Imaginez un instant : nous sommes début janvier 2026, les décorations de Noël traînent encore dans certains salons, et pourtant, les marchés financiers semblent déjà vivre une année complètement différente. En l’espace de six petits jours, les fonds indiciels cotés (ETF) ont aspiré la bagatelle de 46 milliards de dollars. Oui, vous avez bien lu. 46 milliards. Pendant ce temps, le célèbre ETF SPY, qui suit l’indice S&P 500 et que tout le monde considère comme la référence absolue, perd du sang. Que se passe-t-il vraiment ?
Un mur d’argent qui défie les statistiques saisonnières
Historiquement, le mois de janvier est plutôt calme, voire légèrement négatif pour les flux d’ETF aux États-Unis. Pourquoi ? Principalement à cause de la fameuse « tax-loss harvesting » : les investisseurs vendent en décembre leurs positions perdantes pour réaliser des moins-values fiscales, puis réinvestissent souvent début janvier dans le même produit. Résultat : le grand ETF SPY subit généralement des sorties nettes importantes en ce début d’année.
Mais 2026 ne suit visiblement pas le script habituel. Malgré des sorties record de 8 milliards sur SPY, l’ensemble de l’industrie ETF affiche des entrées nettes colossales. On parle d’une projection à 158 milliards pour l’ensemble du mois de janvier si le rythme se maintient… soit environ quatre fois la moyenne historique.
Derrière les chiffres : une mutation profonde du comportement des investisseurs
Ce qui frappe les observateurs les plus aguerris, ce n’est pas seulement le volume, mais surtout la nature de ces flux. Il ne s’agit pas d’une simple vague spéculative où tout le monde achète la même chose en panique. Plusieurs analystes décrivent plutôt un mouvement d’allocation structurelle.
Les capitaux ne quittent pas le risque en bloc. Ils se repositionnent. Ils changent de véhicule, de style, de mandat. Ils recherchent davantage de précision, de liquidité, parfois un peu plus de rendement ou de protection. C’est moins une chasse au rendement effrénée qu’un réaménagement méthodique des portefeuilles.
« Ce que nous observons ressemble moins à un mouvement spéculatif qu’à une réallocation structurelle vers des produits plus liquides, plus ciblés et souvent moins chers. »
Un investisseur anonyme sur les réseaux professionnels
Les grands gagnants inattendus : or, argent et… XRP
Quand on regarde les actifs qui brillent le plus fort en ce moment, le tableau devient encore plus intéressant.
L’or a franchi allègrement la barre symbolique des 4 600 dollars l’once. L’argent, souvent considéré comme le petit frère turbulent de l’or, n’est pas en reste avec un nouveau record historique au-dessus des 84 dollars l’once. Ces niveaux n’étaient même pas imaginables il y a seulement deux ans.
Simultanément, les nouveaux ETF adossés à XRP (oui, le token de Ripple) accumulent les encours à une vitesse impressionnante. En quelques semaines seulement, plusieurs produits ont déjà dépassé le milliard de dollars d’actifs sous gestion. À ce rythme, les ETF XRP pourraient représenter plusieurs pourcents de l’offre circulante totale d’ici la fin de l’année.
Pourquoi tant d’intérêt pour les ETF or, argent et crypto ?
Plusieurs facteurs expliquent cet engouement simultané :
- Une aversion croissante pour le risque géopolitique et macroéconomique
- La recherche de valeur refuge tangible (métaux précieux)
- La maturité croissante du marché crypto institutionnel
- L’attrait pour des produits offrant à la fois rendement et liquidité élevée
- Une désaffection relative pour les très grosses capitalisations technologiques traditionnelles
Cette combinaison crée un cocktail puissant : les investisseurs veulent rester investis, mais ils veulent le faire à leur manière, avec des garde-fous plus importants et des expositions plus fines.
Le paradoxe SPY : quand le roi perd son sceptre (temporairement ?)
SPY reste de très loin le plus gros ETF au monde. Pourtant, en ce début 2026, il devient presque le symbole du passé. Pendant que les nouveaux entrants (crypto, thématiques spécifiques, commodities) explosent, le géant subit des sorties inhabituelles.
Ce phénomène n’est pas forcément alarmant à long terme. Il traduit surtout une rotation sectorielle et stylistique massive. Les investisseurs institutionnels et les family offices rééquilibrent leurs portefeuilles après deux années exceptionnelles pour les grandes technos américaines.
Les ETF obligataires et « cash-adjacent » : les grands oubliés qui cartonnent
Un autre segment qui attire énormément de capitaux concerne les produits obligataires de qualité et les ETF ultra-courts (Treasury bills, etc.). Ces véhicules offrent :
- Un rendement toujours attractif malgré la baisse des taux
- Une volatilité très faible
- Une liquidité exceptionnelle
- Une protection relative en cas de retournement brutal des marchés actions
C’est exactement le type de positionnement que recherchent les investisseurs qui veulent rester dans le jeu tout en limitant fortement le drawdown potentiel.
Et la suite ? Scénarios pour les 11 prochains mois
Plusieurs trajectoires sont envisageables :
- Scénario 1 – Maintien du trend : les flux continuent à ce rythme élevé pendant plusieurs mois. Les ETF crypto, commodities et obligataires court terme captent l’essentiel des nouveaux capitaux.
- Scénario 2 – Retour à la normale : après le rééquilibrage massif du premier trimestre, les flux se normalisent et SPY retrouve progressivement son attractivité.
- Scénario 3 – Point d’inflexion : un événement majeur (géopolitique, bancaire, monétaire) déclenche une véritable crise de liquidité. Les ETF les plus liquides deviennent alors le seul point de sortie possible pour des milliards d’investisseurs.
Dans le troisième scénario, la concentration actuelle des encours dans un nombre limité de très gros ETF pourrait amplifier considérablement les mouvements de marché.
Ce que les particuliers peuvent retenir de cette révolution silencieuse
Pour l’investisseur individuel français, plusieurs enseignements émergent :
- La diversification ne se limite plus aux actions et obligations classiques
- Les ETF thématiques et crypto deviennent progressivement des outils d’allocation légitimes
- La liquidité et les frais faibles restent les deux critères les plus discriminants
- Il est devenu possible (et même conseillé) d’avoir une petite exposition aux métaux précieux et à certains cryptos via des véhicules régulés
- Le mythe du « tout en actions US » est en train de s’effriter doucement
Nous assistons probablement aux prémices d’un nouveau cycle d’allocation où la frontière entre classes d’actifs traditionnelles et alternatives devient de plus en plus poreuse. Les ETF, en tant que véhicule universel, sont en train de devenir l’interface principale entre les investisseurs et cette nouvelle réalité multi-actifs.
Restera à voir si cette architecture, aussi sophistiquée et liquide soit-elle, tiendra le choc lors de la prochaine vraie tempête financière. Car c’est souvent quand tout le monde veut sortir en même temps que l’on découvre la vraie solidité des sorties de secours.
Pour l’instant, une chose est sûre : le début d’année 2026 restera dans les annales comme le moment où l’industrie des ETF a clairement démontré qu’elle était passée d’un outil pratique à une véritable infrastructure systémique du marché moderne.
Et vous, comment positionnez-vous votre portefeuille dans ce nouvel environnement ?









