Imaginez un instant : vous êtes un investisseur chevronné en cryptomonnaies, habitué à gérer de grosses sommes quotidiennement. Vous ouvrez votre wallet, consultez rapidement votre historique de transactions, copiez une adresse familière et envoyez des fonds importants. Quelques secondes plus tard, tout disparaît. Irrécupérable. C’est précisément ce cauchemar qui s’est produit récemment, avec deux victimes perdant ensemble plus de 62 millions de dollars en à peine deux mois sur le réseau Ethereum. Une simple erreur de copier-coller a suffi.
Quand une habitude quotidienne devient une faille catastrophique
Dans l’univers des cryptomonnaies, la commodité est reine. Copier une adresse depuis l’historique des transactions fait partie des gestes les plus banals. Pourtant, cette routine anodine est devenue l’une des plus grandes vulnérabilités du réseau Ethereum. Les escrocs ont parfaitement compris cette faiblesse humaine et l’exploitent avec une précision chirurgicale.
Le phénomène porte un nom : l’empoisonnement d’adresses, ou address poisoning en anglais. Il s’agit d’une attaque sournoise qui transforme votre propre historique en piège mortel. Et les chiffres récents font froid dans le dos.
Les deux cas qui ont choqué la communauté
En décembre 2025, un investisseur a perdu environ 50 millions de dollars après avoir envoyé des fonds vers une adresse falsifiée copiée depuis son historique récent. Puis, en janvier 2026, un autre utilisateur a vu disparaître l’équivalent de 12,25 millions de dollars, soit environ 4 556 ETH au cours du moment. Au total, deux erreurs, deux mois, 62 millions envolés.
Ces montants astronomiques ne concernent pas des débutants imprudents. Il s’agit de personnes expérimentées qui ont simplement suivi leur routine habituelle. L’attaquant n’a eu besoin que de patience et d’un outil simple : générer des adresses qui ressemblent trait pour trait à celles utilisées par la victime.
« Deux victimes. 62 millions disparus. »
Message partagé par des experts en sécurité blockchain
Cette phrase choc résume parfaitement l’ampleur du problème. Mais comment ces adresses malveillantes se retrouvent-elles dans votre historique ?
Le mécanisme diabolique de l’empoisonnement d’adresses
L’attaque repose sur plusieurs étapes méthodiques. Tout commence par l’observation. Les escrocs surveillent les transactions sur la blockchain, repèrent des wallets actifs avec des montants importants, et analysent leurs interactions fréquentes.
Ensuite vient la génération d’adresses vanité. Grâce à des algorithmes puissants, ils créent des adresses qui partagent les premiers et derniers caractères avec une adresse légitime utilisée par la cible. Par exemple, si votre adresse habituelle commence par 0x1aBc… et finit par …fE3d, l’adresse empoisonnée sera presque identique visuellement.
La phase finale : l’envoi de transactions dust. De minuscules montants, souvent inférieurs à un centime, sont envoyés depuis ces adresses piégées vers le wallet de la victime. Ces micro-transactions apparaissent innocemment dans l’historique. Lorsque la victime copie-colle sans vérifier chaque caractère, le transfert part directement vers le scammer.
- Observation des habitudes de la cible
- Génération d’adresses similaires
- Envoi massif de dust transactions
- Attente que la victime copie la mauvaise adresse
- Transfert des fonds vers un wallet contrôlé par l’attaquant
Simple en théorie, diabolique en pratique. Et surtout, de plus en plus accessible grâce à l’évolution récente du réseau.
Pourquoi cette attaque explose depuis fin 2025 ?
Le réseau Ethereum a connu une mise à jour majeure à la fin de l’année 2025, connue sous le nom de Fusaka. Parmi ses effets concrets : une chute drastique des frais de transaction. Ce qui était autrefois coûteux à grande échelle est devenu extrêmement abordable.
Des millions de transactions dust sont désormais envoyées chaque jour sans que cela représente un investissement prohibitif pour les attaquants. Résultat : les campagnes d’empoisonnement se multiplient. Les chercheurs en sécurité estiment que près de 38 % des mises à jour de soldes sur certains wallets stables entre novembre 2025 et janvier 2026 étaient inférieures à un centime, signe clair d’une activité massive de poisoning.
Ce phénomène pollue également les données du réseau. Les compteurs de transactions quotidiennes et d’adresses actives gonflent artificiellement, rendant plus difficile la distinction entre usage réel et spam malveillant.
Le phishing par signature : une menace complémentaire en forte hausse
Parallèlement à l’empoisonnement d’adresses, une autre technique fait des ravages : le phishing par signature. En janvier 2026, cette méthode a permis de voler 6,27 millions de dollars à 4 741 victimes, soit une augmentation de 207 % par rapport au mois précédent.
Le principe est vicieux. Les utilisateurs reçoivent une demande de signature qui semble anodine (approbation d’un contrat, connexion à un protocole DeFi). Une fois signée, elle octroie un accès permanent aux tokens. Les escrocs peuvent alors vider le wallet à leur guise sans nouvelle confirmation.
- Présentation d’une transaction apparemment banale
- Signature par la victime
- Accès illimité accordé aux fonds
- Drainage progressif ou immédiat
Dans les cas les plus marquants de janvier, 3,02 millions de dollars ont été volés via des approvals malveillants sur des tokens spécifiques, et 1,08 million sur un autre actif. Deux wallets ont concentré 65 % des pertes totales, signe d’une industrialisation de ces attaques.
Comment se protéger efficacement ?
Face à ces menaces sophistiquées, la vigilance reste votre meilleure arme. Voici des réflexes essentiels à adopter immédiatement :
- Ne jamais copier une adresse depuis l’historique des transactions sans vérification complète
- Vérifiez manuellement les premiers et derniers caractères, mais aussi la longueur totale
- Utilisez un carnet d’adresses favoris pour les contacts réguliers
- Installez des extensions de sécurité qui alertent sur les adresses suspectes
- Activez la simulation de transactions avant signature
- Méfiez-vous des signatures demandées par des sites ou applications non vérifiés
- Utilisez des hardware wallets pour les gros montants
Ces gestes simples peuvent faire la différence entre conserver vos actifs et tout perdre en une fraction de seconde.
L’avenir de la sécurité sur Ethereum
Avec des frais toujours bas et des outils d’automatisation de plus en plus performants, les attaques par empoisonnement et phishing par signature ne risquent pas de disparaître. Les groupes organisés réutilisent les mêmes infrastructures sur des milliers de wallets, rendant la menace persistante.
Les développeurs de wallets et les protocoles travaillent sur des solutions : alertes intelligentes, détection automatique de dust malveillants, interfaces qui obligent à vérifier les adresses. Mais en attendant des outils infaillibles, c’est à chaque utilisateur de changer ses habitudes.
Car dans la blockchain, la plus grande faiblesse n’est pas technique. Elle est humaine. Et c’est précisément là que les escrocs frappent le plus fort.
Restez vigilant. Vérifiez deux fois. Protégez vos actifs comme jamais auparavant. Parce que dans le monde des cryptomonnaies, une seconde d’inattention peut coûter une fortune.
Récapitulatif des pertes récentes
Décembre 2025 : ~50 millions de dollars
Janvier 2026 : ~12,25 millions de dollars
Total : 62 millions de dollars en deux victimes
Phishing par signature (janvier) : 6,27 millions supplémentaires
Le paysage crypto évolue rapidement, mais les menaces aussi. Restez informé, restez prudent, et surtout, ne laissez jamais la routine l’emporter sur la sécurité.









