Le Festival international des cinémas d’Asie s’installe à Vesoul pour une 32e édition qui promet de plonger les spectateurs au cœur des réalités les plus contrastées du continent asiatique. Du mardi 27 janvier au 3 février 2026, cette petite ville de l’est de la France devient, le temps d’une semaine intense, un carrefour mondial du septième art asiatique. Avec près d’une centaine de films venus de 24 pays, allant de la Méditerranée jusqu’à la mer du Japon, l’événement attire chaque année des dizaines de milliers de passionnés, prouvant que le cinéma peut transcender les frontières géographiques et culturelles.
Depuis sa création en 1995, le Festival international des cinémas d’Asie (FICA) de Vesoul s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour qui veut découvrir les œuvres les plus audacieuses et les plus engagées du continent. Ce n’est pas un simple rassemblement de films exotiques : c’est une véritable fenêtre ouverte sur les enjeux brûlants qui traversent l’Asie aujourd’hui.
Les organisateurs, portés par une passion sans faille, ont réussi à faire de cette manifestation un événement d’envergure internationale. Plus de 800 000 spectateurs cumulés en trois décennies témoignent de cette réussite improbable dans une ville de taille modeste. Cette année encore, l’attente est forte autour d’une programmation qui mêle fiction et documentaire, avec une compétition officielle particulièrement relevée.
Pour cette édition 2026, le jury international est présidé par le réalisateur chinois Wang Bing, figure majeure du documentaire contemporain. Reconnu pour son regard incisif sur la société chinoise et ses transformations, il aura la lourde tâche de départager 18 films en lice : neuf fictions et neuf documentaires. Le trophée suprême, le Cyclo d’or, récompensera l’œuvre la plus marquante selon les critères du jury.
Ce choix d’un président aussi respecté souligne l’ambition du festival : mettre en lumière des cinémas qui osent affronter les tabous, les injustices et les fractures du monde actuel. Les membres du jury devront évaluer des propositions artistiques souvent audacieuses, tournées vers les marges et les silences que les grands circuits ignorent fréquemment.
Parmi les fictions en compétition, Riverstone, réalisé par le Sri-Lankais Lalith Rathnayake, se distingue particulièrement. Présenté en première européenne après avoir remporté deux prix au Festival du film de Shanghai en juin dernier, ce long-métrage est décrit comme profondément bouleversant. L’histoire suit un condamné à mort escorté par des policiers vers son village natal, où l’attend une exécution extra-judiciaire déguisée en accident.
Dans un pays où la peine de mort est abolie de facto depuis plus de cinquante ans, ce récit explore les zones grises du système judiciaire et les pratiques clandestines qui perdurent. Le film interroge la justice, la vengeance et la frontière ténue entre loi et arbitraire.
Le Kirghizstan est au centre de Kurak, un long-métrage courageux qui dénonce les violences faites aux femmes. Sur fond de pouvoir autoritaire et d’emprise de l’élite dirigeante, le film aborde aussi l’usage de la drogue du violeur. Ce cinéma militant met en lumière des réalités souvent occultées, avec une approche directe et sans concession.
Les figures féminines occupent une place centrale dans plusieurs œuvres sélectionnées. Full Plate, venu d’Inde, explore les relations complexes entre communautés musulmane et hindoue. Dans un contexte où les tensions religieuses se sont accentuées ces dernières années, le film défend l’idée qu’une meilleure compréhension mutuelle peut apaiser les conflits. Il offre un message d’espoir dans une société traversée par des divisions profondes.
La Corée du Sud, pays marqué par l’un des taux de suicide les plus élevés au monde, présente Beautiful Dreamer de Lee Kwang-kuk. Ce film sensible, comparé au style de François Ozon, suit une veuve confrontée au souvenir douloureux de son mari qui a choisi de mettre fin à ses jours. Il explore le deuil, la mémoire et les blessures invisibles laissées par la perte.
L’Iranien Abbas Nezamdoost signe Duality, l’histoire d’un couple qui se déchire avant un accident de voiture dramatique. Ce film, qualifié de version iranienne des Choses de la vie, brise les codes en montrant des femmes sans voile, défiant ainsi la censure. Le réalisateur sera présent à Vesoul malgré les difficultés dans son pays, signe de l’engagement du festival auprès des cinéastes en résistance.
Du côté chinois, Zhang Lu, déjà double lauréat à Vesoul, revient avec Gloaming in Luomu, portrait d’un village hors du temps. Une autre proposition chinoise, Take Off de Peng Fei, apporte une touche d’humour inattendue dans une sélection globalement sombre : les aventures cocasses d’une montgolfière dans le nord-est du pays offrent un contrepoint léger et bienvenu.
Taïwan est représenté par Before the Bright Day de Tsao Shih-han. Ce récit suit la révolte d’un adolescent contre son père dans les années 1990, une quête d’indépendance qui fait écho aux aspirations d’autonomie de l’île face à la Chine continentale.
La section documentaire n’est pas en reste avec deux œuvres palestiniennes en compétition : Gaza to Oscar et Hassan. Ces films apportent des témoignages directs sur des situations de conflit et de résilience, offrant des perspectives souvent absentes des grands médias.
La diversité des formats et des origines garantit une programmation riche et variée. Du Proche-Orient au toit du monde, en passant par les dessins animés japonais ou les polars et films d’espionnage regroupés sous le thème « Mystères et boule d’opium », le festival répond à tous les goûts et toutes les curiosités.
Ce qui frappe dans ce festival, c’est sa capacité à transformer une petite ville française en plaque tournante du cinéma asiatique. Les organisateurs ont su créer une véritable communauté autour de ces œuvres, en misant sur la qualité des sélections et sur l’accueil chaleureux réservé aux cinéastes et aux spectateurs.
Chaque année, des réalisateurs bravent censure, distances et contraintes pour venir présenter leurs films. Cette proximité rare entre créateurs et public fait la force de l’événement. Les discussions après les projections, les rencontres imprévues dans les rues de Vesoul : tout cela contribue à une expérience unique.
Le cinéma d’Asie présenté ici n’est pas figé dans des clichés touristiques. Il est vivant, engagé, parfois douloureux, souvent poétique. Il raconte des histoires que l’on ne voit nulle part ailleurs, avec une authenticité qui touche profondément.
Pour les cinéphiles, c’est une opportunité exceptionnelle de découvrir des pépites avant qu’elles ne soient diffusées plus largement. Pour les curieux, c’est une invitation à voyager sans quitter son siège, à la rencontre de cultures multiples et de regards singuliers sur le monde.
Avec une telle densité de propositions, le défi sera de choisir parmi cette abondance. Mais quel que soit le parcours choisi, une chose est sûre : on ressortira transformé de cette semaine d’immersion cinématographique.
Le festival continue de prouver que le cinéma reste l’un des meilleurs moyens de comprendre les autres, de partager leurs luttes, leurs rêves et leurs espoirs. À Vesoul, l’Asie se donne à voir dans toute sa complexité et sa beauté troublante.
Alors, si vous cherchez une expérience cinéphile hors des sentiers battus, direction Vesoul en ce début d’année 2026. Vous y découvrirez des films qui marquent, qui questionnent, qui restent en tête longtemps après le générique de fin.









