Dans les couloirs feutrés du Sénat, une petite bombe vient d’exploser. Les conclusions d’une mission d’information sur l’explosion du déficit public ont été dévoilées, et elles n’épargnent personne au sein de l’ancien gouvernement. Entre « irresponsabilité budgétaire assumée » et « attentisme dommageable », les sénateurs dressent un réquisitoire sévère de la gestion des finances du pays. Plongeons dans les coulisses de ce rapport qui risque de faire des vagues.
Une dérive des comptes publics épinglée
Le constat est sans appel. Selon la commission des finances du Sénat, le précédent exécutif a gravement failli dans le pilotage budgétaire du pays. Avec un déficit public attendu à 6,1% du PIB fin 2024, contre 4,4% initialement prévu, la France s’éloigne dangereusement des critères européens. Un dérapage qui place l’Hexagone dans le camp des mauvais élèves de la zone euro.
Pour les sénateurs, cette situation résulte d’un mélange d’inaction et d’inconscience. Ils pointent notamment du doigt :
- Un « sentiment général de déni collectif » sur l’état des finances publiques
- Un « attentisme dommageable » face à la dérive des comptes
- Une « irresponsabilité budgétaire assumée » à tous les échelons du pouvoir
Autant de griefs qui pèsent lourd dans le débat public, à l’heure où le gouvernement Barnier s’attelle à un budget d’austérité pour redresser la barre.
La responsabilité de Macron et Borne en question
Dans le viseur des sénateurs, on retrouve sans surprise l’ancien président Emmanuel Macron et son ancienne Première ministre Élisabeth Borne. Selon des notes internes citées dans le rapport, Matignon était au courant dès décembre 2023 d’un risque de dérapage budgétaire majeur. Une information qui aurait dû déclencher un électrochoc, estiment les auteurs :
« Le gouvernement connaissait en réalité l’état critique de nos finances publiques dès le mois de décembre 2023. Il aurait dû, selon nous, réagir vigoureusement. Mais il ne l’a pas fait. »
Jean-François Husson, rapporteur Les Républicains
Un immobilisme coupable aux yeux de la commission, qui regrette aussi le manque de réactivité face aux signaux d’alerte envoyés par Bercy. La faute, selon elle, à des « calculs à courte vue » et une crainte de censure budgétaire.
Bruno Le Maire dans la tourmente
Mais c’est surtout Bruno Le Maire, ministre de l’Économie jusqu’au dernier remaniement, qui se retrouve sur la sellette. Celui-ci est accusé d’avoir entretenu un « double discours » en alertant en interne sur la dégradation des comptes, tout en se voulant rassurant en public. Une posture jugée insincère par le Sénat.
L’intéressé a vivement réagi, dénonçant un « réquisitoire d’opposants politiques » et un rapport « truffé de mensonges ». Il affirme avoir fait son maximum pour maîtriser la dépense publique et renvoie la responsabilité sur ses successeurs à Bercy. Des arguments jugés peu convaincants par les sénateurs.
Une facture salée pour les Français
Au final, c’est le contribuable qui risque de trinquer. Face à une dette abyssale et des déficits records, le gouvernement Barnier se voit contraint de serrer drastiquement les boulons. Au menu : 60 milliards d’euros d’économies, un gel des retraites, des coupes budgétaires tous azimuts. Un traitement de choc rendu nécessaire par des années de laisser-aller budgétaire, tacle le rapport sénatorial.
« Les Français vont devoir se serrer la ceinture pour éponger les errements du passé. C’est une facture salée, et largement évitable, de l’irresponsabilité budgétaire. »
Claude Raynal, président PS de la commission des Finances
Reste à savoir comment l’opinion publique, déjà échaudée par la rigueur annoncée, réagira à ces révélations. Une chose est sûre : dans la bataille politique qui s’annonce autour du budget 2025, ce rapport apporte de l’eau au moulin des oppositions. De quoi compliquer encore un peu plus l’équation déjà explosive du gouvernement.