La France est suspendue aux lèvres d’Emmanuel Macron. Le président de la République doit nommer un nouveau premier ministre ce soir, une semaine après la censure surprise du gouvernement de Michel Barnier. Pour tenir cet engagement, le chef de l’État a dû écourter précipitamment sa visite diplomatique en Pologne. Il sera de retour à Paris en début de soirée, prêt à dévoiler le nom de celui ou celle qui aura la lourde tâche de sortir le pays de l’impasse politique dans laquelle il se trouve.
Car la situation est inédite sous la Ve République. Jamais un président n’avait dû nommer quatre premiers ministres différents en une seule année. La chute du gouvernement Barnier, après seulement trois mois en fonction, a plongé le pays dans une crise politique d’une rare intensité. Les consultations menées par Emmanuel Macron ces derniers jours avec les chefs des principaux partis n’ont pas permis de dégager une majorité claire, laissant planer le doute sur la composition du futur gouvernement.
Un paysage politique morcelé
Le paysage politique est plus que jamais morcelé, rendant difficile tout accord. La gauche réclame qu’un des siens soit nommé à Matignon, brandissant la menace d’une nouvelle motion de censure en cas de refus. À droite, Les Républicains posent leurs conditions, exigeant des postes clés au gouvernement. Le camp présidentiel, affaibli, peine à trouver des alliés stables pour bâtir une coalition viable.
Selon des sources proches du dossier, plusieurs noms circulent avec insistance pour Matignon. Des personnalités d’expérience comme le ministre démissionnaire des Armées Sébastien Lecornu ou l’ancien premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve sont évoquées, mais aucun consensus ne se dégage. La possibilité d’une personnalité issue de la société civile, dans une logique d’ouverture, est aussi sur la table.
L’opposition maintient la pression
Dans ce climat tendu, l’opposition ne relâche pas la pression sur l’exécutif. Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts, a prévenu qu’il faudrait un « premier ministre qui soutient les idées de la gauche » pour éviter une censure. Une ligne également défendue par les socialistes et les communistes.
À l’inverse, la droite se montre ferme. Pour François-Xavier Bellamy, eurodéputé Les Républicains, « si le prochain gouvernement devait fragiliser encore la France sur le plan sécuritaire, migratoire ou aggraver la dérive de nos comptes publics, alors la censure s’imposera. » Une menace à peine voilée qui limite la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron.
La crainte d’une paralysie durable
Au-delà du choix du premier ministre, c’est la capacité de la France à sortir de la crise politique qui inquiète. Faute de majorité stable, le risque d’une paralysie durable des institutions est réel. Un scénario catastrophe pour le pays, déjà confronté à de nombreux défis économiques et sociaux.
On ne peut pas se permettre un blocage prolongé dans un contexte aussi difficile. Il faut que toutes les forces politiques responsables se mettent autour de la table et trouvent un compromis dans l’intérêt du pays.
Un ministre démissionnaire
C’est tout l’enjeu des prochains jours. Si le président parvient à nommer un premier ministre ce soir, encore faudra-t-il que ce dernier réussisse à former un gouvernement et obtienne la confiance du Parlement. Un défi de taille, tant les positions des uns et des autres semblent inconciliables à ce stade.
La pression est donc maximale sur les épaules d’Emmanuel Macron. Déjà fragilisé par de précédentes crises, le président joue son avenir politique dans cette séquence. S’il échoue à trouver une issue, il pourrait être contraint à la démission ou à dissoudre l’Assemblée nationale, plongeant un peu plus le pays dans l’inconnu. Les prochaines heures s’annoncent donc cruciales pour l’avenir de la France.