Imaginez un instant : les falaises de Saint-Malo qui s’effacent lentement à l’horizon, l’Atlantique qui se déchaîne sous une coque effilée taillée pour la vitesse extrême, et un skipper expérimenté qui tient la barre d’un multicoque né il y a plus de vingt ans mais toujours capable de faire vibrer les passionnés de voile. C’est exactement le tableau que nous promet Éric Péron pour la prochaine édition de la Route du Rhum. Un retour aux sources, sur une machine mythique, avec l’ambition affichée de dominer sa catégorie. Préparez-vous à plonger dans un projet qui mêle nostalgie, technicité et audace pure.
Un come-back chargé d’émotions sur les traces des légendes
Quand on parle de la Route du Rhum, on évoque immédiatement des noms qui ont marqué l’histoire de la course au large. Cette transatlantique en solitaire entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre reste l’une des épreuves les plus exigeantes et les plus mythiques de la planète voile. Et pour l’édition 2026, dont le coup d’envoi est fixé au 1er novembre, plusieurs figures emblématiques ont décidé de revenir sur le devant de la scène. Parmi elles, Éric Péron choisit une voie originale : redonner vie à un trimaran Orma de 18,28 mètres, un pur-sang des années 2000.
Ce bateau n’est pas n’importe lequel. Lancé en 2002, il porte en lui les souvenirs d’une époque où les multicoques Ultim n’existaient pas encore sous leur forme actuelle, mais où les Orma 60 faisaient déjà trembler les océans. Rebaptisé aujourd’hui French Touch, il incarne un retour aux fondamentaux : vitesse brute, sensations intenses et respect d’une certaine tradition de la voile océanique. Pour Éric Péron, c’est bien plus qu’un choix technique, c’est une véritable déclaration d’amour à ces machines qui ont façonné sa passion.
Qui est Éric Péron, le marin aux multiples visages ?
Éric Péron n’est pas un novice. Ce skipper breton cumule des expériences variées qui témoignent d’une polyvalence rare dans le milieu. Il s’est illustré dans des courses en équipage, en double, et même en solitaire sur des supports très différents. Son parcours récent inclut une belle performance dans un tour du monde en solitaire sur un multicoque de dernière génération, où il a démontré sa capacité à gérer la fatigue, les avaries et les choix stratégiques cruciaux en pleine mer.
Mais au-delà des classements, c’est son rapport intime à la mer qui frappe. Péron parle souvent de la nécessité de « vibrer » à bord. Pour lui, naviguer n’est pas seulement une compétition, c’est une quête de sensations, d’harmonie avec les éléments. Choisir un trimaran Orma plutôt qu’un bateau plus récent répond précisément à cette philosophie : retrouver le frisson brut des grands multicoques d’antan, ceux qui demandent une implication physique et mentale totale.
« Revenir sur la Route du Rhum avec un Orma est forcément particulier. Ces bateaux ont une histoire forte. »
Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit du projet. Il ne s’agit pas seulement de participer, mais de rendre hommage à une génération de marins et de machines qui ont repoussé les limites de la vitesse en solitaire.
Le trimaran French Touch : une légende ressuscitée
Construit par le chantier Multiplast et dessiné par l’architecte Marc Lombard, ce trimaran de 60 pieds (18,28 m) a vu le jour en 2002 sous le nom de Sopra Group. À l’époque, il était skippé par Philippe Monnet, un marin connu pour ses exploits en solitaire et ses tentatives de records. Le bateau a ensuite changé plusieurs fois de mains et de couleurs, mais il a toujours conservé cette ligne agressive, ces flotteurs élancés et ce potentiel de vitesse hallucinant pour son époque.
Aujourd’hui, sous les couleurs du French Touch Oceans Club, il bénéficie d’une remise à niveau complète. Actuellement basé à Chicago, il doit traverser l’Atlantique en sens inverse pour rejoindre Brest fin avril. Une traversée convoyage déjà en soi un premier test pour une machine qui n’a pas navigué en course depuis longtemps. Ensuite viendront les phases d’entraînement intensif, les réglages fins et surtout la qualification obligatoire via la Dream Cup, prévue en juillet.
Pourquoi ce choix d’un bateau vintage ? Parce que la Route du Rhum 2026 propose une catégorie dédiée : Vintage Multi. Elle regroupe des multicoques construits avant une certaine date, souvent des Orma 60, des MOD70 ou d’autres gloires du passé. Cette classe permet de redonner une seconde vie à des unités mythiques tout en garantissant une équité sportive grâce à des règles adaptées. Et dans ce plateau, French Touch fait figure de sérieux prétendant à la victoire finale.
Les défis techniques d’un Orma en 2026
Remettre en route un trimaran de plus de vingt ans n’est pas une mince affaire. Même si la structure de base reste d’une solidité remarquable, de nombreux éléments ont besoin d’être modernisés : électronique, voiles, systèmes de sécurité, hydraulique, etc. L’équipe technique travaille actuellement sur un programme de refit ambitieux pour aligner le bateau sur les exigences actuelles de sécurité et de performance.
