Depuis l’indépendance de la Namibie en 1990, la Swapo règne en maître sur la scène politique. Mais à l’approche des élections générales du mercredi 15 novembre 2024, ce parti historique craint de subir le même sort que ses voisins d’Afrique australe, où les formations dominantes ont récemment connu de cinglantes défaites.
Près de 1,5 million de Namibiens sont appelés aux urnes pour élire leur parlement et leur président, traditionnellement issus des rangs de l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Swapo), l’ex-mouvement de lutte pour la libération du pays. Mais cette année, la candidate du parti, Netumbo Nandi-Ndaitwah, 72 ans, peine à rassurer ses troupes.
Une vague « dégagiste » en Afrique australe
Les revers électoraux essuyés par les partis au pouvoir dans les pays voisins font craindre à la Swapo une contagion des aspirations au changement. En Afrique du Sud, l’ANC a perdu la majorité absolue, tandis qu’au Botswana, le BDP a subi une déroute sans précédent. Au Mozambique, la victoire proclamée du Frelimo est vivement contestée.
Selon Marisa Lourenço, analyste politique indépendante, ces précédents pourraient inciter davantage de Namibiens à se rendre aux urnes. « S’ils réalisent que le changement est possible, la participation électorale pourrait grimper, surtout chez les jeunes », explique-t-elle.
Une jeunesse en quête d’opportunités
Le chômage frappe de plein fouet la jeunesse namibienne : en 2018, avant la pandémie de Covid-19, 46% des 15-34 ans étaient sans emploi. Un fléau que beaucoup attribuent aux manquements du gouvernement.
Ils reprochent au gouvernement de ne pas leur offrir d’opportunités d’emploi.
Henning Melber, chercheur à l’Institut nordique de l’Afrique d’Uppsala (Suède)
« On a des tas de minerais, même du pétrole maintenant, mais seule une minorité en profite », s’indigne Jonas Kambanza, photographe de rue à Windhoek. À 38 ans, il appelle au changement : « Si les nouveaux dirigeants ne font pas mieux, on en changera aussi. C’est comme ça partout dans le monde. »
Des inégalités criantes malgré les richesses
Selon la Banque mondiale, la Namibie demeure le deuxième pays le plus inégalitaire de la planète, juste derrière l’Afrique du Sud. Malgré une idéologie initialement fondée sur la redistribution des terres aux Noirs, la Swapo n’a pas su résorber ces disparités, estime Tendai Mbanje, chercheur au Centre africain pour la gouvernance.
Les descendants de colons allemands et sud-africains, pourtant ultra-minoritaires, possèdent encore la grande majorité des terres arables du pays. Un héritage de l’apartheid que la Swapo n’a pas su remettre en cause en trois décennies de pouvoir.
Une nouvelle génération en quête d’alternance
Contrairement à leurs aînés, les jeunes Namibiens, surnommés « born free » car nés après l’indépendance, ne se sentent pas redevables envers la Swapo. « Une part décisive de l’électorat n’a aucune dette de loyauté envers le parti », souligne Henning Melber.
L’émergence de Panduleni Itula, avocat de 67 ans et fondateur du parti des patriotes indépendants (IPC), incarne ce désir de renouveau. Déjà candidat dissident de la Swapo en 2019, il avait réuni 29,4% des voix sans même avoir de parti. Un score qui rend crédible l’hypothèse d’un second tour inédit à la présidentielle.
Aux municipales de 2020, l’IPC a d’ailleurs ravi à la Swapo deux grandes villes du pays, prouvant qu’une alternance était possible. Si la formation au pouvoir l’emporte à nouveau cette année, ce sera « avec une marge très mince », prédit Tendai Mbanje. De quoi pimenter ce scrutin à l’issue plus incertaine que jamais.