Imaginez un instant : vous avez fui la guerre, reconstruit une vie loin de chez vous, et soudain, tout s’effondre. C’est la réalité brutale que vivent aujourd’hui des milliers d’Afghans au Pakistan. Menacés d’expulsion par les autorités, ces réfugiés oscillent entre peur et désespoir, craignant un retour forcé vers un pays qu’ils ne reconnaissent plus. Une restauratrice, installée depuis trente ans, confie son angoisse : son commerce est désert, ses employées ont fui, et son avenir s’assombrit.
Une Crise Humanitaire en Silence
Le Pakistan, terre d’accueil pour des générations d’Afghans, change de visage. Depuis des mois, une politique d’expulsion massive secoue le pays. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : **1,3 million de réfugiés** détenteurs d’une carte officielle ont jusqu’à fin juin pour rester, mais uniquement hors des grandes villes comme Islamabad. Pour les autres, près de 800 000 personnes avec des permis annulés, l’étau se resserre dès ce mois-ci. Que deviennent ces familles, souvent nées sur ce sol ?
Des Vies Brisées par une Décision
Pour beaucoup, cette expulsion est une sentence. Une femme, arrivée dans les années 90, raconte comment le Pakistan lui avait offert un refuge, un sourire, avant de tout lui reprendre. Aujourd’hui, elle craint pour sa vie : « Si je retourne là-bas, mon cœur ne tiendra pas. » Les talibans, au pouvoir depuis 2021, effraient ces exilés. Pour eux, l’Afghanistan n’est plus un foyer, mais une menace.
« Ils m’ont donné un avenir, et maintenant ils me le volent. »
– Une restauratrice afghane à Rawalpindi
Son restaurant, autrefois animé, est un symbole de cette crise. Les clients, terrifiés par les contrôles, ont disparu. Ses employées, toutes afghanes, ont pris la fuite. Ce n’est pas un cas isolé : des militants signalent des vagues de départs volontaires, poussés par la peur des arrestations.
Un Harcèlement au Quotidien
Officiellement, la campagne d’expulsion n’a pas encore débuté. Pourtant, les témoignages affluent. Harcèlement, racket, intimidations : les Afghans vivent dans l’angoisse. Une avocate rapporte qu’en quelques jours seulement, un millier de personnes ont été placées en détention. Des milliers d’autres ont déjà quitté le pays, préférant l’incertitude à la répression.
- Des contrôles incessants dans les rues.
- Des familles séparées par la peur.
- Un exode silencieux vers l’inconnu.
Le Pakistan justifie cette politique par des accusations lourdes : les Afghans seraient responsables des troubles qui agitent le pays. Englué dans une crise économique et des violences internes, le gouvernement pointe du doigt ces réfugiés, boucs émissaires d’une situation complexe.
Pas d’Avenir pour les Enfants
Parmi les plus touchés, les enfants. Une mère, arrivée après la prise de pouvoir des talibans, tremble pour sa fille. Au Pakistan, elle peut encore aller à l’école, jouer au parc. En Afghanistan ? L’éducation des filles s’arrête au primaire. L’ONU parle d’un « apartheid de genre« , une réalité qui glace les familles exilées.
Un père, né dans un camp de réfugiés au Pakistan, s’inquiète aussi. Ses trois filles, issues d’un mariage avec une Pakistanaise, n’ont aucun papier. « Elles sont d’ici, mais on veut m’arracher à elles. » Sa carte de résidence, désormais inutile, est son seul souvenir d’une vie stable.
Une Identité en Suspens
Pour certains, l’Afghanistan est une terre étrangère. Un homme de 43 ans, né au Pakistan, n’y a jamais mis les pieds. « Là-bas, on m’appellera ‘le Pakistanais’ », dit-il avec amertume. Sans nationalité, il incarne une génération coincée entre deux mondes. La loi pakistanaise, rigide, ne lui offre aucune issue.
En chiffres : Plus de 800 000 Afghans ont été expulsés fin 2023. Une vague qui n’a pas ému les grandes institutions internationales.
Pourtant, ces départs ne sont pas sans risques. D’après une source proche des ONG, ceux qui fuient récemment pourraient être ciblés par les talibans. Persécutions, arrestations : le danger est réel.
Un Combat pour l’Asile
Certains tentent encore de s’accrocher à un espoir. Une militante féministe, mère de quatre enfants, attend un visa pour le Brésil. « Encore un mois », murmure-t-elle. Mais le chemin est semé d’embûches : les checkpoints pullulent, et les autorités ne reconnaissent pas ses documents. Son mari a déjà été détenu. Leur fuite vers une ville éloignée n’est qu’un sursis.
Statut | Nombre | Délai |
Carte PoR | 1,3 million | 30 juin |
Carte ACC | 800 000 | Expulsion immédiate |
Ce tableau illustre l’ampleur du drame. Deux catégories, deux destins, mais une même peur : celle de tout perdre.
Un Silence International Assourdissant
Face à cette crise, le monde reste muet. Fin 2023, des centaines de milliers d’Afghans ont été renvoyés sans que cela ne soulève de tollé. Les aides internationales continuent d’affluer vers le Pakistan, comme si de rien n’était. Mais pour les exilés, ce silence est une trahison.
Que faire quand votre pays d’accueil vous rejette et que votre pays d’origine vous menace ? Cette question hante les Afghans du Pakistan. Entre les rafles imminentes et l’incertitude, leur quotidien est un combat. Et pour beaucoup, l’issue reste floue.
Vers Où Aller ?
Le sort de ces réfugiés interroge. Certains envisagent un départ volontaire, d’autres s’accrochent à des démarches d’asile. Mais tous partagent une même angoisse : celle d’un avenir volé. Une restauratrice résume ce sentiment : « Je n’ai plus personne là-bas, et ici, je ne suis plus la bienvenue. »
- Fuir : mais vers où ?
- Rester : au risque d’être arrêté.
- Survivre : dans un entre-deux insoutenable.
Ce drame, bien que discret, est une bombe à retardement. Les familles afghanes, déracinées une fois de plus, portent le poids d’une histoire qui ne leur laisse aucun répit. Et nous, que faisons-nous pour les entendre ?