- Mâts et gréements : vérification complète et éventuel remplacement partiel
- Électronique de navigation : intégration de systèmes récents tout en conservant l’esprit « light » du bateau
- Coques et appendices : auscultation poussée pour détecter toute microfissure
- Voiles : nouvelle garde-robe haute performance adaptée aux vents alizéens et aux dépressions atlantiques
- Sécurité : radeaux, balises, combinaisons, tout doit être aux normes 2026
Chaque modification doit respecter le règlement de la catégorie Vintage Multi, qui limite les évolutions pour préserver l’esprit originel des bateaux. C’est un équilibre subtil entre modernité indispensable et respect de l’ADN du trimaran.
La concurrence dans la catégorie Vintage Multi
La Route du Rhum a toujours aimé les duels légendaires. Dans cette classe Vintage Multi, plusieurs noms circulent déjà. On parle notamment de figures comme Francis Joyon ou Damien Seguin, eux aussi tentés par le retour sur des multicoques historiques. Chaque bateau aura son histoire, ses particularités, et c’est précisément ce qui rend la catégorie si attractive.
Pour Éric Péron, l’objectif est clair : viser la plus haute marche du podium. Il connaît parfaitement les spécificités de ces machines explosives. Il sait que la victoire se jouera autant sur la stratégie météo que sur la capacité à préserver l’intégrité du bateau pendant près de deux semaines de course. Un Orma peut filer à plus de 35 nœuds en pointe, mais il demande une vigilance de tous les instants.
L’aspect humain et sociétal du projet French Touch
Le French Touch Oceans Club ne se contente pas de viser une performance sportive. Le projet intègre une dimension humaine et engagée. À travers des actions éducatives, des rencontres avec le public et des partenariats solidaires, l’équipe souhaite transmettre les valeurs de la voile : dépassement de soi, respect de l’environnement, esprit d’équipe même en solitaire.
Des initiatives autour de la préservation des océans sont également au programme. Parce que naviguer sur un bateau mythique, c’est aussi porter un message plus large sur la fragilité de notre planète bleue. Éric Péron et son entourage veulent faire de cette campagne une aventure collective, où le public est invité à suivre les coulisses, à participer à des événements et à vibrer au rythme des milles parcourus.
Le calendrier vers le grand départ
Le chemin est encore long jusqu’au 1er novembre 2026. Voici les grandes étapes prévues :
- Fin avril : arrivée du trimaran à Brest après convoyage depuis Chicago
- Mai-juin : refit intensif et premiers navigations d’entraînement
- Juillet : participation à la Dream Cup pour valider la qualification
- Septembre-octobre : navigations longues, affinage des réglages, simulations de course
- 20 octobre : ouverture du village à Saint-Malo
- 1er novembre : grand départ de la 13e Route du Rhum
Chaque jour compte. Chaque mille parcouru rapproche l’équipe de l’objectif. Et pour les passionnés, c’est une montée en puissance passionnante à suivre.
Pourquoi ce projet touche autant les amoureux de la voile ?
Dans un monde où la course au large se tourne de plus en plus vers des technologies de pointe, des foils dernier cri et des matériaux high-tech, revoir un Orma 60 s’élancer sur la Route du Rhum procure une émotion particulière. C’est un pont entre passé et présent, entre les pionniers des années 2000 et les nouvelles générations de skippers.
Éric Péron l’a bien compris. En choisissant ce bateau, il ne cherche pas seulement à gagner une course. Il veut raviver une flamme, rappeler que la voile océanique reste avant tout une affaire d’hommes et de femmes face à l’immensité, avec du courage, de l’instinct et une immense dose d’humilité.
Alors que la date approche, une question flotte dans l’air : French Touch sera-t-il l’invité surprise qui viendra bousculer les favoris ? Ou bien cette aventure servira-t-elle surtout à écrire une belle page d’histoire supplémentaire dans le grand livre de la Route du Rhum ? Une chose est sûre : on a hâte d’être sur les quais de Saint-Malo pour voir cette bête mythique prendre le large.
Et vous, quel est votre souvenir le plus fort lié à un trimaran Orma ? Partagez-le en commentaire, la discussion ne fait que commencer !
En bref : les chiffres clés du projet
Longueur : 18,28 m
Mise à l’eau : 2002
Catégorie : Vintage Multi
Départ : 1er novembre 2026
Objectif : Victoire de catégorie
Ce projet French Touch est bien plus qu’une simple participation. C’est une déclaration d’intention, un pied de nez élégant au temps qui passe, et une invitation à rêver grand. Rendez-vous dans quelques mois pour suivre les premières images de ce trimaran légendaire en action. L’Atlantique n’a qu’à bien se tenir.









