette publique.

Ces arguments ne sont pas nouveaux. Pourtant, ils prennent aujourd’hui une résonance particulière auprès des investisseurs institutionnels dont l’horizon de placement s’étend sur plusieurs décennies. Quand la solvabilité à très long terme d’un émetteur commence à poser question, même les titres notés AAA perdent de leur attrait.

« Le risque lié aux obligations d’État américaines et au dollar a augmenté, en raison de la moindre prévisibilité de la politique menée, combinée à d’importants déficits budgétaires et à une dette publique croissante. »

Cette citation résume parfaitement la grille de lecture adoptée par ce fonds suédois. Elle traduit un changement de paradigme : ce qui était perçu comme un actif refuge absolu devient, aux yeux de certains, un placement comportant un risque souverain non négligeable.

Le Danemark emboîte le pas : plusieurs fonds dans la même dynamique

Le mouvement n’est pas isolé à la Suède. Juste avant l’annonce suédoise, un fonds danois de pension pour les cadres supérieurs avait déjà fait savoir qu’il se désengageait totalement des bons du Trésor américain. Motif invoqué : la « mauvaise santé des finances publiques américaines ».

Un autre fonds danois, spécialisé dans la retraite des enseignants et du personnel éducatif, a également confirmé vendre une partie de ses obligations d’État US. Son dirigeant a même évoqué explicitement la crainte de possibles sanctions financières américaines visant le secteur danois, notamment en lien avec des tensions géopolitiques autour du Groenland.

Ces déclarations publiques, inhabituelles dans le milieu discret des fonds de pension, montrent à quel point la perception du risque a évolué. Les investisseurs nordiques, traditionnellement très prudents, semblent désormais prêts à remettre en cause des décennies de placement dans la dette américaine.

Contexte macroéconomique : pourquoi la dette US inquiète autant en 2025-2026

Pour comprendre ce mouvement, il faut regarder les chiffres bruts de la dette publique américaine. Celle-ci dépasse désormais largement les 36 000 milliards de dollars, soit plus de 130 % du PIB. Les intérêts annuels servis sur cette dette absorbent une part croissante du budget fédéral, au détriment d’autres postes jugés prioritaires par une grande partie de la population.

Parallèlement, les déficits budgétaires structurels restent très élevés, même en période de croissance relativement soutenue. Les prévisions les plus sérieuses tablent sur des déficits annuels dépassant les 1 500 milliards de dollars pendant encore plusieurs années. Dans ce contexte, la question de la soutenabilité à long terme se pose avec acuité.

Ajoutez à cela un environnement politique polarisé, des débats incessants sur le plafond de la dette et des menaces récurrentes de shutdown budgétaire, et vous obtenez un cocktail d’incertitudes qui fait fuir certains investisseurs institutionnels les plus averses au risque.

Réactions officielles américaines : déni ou minimisation ?

Interrogé sur ces mouvements lors d’une intervention à Davos, le secrétaire américain au Trésor a balayé d’un revers de main l’idée selon laquelle les Européens se détourneraient de la dette US en réaction à des pressions géopolitiques. Il a qualifié cette thèse de « récit trompeur » qui « défie toute logique ».

« Je pense qu’il y a un récit complètement trompeur ici. Cela défie toute logique. »

Cette réponse illustre bien la posture officielle américaine : maintenir coûte que coûte la confiance des marchés étrangers dans la dette US. Pourtant, les faits sont là : plusieurs grands investisseurs institutionnels européens réduisent bel et bien leur exposition, et ils le disent ouvertement.

Conséquences potentielles sur les marchés obligataires mondiaux

Si ce mouvement reste pour l’instant limité à quelques acteurs nordiques, il pourrait s’étendre à d’autres investisseurs institutionnels européens, asiatiques voire moyen-orientaux. Une réduction coordonnée et massive des achats (ou pire, des ventes nettes) de bons du Trésor aurait des répercussions importantes :

  • Une pression haussière sur les taux d’intérêt américains à long terme
  • Une possible dépréciation du dollar face à d’autres devises
  • Une réallocation vers d’autres actifs refuges (or, obligations allemandes, japonaises, voire certaines cryptomonnaies institutionnelles)
  • Une volatilité accrue sur l’ensemble du marché obligataire mondial

Les volumes en jeu sont colossaux. Les fonds de pension nordiques, bien que relativement modestes comparés aux géants chinois ou japonais, ont souvent valeur d’exemple. Leur décision peut influencer d’autres grands investisseurs à la recherche de la préservation du capital sur le très long terme.

