Imaginez une jeune femme de 20 ans, couronnée Miss France, voyageant à travers le pays, acclamée partout, logée dans les plus beaux hôtels, entourée d’une sécurité rapprochée… et pourtant prisonnière. Prisonnière non pas de chaînes physiques, mais d’un lien invisible, étouffant, qui la suit à la trace. C’est cette réalité paradoxale qu’Elodie Gossuin a choisi de dévoiler aujourd’hui, plus de vingt ans après les faits, dans un livre poignant et dans une interview récente qui a ému de nombreux auditeurs.
Derrière l’écharpe tricolore, un cauchemar intime
Le contraste est saisissant. D’un côté, la lumière des projecteurs, les sourires obligés, les obligations protocolaires. De l’autre, une emprise quotidienne, un contrôle permanent exercé par un compagnon toxique. Elodie Gossuin n’hésite plus à employer des mots forts pour qualifier cette période : perversion, soumission, emprise. Des termes qui résonnent douloureusement chez toutes celles et ceux qui ont déjà croisé la route d’un manipulateur psychologique.
En 2001, lorsqu’elle succède à Sonia Rolland et devient la 71e Miss France, Elodie est au sommet. Elle remporte même le titre de Miss Europe la même année, un doublé rare et prestigieux. Pourtant, derrière les apparences, la jeune femme vit un enfer discret mais implacable. Un enfer qu’elle décrit aujourd’hui avec une lucidité désarmante.
Un compagnon qui « se suicidait 50 fois et ressuscitait 51 fois »
Cette formule choc, prononcée à l’antenne, résume à elle seule la violence émotionnelle subie. Menaces répétées de suicide, chantages affectifs, scènes de désespoir théâtralisées… Autant de mécanismes classiques utilisés par les personnes qualifiées de pervers narcissiques pour maintenir leur emprise sur leur victime.
« Il s’est suicidé 50 fois, ressuscité 51 fois… C’était l’enfer pendant des années. »
Ces mots ne sont pas anodins. Ils traduisent une usure psychologique profonde. Elodie Gossuin explique que ces comportements extrêmes étaient une arme de contrôle redoutable : à chaque tentative de prise de distance, la menace revenait, obligeant la jeune femme à rester, à céder, à protéger l’autre au détriment d’elle-même.
Traquée malgré la sécurité de Miss France
L’un des aspects les plus glaçants du récit concerne la capacité de cet homme à contourner tous les dispositifs de protection mis en place autour de la Miss France. Gendarmerie, service de sécurité dédié, hébergement à proximité de Geneviève de Fontenay… Rien n’a semblé arrêter cette surveillance intrusive.
« Il venait devant les hôtels. C’est un vrai travail d’enquêteur. Et il l’a mené à la perfection. Pourtant j’étais encadrée aussi », confie-t-elle. Cette phrase laisse entrevoir l’ampleur du harcèlement : filatures, recherches d’informations, apparitions soudaines dans des lieux censés être sécurisés.
Ce niveau de traque organisée révèle une obsession maladive. Pour la victime, l’effet est dévastateur : même dans les moments où elle devrait se sentir intouchable, la menace reste présente, omniprésente.
Libre sur le papier, prisonnière dans les faits
L’un des paradoxes les plus troublants soulevés par Elodie Gossuin est le suivant : elle disposait apparemment de tous les attributs de la liberté. Jeune, belle, célèbre, financièrement à l’aise, autonome géographiquement… Et pourtant prisonnière.
« J’étais libre géographiquement, j’étais libre financièrement, j’étais autonome. J’étais libre à tout point de vue en fait sur le papier. Mais c’est là tout le sens de l’emprise et tout le danger de l’emprise. »
Cette réflexion est essentielle. Elle rappelle que l’emprise psychologique ne nécessite pas de barreaux physiques. Elle s’installe dans la tête, dans les émotions, dans la culpabilité savamment instillée. Le contrôle devient intérieur, presque consenti par moments, ce qui rend la sortie du cycle encore plus complexe.
Le pervers narcissique : un terme galvaudé mais terriblement réel
Elodie Gossuin elle-même prend soin de préciser que le mot « pervers narcissique » est aujourd’hui beaucoup utilisé, parfois à tort. Pourtant, dans son cas, elle n’hésite pas à l’employer.
« Le terme pervers narcissique peut être un peu galvaudé parce qu’il est beaucoup utilisé. Sauf que c’est une réalité pour beaucoup de femmes. Et il y a de nombreux pervers narcissiques. Oui, le contrôle est une des armes principales du pervers narcissique. »
Contrôle des déplacements, des fréquentations, des émotions… Le schéma décrit correspond trait pour trait aux récits recueillis auprès de nombreuses victimes. Et le fait qu’une personnalité publique comme Elodie Gossuin en parle ouvertement contribue à déstigmatiser ces situations et à encourager d’autres femmes à reconnaître les signaux d’alerte.
