Imaginez passer des mois entiers loin de votre famille, sans pouvoir rentrer pour les fêtes, sans savoir quand vous reverrez vos proches. C’est exactement ce qu’ont vécu des centaines de jeunes Pakistanais inscrits dans des universités afghanes. Leur quotidien s’est transformé en véritable calvaire lorsque les autorités ont décidé de fermer hermétiquement la frontière terrestre qui relie les deux pays.
Depuis octobre dernier, la situation semblait bloquée pour de bon. Pourtant, une lueur d’espoir est apparue récemment pour certains d’entre eux. Une catégorie précise d’étudiants a reçu une autorisation exceptionnelle de passage. Ce développement inattendu soulève de nombreuses interrogations sur les relations déjà très tendues entre Islamabad et Kaboul.
Une brèche humanitaire dans un climat de forte tension
La nouvelle a été confirmée par les autorités afghanes elles-mêmes. Seuls les étudiants originaires de la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa ont pu franchir le poste-frontière emblématique de Torkham. Cette mesure concerne exclusivement cette catégorie de personnes. Les autres voyageurs, qu’ils soient commerçants, familles ou simples citoyens, restent interdits de passage dans les deux sens.
Le porte-parole de la police aux frontières afghane a tenu à préciser que cette ouverture ne signale en aucun cas une réouverture générale de la frontière. Il a même déconseillé fermement à quiconque de se présenter au poste de Torkham en espérant pouvoir passer. La frontière demeure officiellement fermée, et cette exception reste strictement limitée.
Le calvaire des étudiants coincés depuis trois mois
Depuis la fermeture brutale des passages terrestres en octobre 2025, plusieurs centaines d’étudiants pakistanais se retrouvaient immobilisés dans la province afghane de Nangarhar. Beaucoup suivaient des cursus de médecine ou d’autres filières universitaires dans différentes villes afghanes. Leur retour au pays semblait de plus en plus compromis au fil des semaines.
Fin décembre, certains d’entre eux avaient déjà exprimé leur profonde détresse. Ils craignaient de manquer les retrouvailles familiales pendant les vacances d’hiver. La séparation prolongée, combinée à l’incertitude totale sur la date de réouverture, avait plongé nombre d’entre eux dans une anxiété croissante.
Pour ces jeunes, souvent âgés d’une vingtaine d’années, l’isolement a été particulièrement difficile à vivre. Privés de contact régulier avec leurs parents, frères et sœurs, ils ont dû faire face seuls aux contraintes quotidiennes dans un pays étranger en pleine reconstruction politique.
Une décision saluée, mais entourée de prudence
Je suis heureux des décisions du gouvernement afghan d’ouvrir la route pour nous.
Un étudiant en médecine pakistanais
Ces mots prononcés par un étudiant en médecine nommé Anees Afridi résument parfaitement le soulagement ressenti par ceux qui ont pu enfin prendre le chemin du retour. Après des mois d’attente, le simple fait de pouvoir franchir la frontière représente un immense soulagement émotionnel.
Cependant, ce même étudiant exprime aussi une réelle préoccupation pour l’avenir. Il espère vivement que des discussions entre les deux gouvernements permettront, à terme, une circulation plus fluide dans les deux sens. Le retour en Afghanistan pour reprendre les cours constitue en effet une autre source d’inquiétude majeure.
Contexte d’une relation bilatérale explosive
Les relations entre le Pakistan et l’Afghanistan sous contrôle taliban n’ont jamais été simples. Depuis la reprise du pouvoir par les talibans à Kaboul en 2021, Islamabad accuse régulièrement son voisin d’abriter des groupes armés qui mènent des attaques sur le sol pakistanais. Les autorités afghanes démentent systématiquement ces allégations.
Cette méfiance mutuelle a connu un pic particulièrement violent en octobre 2025. Des affrontements d’une intensité inhabituelle ont causé la mort de 70 personnes. Suite à ces incidents graves, les autorités pakistanaises ont pris la décision radicale de fermer l’ensemble des postes-frontières terrestres. Cette mesure a immédiatement perturbé les flux commerciaux vitaux pour les deux économies.
La frontière de plus de 2 600 kilomètres qui sépare les deux pays constitue une zone de vie quotidienne pour des millions de personnes. Familles séparées, commerçants, étudiants, patients en quête de soins : tous dépendent traditionnellement de cette porosité historique. La fermeture prolongée a donc créé une véritable crise humanitaire silencieuse.
Impacts multiples d’une fermeture prolongée
Sur le plan économique, les conséquences ont été immédiates et sévères. Les échanges commerciaux, déjà fragiles, se sont effondrés. Les produits agricoles, les matériaux de construction, les denrées alimentaires transitent normalement par ces postes-frontières. Leur absence a provoqué des tensions sur les marchés locaux des deux côtés.
Sur le plan humain, les drames personnels se sont multipliés. Des malades n’ont pas pu accéder à des soins spécialisés de l’autre côté de la frontière. Des familles n’ont pas pu se réunir pour des mariages, des funérailles ou des naissances. Les étudiants, eux, ont vu leur parcours académique menacé par cette situation imprévue.
