Imaginez des chiffres qui font froid dans le dos : en seulement trois mois, plus de 115 000 personnes ont reçu l’ordre de quitter le territoire d’un pays de l’Union européenne. Nous parlons ici du troisième trimestre 2025, une période où les États membres ont redoublé d’efforts pour faire respecter leurs règles d’immigration. Pourtant, derrière ces ordres administratifs, une réalité bien plus nuancée émerge : seuls 34 000 individus ont effectivement été renvoyés. Pourquoi un tel fossé entre les décisions et leur application concrète ?
Une hausse significative des mesures d’éloignement en 2025
Le troisième trimestre 2025 marque un tournant dans la gestion migratoire européenne. Les autorités ont prononcé un nombre record d’obligations de quitter le territoire (OQTF), avec une progression de 2,7 % par rapport à la même période en 2024. Cette augmentation traduit une volonté politique accrue de contrôler les flux migratoires irréguliers au sein de l’espace Schengen.
Pourtant, cette fermeté affichée se heurte à une réalité opérationnelle complexe. Le taux d’exécution reste relativement faible, même s’il progresse de 14,6 % sur un an. Cette disparité soulève de nombreuses questions sur l’efficacité réelle des politiques migratoires actuelles.
Les nationalités les plus concernées par les OQTF
Parmi les personnes visées par ces mesures, les ressortissants algériens occupent une place prépondérante. Avec plus de 12 000 ordres prononcés, ils devancent nettement les Marocains et les Turcs, qui arrivent en deuxième et troisième positions.
Cette prédominance algérienne s’explique par plusieurs facteurs : un flux migratoire important vers certains pays, notamment la France, mais aussi des difficultés récurrentes dans les procédures de réadmission. Les relations diplomatiques parfois tendues entre Alger et certains États membres compliquent encore la situation.
En revanche, les retours effectifs concernent davantage les ressortissants de Turquie, de Géorgie et d’Albanie. Ces pays coopèrent plus facilement avec les autorités européennes, facilitant ainsi les procédures de rapatriement.
Les pays européens les plus actifs dans les expulsions
La France se place en tête des pays prononçant le plus d’OQTF, suivie de près par l’Allemagne et la Grèce. Ces trois États concentrent la majorité des décisions administratives, reflétant les pressions migratoires qu’ils subissent.
En termes d’exécutions, la France et l’Allemagne réalisent également le plus grand nombre de renvois effectifs. Cependant, la proportion d’Algériens réellement expulsés reste particulièrement faible par rapport au nombre d’ordres prononcés, illustrant les défis spécifiques liés à cette nationalité.
Les obstacles à l’exécution des OQTF
Plusieurs facteurs expliquent le faible taux d’exécution des obligations de quitter le territoire. D’abord, les obstacles juridiques : les recours déposés par les personnes concernées peuvent suspendre l’exécution pendant des mois, voire des années.
Ensuite, les difficultés logistiques et diplomatiques jouent un rôle majeur. Pour procéder à un renvoi, il faut obtenir des documents de voyage du pays d’origine, ce qui n’est pas toujours possible rapidement. Certains États rechignent à délivrer ces laissez-passer, rendant les expulsions impossibles.
« Un étranger ne peut être renvoyé dans son pays que s’il dispose d’un document d’identité valide. Sans cela, le pays d’origine peut refuser son admission. »
Cette réalité administrative crée des situations parfois ubuesques, où des personnes sous OQTF restent des années sur le territoire européen sans pouvoir être expulsées, ni régularisées.
Comparaison avec les trimestres précédents
Par rapport au deuxième trimestre 2025, on observe une légère baisse des OQTF (-0,9 %) mais une légère hausse des expulsions (+0,5 %). Cette évolution suggère que, même si le nombre de décisions diminue légèrement, l’efficacité de leur mise en œuvre progresse lentement.
Sur un an, la tendance reste clairement à la hausse : plus d’ordres prononcés et, surtout, plus d’expulsions effectives. Cette progression, bien que modeste, indique que les États membres tentent d’améliorer leurs capacités opérationnelles.
Les conséquences pour les personnes concernées
Pour les individus sous OQTF, la situation est souvent précaire. Privés de titre de séjour, ils vivent dans une incertitude permanente, avec des droits limités en matière d’emploi, de logement et de soins.
Certains choisissent de disparaître dans la nature, alimentant le travail au noir et les réseaux clandestins. D’autres, malgré l’ordre de quitter le territoire, continuent leur vie en espérant une régularisation ou un changement de politique.
Vers une meilleure coopération internationale ?
Pour améliorer le taux d’exécution, les experts insistent sur la nécessité d’une coopération renforcée avec les pays d’origine. Des accords de réadmission plus efficaces, assortis d’incitations économiques, pourraient faciliter les retours.
Par ailleurs, une harmonisation des pratiques au niveau européen permettrait d’éviter les disparités actuelles entre États membres. Certains pays sont plus efficaces que d’autres dans l’exécution des renvois, créant des effets d’appel d’air indésirables.
Le rôle des recours et de la justice
Les recours en justice constituent un autre frein majeur. Dans de nombreux pays, le droit au recours suspensif permet aux personnes concernées de contester la décision d’expulsion devant les tribunaux.
Si cette garantie est essentielle pour protéger les droits fondamentaux, elle peut aussi entraîner des délais considérables. Certains dossiers traînent pendant des années, le temps que les procédures s’épuisent.
Perspectives pour 2026
Alors que l’année 2025 touche à sa fin, les regards se tournent déjà vers 2026. Les États membres devraient continuer à renforcer leurs capacités d’expulsion, tout en essayant d’améliorer la coopération avec les pays tiers.
Le Pacte sur la migration et l’asile, adopté récemment, vise justement à mieux répartir les efforts et à accélérer les procédures. Reste à voir si ces réformes porteront leurs fruits dans les mois à venir.
Une politique migratoire sous tension
La question migratoire reste l’un des sujets les plus sensibles en Europe. Entre fermeté affichée et difficultés opérationnelles, les États membres naviguent en eaux troubles.
Les chiffres du troisième trimestre 2025 montrent que, malgré une volonté politique affirmée, la mise en œuvre concrète des politiques d’éloignement reste un défi majeur. Il faudra sans doute des années pour trouver un équilibre entre respect des règles et respect des droits humains.
En attendant, les 115 000 OQTF prononcées cet été restent un rappel brutal : l’Europe est confrontée à un défi migratoire complexe, dont la solution ne pourra être que multilatérale et patiemment construite.
Le chemin est encore long, mais les premiers signes d’amélioration opérationnelle sont encourageants. Reste à transformer ces progrès timides en résultats concrets et durables.
À suivre, donc, avec attention dans les mois à venir.