Après la rupture : la tentative de reprise de contrôle
Même après la fin de la relation, les tentatives de manipulation ont perduré. Lorsque Elodie a commencé à fréquenter celui qui est devenu le père de ses enfants, Bertrand Lacherie, l’ex-compagnon a de nouveau cherché à s’immiscer.
« Ça essaie toujours par mille et une façons différentes : chez mes parents, chez ma sœur. Il y a une volonté de garder le contrôle d’une façon ou d’une autre. »
Cette persistance est typique des dynamiques d’emprise longue durée. La perte de contrôle sur la victime est vécue comme une blessure narcissique intolérable, poussant parfois l’auteur à multiplier les stratégies pour revenir dans la vie de l’autre.
Pourquoi ce témoignage est important en 2026
Plus de deux décennies après les faits, Elodie Gossuin choisit de parler. Ce choix n’est pas anodin. Il intervient à un moment où la société française est de plus en plus sensibilisée aux violences psychologiques, aux mécanismes de l’emprise, aux profils manipulateurs.
Le livre Miss à nu paraît comme un acte de réappropriation. Après des années à porter l’écharpe, puis le micro, Elodie Gossuin décide de se mettre à nu, justement, de raconter ce que personne ne voyait sous le maquillage et les sourires de circonstance.
Ce témoignage rappelle aussi que la célébrité ne protège pas. Au contraire, elle peut parfois compliquer la prise de conscience et la demande d’aide : peur du scandale, peur d’être jugée, peur de perdre une image idéale… Autant de freins supplémentaires.
Les séquelles d’un traumatisme qui met du temps à guérir
Elodie Gossuin ne cherche pas à minimiser la durée du processus de reconstruction. « Ça reste un traumatisme et ces traumatismes-là mettent du temps à guérir bien sûr », explique-t-elle avec sincérité.
Reconnaître la blessure, la nommer, en parler publiquement : ce sont déjà des étapes majeures. Mais la guérison émotionnelle, elle, est un chemin long, fait de rechutes possibles, de prises de conscience successives, parfois d’une vigilance accrue dans les relations futures.
Aujourd’hui mère de famille, animatrice reconnue sur le groupe M6, recordwoman de participations à Fort Boyard, Elodie Gossuin incarne une forme de résilience. Elle n’a pas laissé cet épisode définir toute sa vie, mais elle refuse aussi de le taire.
Un message adressé à toutes les femmes concernées
En employant des mots justes et crus, Elodie Gossuin s’adresse implicitement à toutes celles qui vivent ou ont vécu une situation similaire. Elle montre qu’on peut être Miss France, Miss Europe, personnalité publique, et pourtant tomber dans les filets d’un manipulateur.
Elle montre surtout qu’on peut s’en sortir. Pas facilement, pas rapidement, mais avec du temps, du soutien, et surtout une volonté farouche de reprendre sa liberté intérieure.
Ce témoignage dépasse largement le cadre people. Il touche à l’intime, au psychologique, au sociétal. Il rappelle que derrière chaque parcours public se cachent parfois des drames très privés, et que la parole, même tardive, reste une arme puissante contre l’isolement et la honte.
De Miss France à porte-voix des victimes d’emprise
Le parcours d’Elodie Gossuin est atypique. Peu de reines de beauté ont réussi une reconversion aussi durable et variée dans les médias. Et peu ont osé revenir sur les parts d’ombre de leur couronnement.
En publiant Miss à nu et en s’exprimant publiquement, elle transforme une expérience douloureuse en message collectif. Elle contribue à faire tomber un tabou supplémentaire : oui, les violences psychologiques touchent aussi les femmes qui semblent avoir « tout pour elles ».
Et c’est peut-être là l’un des apports les plus précieux de ce témoignage : montrer que l’emprise ne discrimine pas. Elle peut s’abattre sur n’importe qui, indépendamment du statut social, de la beauté, de la réussite apparente.
Vers une meilleure reconnaissance des violences invisibles
En 2026, les pouvoirs publics, les associations et les médias parlent de plus en plus des violences conjugales psychologiques. Les lois évoluent, les formations se multiplient, les mots s’affinent. Pourtant, beaucoup de victimes hésitent encore à porter plainte ou à demander de l’aide, faute de coups visibles.
Le récit d’Elodie Gossuin vient enrichir ce débat. Il illustre concrètement comment le contrôle, la manipulation et la peur peuvent emprisonner sans laisser de trace physique. Il rappelle aussi que la reconstruction est possible, même après des années de silence.
Chaque parole publique compte. Celle d’une ancienne Miss France, devenue l’une des figures familières du PAF, compte double : elle touche un large public et légitime la parole des anonymes.
Elodie Gossuin ne se pose pas en militante. Elle se contente d’être honnête. Et parfois, l’honnêteté est le geste le plus politique qui soit.
Ce témoignage long et courageux nous invite à regarder au-delà des couronnes et des sourires figés. Il nous rappelle que la vraie beauté réside dans la capacité à se relever, à nommer l’indicible, et à tendre la main à celles qui, aujourd’hui encore, se croient seules dans leur combat.