- Perte d’accès aux soins médicaux transfrontaliers
- Interruption des échanges familiaux réguliers
- Blocage des marchandises essentielles
- Arrêt des mobilités étudiantes
- Augmentation des coûts de transport alternatif (très limités)
Ces différents aspects montrent à quel point la fermeture prolongée dépasse largement le cadre sécuritaire pour toucher directement la vie quotidienne de milliers de citoyens ordinaires.
Le cas particulier des étudiants de Khyber Pakhtunkhwa
Pourquoi cette province pakistanaise a-t-elle été privilégiée ? Située directement en face de la frontière orientale afghane, Khyber Pakhtunkhwa entretient des liens historiques, culturels et familiaux particulièrement forts avec les régions afghanes limitrophes. La majorité des étudiants bloqués provenaient précisément de cette zone géographique.
Les autorités afghanes ont donc peut-être considéré que ces jeunes représentaient un cas humanitaire prioritaire. Leur présence prolongée sur le sol afghan sans possibilité de retour pouvait également poser des problèmes logistiques et sociaux dans les villes universitaires concernées.
Cette mesure reste néanmoins très encadrée. Elle ne concerne que les étudiants dûment identifiés et inscrits. Aucun autre groupe – pas même d’autres étudiants pakistanais originaires d’autres provinces – n’a bénéficié de cette exception pour le moment.
Vers une normalisation progressive ou un statu quo prolongé ?
La question que tout le monde se pose désormais est simple : cette mesure exceptionnelle annonce-t-elle un assouplissement plus large des restrictions frontalières ? Ou reste-t-elle une décision ponctuelle destinée à désamorcer une situation humanitaire embarrassante sans rien changer au fond ?
Les signaux envoyés par les deux capitales restent ambigus. D’un côté, Islamabad continue d’insister sur la nécessité pour Kaboul de prendre des mesures concrètes contre les groupes armés qui utiliseraient le sol afghan. De l’autre, les talibans maintiennent que ces accusations sont infondées et demandent au Pakistan de rouvrir pleinement les postes-frontières.
Entre ces deux positions apparemment inconciliables, les citoyens ordinaires – et particulièrement les étudiants – paient le prix fort d’un conflit larvé qui ne dit pas son nom. L’espoir exprimé par Anees Afridi, celui de voir un jour la frontière s’ouvrir dans les deux sens grâce au dialogue, reste pour l’instant suspendu à de futures négociations.
Les conséquences à long terme pour l’éducation transfrontalière
De nombreux jeunes Pakistanais choisissent traditionnellement l’Afghanistan pour poursuivre leurs études supérieures, notamment en médecine. Les frais de scolarité y sont souvent plus abordables, et la proximité géographique facilite les allers-retours réguliers. Cette crise risque de remettre profondément en question ce modèle éducatif transfrontalier.
Certains étudiants pourraient désormais hésiter à s’inscrire dans des universités afghanes, craignant une nouvelle fermeture imprévisible. D’autres, déjà engagés dans leur cursus, pourraient chercher des solutions de transfert vers des établissements pakistanais ou d’autres pays. Cette incertitude pèse lourd sur l’avenir académique de toute une génération.
Du côté afghan, les universités concernées perdent également des revenus importants liés aux étudiants étrangers. Elles risquent de voir leur attractivité diminuer si la situation frontalière reste instable sur le long terme.
Un symbole des fragilités régionales
Cette crise des étudiants bloqués dépasse largement le cadre individuel. Elle illustre les immenses fragilités qui traversent la région. Lorsque des relations diplomatiques se tendent, ce sont toujours les populations civiles qui en subissent les conséquences les plus directes et les plus douloureuses.
Dans le cas présent, une décision humanitaire ponctuelle permet de soulager temporairement quelques centaines de familles. Mais elle ne résout en rien les causes profondes des tensions. Tant que les questions sécuritaires, économiques et politiques ne seront pas traitées à la racine, le risque de nouvelles fermetures ou de restrictions similaires restera élevé.
Pour les étudiants qui rentrent enfin chez eux, le soulagement est immense. Pour ceux qui restent encore sur place, l’attente continue. Et pour les milliers d’autres personnes habituées à traverser cette frontière dans leur quotidien, la situation demeure figée dans une incertitude pesante.
Cette affaire rappelle brutalement que derrière les communiqués officiels et les déclarations politiques se cachent des vies réelles, des projets d’avenir interrompus, des familles séparées et des espoirs suspendus. Espérons que le dialogue reprendra bientôt pour permettre à chacun de retrouver une vie normale de part et d’autre de cette ligne imaginaire qui divise pourtant tant de destins.
En attendant, le simple fait que quelques dizaines, puis centaines d’étudiants aient pu revoir leurs proches représente déjà une petite victoire humaine dans un contexte global très sombre. Une victoire fragile, précaire, mais réelle.
La suite des événements dépendra largement de la capacité des deux gouvernements à dépasser la logique de confrontation pour privilégier, au moins sur certains dossiers humanitaires, une approche plus pragmatique et moins idéologique. L’avenir des étudiants pakistanais en Afghanistan, mais aussi celui de milliers d’autres citoyens ordinaires, en dépend directement.









