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Emprisonnement d’un journaliste au Soudan du Sud : le CPJ s’indigne

Le CPJ dénonce l'arrestation d'un rédacteur en chef au Soudan du Sud depuis le 28 novembre. Détenu par les services de sécurité après avoir critiqué un ministre, il est introuvable depuis. Le pays est pointé du doigt pour ses atteintes aux droits humains et à la liberté de la presse. Jusqu'où ira cette dérive autoritaire ?

Un vent de révolte souffle sur le monde journalistique alors qu’un nouveau cas d’atteinte à la liberté d’expression fait surface au Soudan du Sud. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) tire la sonnette d’alarme sur la disparition d’Emmanuel Monychol Akop, rédacteur en chef du quotidien local The Dawn, arrêté le 28 novembre dernier par les autorités sud-soudanaises.

Un journaliste arrêté pour avoir critiqué un ministre

Selon des sources proches du dossier, Emmanuel Monychol Akop aurait été convoqué puis détenu par des agents du Service de sécurité nationale (NSS) à Juba, la capitale du pays. Son tort ? Avoir publié en 2019 un article sur Facebook épinglant l’apparence d’un ministre lors d’une visite diplomatique. Un « crime » qui lui avait déjà valu un mois de détention arbitraire à l’époque.

Aujourd’hui, l’histoire se répète. Mais cette fois, l’inquiétude grandit quant au sort du journaliste dont on est sans nouvelles depuis son interpellation. Son entourage s’alarme :

Ils devraient nous autoriser à le voir, au moins à avoir des nouvelles de sa santé, ce serait un bon début.

Moses Guot, directeur du quotidien The Dawn

Le CPJ dénonce une atteinte à la liberté de la presse

Face à cette situation, le CPJ monte au créneau. Angela Quintal, responsable du programme Afrique, fustige le comportement des autorités sud-soudanaises :

Les autorités sud-soudanaises doivent présenter devant la justice Emmanuel Monychol Akop, formuler des accusations crédibles ou bien le libérer sans condition.

Angela Quintal, responsable du programme Afrique pour le CPJ

Elle pointe du doigt la réputation sulfureuse du NSS, accusé de « bafouer régulièrement les droits des journalistes », ternissant un peu plus « un bilan déjà sombre en matière de liberté de la presse ». Un constat préoccupant dans un pays gangrené par l’instabilité.

Le Soudan du Sud, terrain miné pour les reporters

Malgré ses importantes réserves pétrolières, le Soudan du Sud demeure l’un des États les plus pauvres de la planète. Depuis son indépendance en 2011, le pays est en proie à des violences multiples sur fond de crises politiques et climatiques à répétition. Un contexte délétère pour la liberté d’expression et le travail des journalistes.

En septembre dernier, le gouvernement annonçait le report sine die des premières élections démocratiques de l’histoire du pays, initialement prévues en décembre. Un énième coup dur pour ceux qui aspirent à plus de transparence et de stabilité.

L’ONU tire la sonnette d’alarme sur les arrestations arbitraires

Dans un rapport publié mercredi, l’ONU exprime son inquiétude concernant les violations des droits humains au Soudan du Sud. Le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS) révèlent qu’entre janvier 2023 et mai 2024, plus d’un millier de civils ont été arrêtés et détenus arbitrairement par les forces gouvernementales et des groupes armés.

Parmi les victimes, on retrouve des opposants politiques, des femmes et même des enfants. Un triste record qui en dit long sur le chemin qu’il reste à parcourir pour consolider l’État de droit et les libertés fondamentales dans cette jeune nation.

La communauté internationale doit se mobiliser

Face à cette dérive autoritaire, il est urgent que la communauté internationale se mobilise. L’arrestation d’Emmanuel Monychol Akop n’est que la partie émergée d’un iceberg de violations des droits humains qui mine le Soudan du Sud.

Journalistes, activistes et simples citoyens payent le prix fort de leur engagement en faveur de la vérité et de la justice. Il est temps que leurs voix soient entendues et que des mesures concrètes soient prises pour garantir leur protection.

La libération immédiate et sans condition du rédacteur en chef de The Dawn doit être une priorité. Mais au-delà, c’est tout un système qu’il faut réformer en profondeur pour permettre à la presse de jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir et de vigie de la démocratie.

Espérons que l’appel du CPJ sera entendu et que le Soudan du Sud saura trouver le chemin d’un avenir plus apaisé et respectueux des droits fondamentaux. L’espoir est mince, mais il demeure. Pour Emmanuel Monychol Akop, pour tous les journalistes qui risquent leur vie et leur liberté au nom de la vérité, nous devons continuer à nous battre.

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