Imaginez un instant : un pays entier retient son souffle depuis plus de deux ans, attendant des nouvelles de proches arrachés à leur quotidien dans une violence inouïe. Le 7 octobre 2023 a marqué un tournant tragique, avec l’enlèvement de 251 personnes par le Hamas lors d’une attaque sans précédent sur le sol israélien. Aujourd’hui, lundi 26 janvier 2026, une page se tourne définitivement : plus aucun otage n’est retenu dans la bande de Gaza.
Cette annonce arrive avec le rapatriement de la dépouille de Ran Gvili, identifié comme le dernier à rester dans l’enclave. Ce moment clôt un chapitre douloureux pour des familles qui ont vécu l’attente, l’espoir et souvent le désespoir. Mais au-delà de cette fin, se dessine le portrait d’une tragédie humaine aux multiples visages.
Le bilan humain d’une crise sans précédent
Sur les 251 individus emmenés de force ce jour funeste, la grande majorité – 207 précisément – avaient été capturés vivants. Parmi eux, 166 ont finalement survécu à cette épreuve inimaginable, tandis que 41 ont perdu la vie durant leur captivité. Trois d’entre eux ont même été tués par erreur par des tirs de l’armée israélienne en décembre 2023, ajoutant une couche supplémentaire de douleur à cette histoire déjà si lourde.
Les 44 autres otages, eux, n’ont jamais eu la chance d’être considérés comme vivants en captivité. Ils avaient été tués dès le 7 octobre 2023, leurs corps emportés dans la bande de Gaza. Ce détail glaçant rappelle la brutalité immédiate de l’attaque et la difficulté extrême à établir la vérité dans le chaos.
Qui étaient ces otages ?
La très large majorité des personnes enlevées étaient de nationalité israélienne : 216 au total, dont une centaine disposaient d’une double, voire triple nationalité. Cette diversité reflète la réalité d’une société ouverte sur le monde, où de nombreuses familles ont des attaches internationales.
Mais l’attaque n’a pas épargné les travailleurs étrangers venus contribuer à l’économie locale. Parmi les otages figuraient 31 ouvriers agricoles thaïlandais, deux étudiants en agriculture originaires du Népal et de Tanzanie, un aide-soignant philippin, ainsi qu’un Franco-Mexicain. Ces profils montrent à quel point l’événement a touché des vies bien au-delà des frontières israéliennes.
Les lieux de l’enlèvement racontent eux aussi une géographie de la terreur. La plupart des otages, 166 précisément, provenaient de kibboutz situés à proximité immédiate de la frontière avec Gaza. Le kibboutz Nir Oz a été particulièrement touché avec 76 personnes enlevées, suivi de Beeri avec 34. Quarante-trois autres ont été capturés alors qu’ils tentaient de fuir le festival de musique Tribe of Nova, transformé en scène d’horreur.
Civils et militaires : une mixité tragique
Si l’immense majorité des otages étaient des civils ordinaires, 25 soldats figuraient également parmi eux. La plupart étaient de jeunes adultes effectuant leur service militaire dans des bases proches de la frontière. Onze de ces soldats avaient déjà été tués au moment de leur enlèvement, soulignant la violence des combats initiaux.
Parmi les civils, la répartition par genre montre 71 femmes et 144 hommes. Les âges variaient énormément : les quatre otages les plus âgés avaient 85 ans au moment des faits. Deux d’entre eux sont revenus vivants, les deux autres n’ont pas survécu à cette épreuve.
Les enfants au cœur de la tragédie
L’aspect le plus déchirant reste sans doute le sort des plus jeunes. Trente-six mineurs ont été pris en otage ce jour-là. Tous sont revenus vivants, à l’exception tragique des frères Bibas. Kfir Bibas n’avait que huit mois et demi lorsqu’il a été enlevé avec sa mère et son frère de quatre ans. Leur rapatriement dans des cercueils en février 2025 a bouleversé l’opinion publique et rappelé l’innocence sacrifiée.
Ces enfants, exposés à une violence qu’ils ne pouvaient comprendre, représentent le symbole le plus poignant de cette crise. Leur survie pour la plupart offre un mince rayon d’espoir dans un océan de souffrance, mais les pertes restent insurmontables pour les familles concernées.
Les phases de libération et rapatriement
Les retours se sont étalés sur de longs mois, suivant un rythme dicté par les négociations et les trêves successives. Les principales libérations ont eu lieu lors de deux périodes clés : une trêve en novembre 2023, puis une autre en janvier-février 2025. Le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre dernier a permis d’accélérer les processus.