Diversification : la nouvelle norme pour les caisses de retraite ?

Face à ces incertitudes, de nombreux fonds souverains et de pension accélèrent leur stratégie de diversification géographique et sectorielle. On observe ainsi :

  1. Une augmentation sensible des allocations vers les obligations d’État européennes (Allemagne, Pays-Bas, France)
  2. Un regain d’intérêt pour les dettes souveraines des pays émergents notés investment grade
  3. Une hausse des investissements dans l’or physique et les ETF or
  4. Une exploration prudente des actifs alternatifs (infrastructures, immobilier, private equity)

Cette diversification n’est pas nouvelle, mais elle s’accélère nettement depuis 2025. Les fonds nordiques, connus pour leur gestion très rigoureuse du risque, font figure de précurseurs dans ce domaine.

Perspective historique : les précédents de défiance envers la dette US

Ce n’est pas la première fois que des investisseurs étrangers s’interrogent sur la soutenabilité de la dette américaine. On se souvient notamment :

  • Des années 1980 avec la montée des déficits jumeaux (budgétaire et commercial)
  • De la crise de 2008 et du sauvetage massif du système financier
  • Des débats autour du plafond de la dette en 2011 et 2013

À chaque fois, le marché a finalement continué à financer les États-Unis à des taux relativement bas. Mais la situation actuelle présente des caractéristiques inédites : niveau absolu de la dette, polarisation politique extrême, concurrence accrue d’autres monnaies de réserve potentielles.

Et maintenant ? Scénarios possibles pour 2026 et au-delà

Plusieurs trajectoires se dessinent :

  1. Scénario de base : les ventes restent limitées, les taux montent modérément, le Trésor américain continue de placer sa dette sans trop de difficultés
  2. Scénario intermédiaire : accélération des désinvestissements étrangers, hausse plus marquée des rendements obligataires US, pression sur le dollar
  3. Scénario extrême (peu probable à court terme) : crise de confiance généralisée, envolée des taux longs, intervention massive de la Fed pour contenir les rendements

Quelle que soit la trajectoire retenue, une chose semble acquise : l’époque où les bons du Trésor américain étaient considérés comme un actif sans risque par tous les investisseurs institutionnels touche peut-être à sa fin.

Conclusion : un signal d’alarme ou un simple ajustement tactique ?

Les ventes massives réalisées par ces fonds nordiques ne représentent encore qu’une goutte d’eau dans l’océan des 28 000 milliards de dollars de dette publique américaine détenue par le public. Pourtant, elles revêtent une importance symbolique forte.

Elles traduisent un changement de perception profond chez certains des investisseurs les plus prudents et les plus long-termistes de la planète. Quand les caisses de retraite suédoises et danoises, réputées pour leur aversion au risque, commencent à se désengager, il est légitime de se demander si d’autres grands acteurs ne vont pas suivre le même chemin dans les mois et années à venir.

Une chose est sûre : les marchés obligataires mondiaux entrent dans une phase de recomposition. La fin de l’exception américaine en matière de dette souveraine n’est peut-être plus une hypothèse farfelue, mais une possibilité de plus en plus sérieusement envisagée par ceux qui gèrent l’épargne-retraite de millions de personnes.

À suivre de très près.

Points clés à retenir

  • Plusieurs grands fonds de pension nordiques réduisent fortement leur exposition aux bons du Trésor américain
  • Raisons principales : dette publique croissante, déficits persistants, incertitude politique
  • Mouvement encore limité mais symboliquement très fort
  • Possible accélération de la diversification mondiale hors dette US
  • Réaction officielle américaine : minimisation du phénomène

Le paysage financier international pourrait bien être en train de vivre un tournant discret mais potentiellement majeur. Les mois à venir nous diront si ce mouvement reste confiné aux pays nordiques ou s’il s’étend à d’autres continents et d’autres catégories d’investisseurs.

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