Cinq otages vivants ont été libérés par le Hamas en dehors de tout accord formel. Par ailleurs, les opérations menées par l’armée israélienne ont permis de récupérer huit personnes vivantes et cinquante corps. Ces actions, souvent risquées, témoignent de la détermination à ne laisser personne derrière.
Chaque libération, chaque rapatriement a été un moment d’émotion intense, mêlant joie pour les survivants et tristesse infinie pour ceux qui n’ont pas tenu. Les familles, les communautés, le pays tout entier ont vécu ces instants comme des respirations collectives après une longue apnée.
Ran Gvili : le dernier chapitre
Le nom de Ran Gvili restera associé à la fin de cette saga. Âgé de 24 ans, membre d’une unité d’élite de la police israélienne, il avait été capturé lors de l’attaque. Sa dépouille, identifiée et rapatriée ce lundi, marque la conclusion physique de la présence d’otages dans Gaza.
Ce rapatriement n’efface pas la douleur, mais il offre une forme de closure aux proches. Il symbolise aussi la persévérance des efforts déployés pour récupérer chaque personne, vivante ou non. Dans un contexte où chaque détail compte, cet acte final revêt une importance symbolique majeure.
Réflexions sur l’impact durable
Cette crise a laissé des cicatrices profondes dans de nombreuses vies. Les survivants portent les marques d’une captivité prolongée, souvent dans des conditions extrêmes. Les familles des disparus ont traversé l’angoisse permanente, les fausses joies, les confirmations terribles.
Au-delà des chiffres, ce sont des histoires individuelles qui émergent : des parents séparés de leurs enfants, des conjoints arrachés l’un à l’autre, des communautés kibboutznik décimées. Chaque nom derrière ces statistiques représente un univers affectif brisé et reconstruit avec difficulté.
La diversité des otages – Israéliens, étrangers, jeunes, âgés, civils, militaires – illustre comment un conflit peut toucher l’humanité dans toute sa variété. Les ouvriers thaïlandais, par exemple, venus chercher une vie meilleure, se sont retrouvés pris dans une tourmente géopolitique qui les dépassait largement.
Vers une mémoire collective
Aujourd’hui, avec le retour de la dépouille de Ran Gvili, s’ouvre une nouvelle phase : celle du souvenir et de la commémoration. Les commémorations du 7 octobre se multiplient, les récits des survivants émergent progressivement, permettant une meilleure compréhension de ce qui s’est passé dans l’ombre.
Cette mémoire collective devient essentielle pour honorer les victimes et les survivants. Elle sert aussi de rappel permanent de la fragilité de la paix et de la nécessité de protéger les civils en toutes circonstances. Les leçons tirées de cette tragédie influenceront sans doute les politiques futures et les approches sécuritaires.
Les enfants qui ont grandi sans leurs parents, les parents qui ont perdu leurs enfants, les communautés qui pleurent leurs membres : tous portent désormais cette histoire en eux. La reconstruction passe par le dialogue, le soutien psychologique, la solidarité nationale et internationale.
En ce jour où plus aucun otage ne reste à Gaza, le deuil se mêle au soulagement. Soulagement que plus personne ne souffre là-bas dans l’incertitude, deuil pour tous ceux qui n’ont pas vu ce jour. Cette ambivalence définit peut-être le mieux l’état d’esprit actuel.
Les mois et les années à venir seront marqués par le travail de mémoire, par les thérapies pour les rescapés, par les hommages réguliers. Mais surtout, par l’espoir que de telles horreurs ne se reproduisent plus, que le dialogue l’emporte sur la violence, que l’humanité prévale.
Car derrière chaque chiffre, chaque nom, se trouve une vie unique, irremplaçable. Et c’est en se souvenant de cela que l’on rend le plus bel hommage à ceux qui ont traversé l’enfer et à ceux qui n’en sont pas revenus.
Le chemin reste long pour guérir les plaies ouvertes par le 7 octobre 2023. Mais la clôture de ce chapitre des otages représente une étape cruciale. Une étape vers la reconnaissance pleine de la souffrance endurée, vers la reconstruction des vies brisées, vers un avenir où la sécurité et la dignité humaine ne soient plus négociables.
Que ce rapatriement final apporte un peu de paix aux familles concernées, et que la mémoire de tous ceux touchés par cette tragédie guide les générations futures vers plus de compréhension et de compassion.









